Gouvernement Borne : « On devient dingues »… Avant les nominations, sortants et pressentis en pleine incertitude

BOULEVERSEMENT Alors qu'Elisabeth Borne a été nommée à Matignon ce lundi, l'interminable attente pour les équipes ministérielles sortantes et les ministres pressentis va bientôt prendre fin

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron prend son temps pour changer son gouvernement.
Emmanuel Macron prend son temps pour changer son gouvernement. — Michel Euler/AP/SIPA
  • L’ancienne ministre du Travail Elisabeth Borne a été nommée Première ministre ce lundi par Emmanuel Macron.
  • Le président de la République, réélu le 24 avril dernier, a pris son temps pour choisir sa cheffe de gouvernement.
  • Une longue attente pour les cabinets ministériels en place et les personnalités politiques pressenties pour entrer au futur gouvernement.

Fidèle à ses habitudes, Emmanuel Macron a pris son temps. Réélu le 24 avril dernier, le chef de l’Etat n’avait encore rien dévoilé de son futur gouvernement. Mais le suspense a commencé à prendre fin ce lundi avec la démission de Jean Castex. En début de soirée , Elisabeth Borne a été nommée à Matignon pour lui succéder. L’ancienne ministre du Travail aura pour première tâche de trouver les bons profils pour former le gouvernement.

Et enfin en finir avec l’interminable attente du personnel politique, qui guette depuis trois semaines le moindre signe pour connaître son avenir. Dans ce moment de flottement, propice aux rumeurs, les dernières heures d’attente sont difficiles pour les équipes sortantes comme pour les ministres pressentis.

« Même si vous êtes dans le premier cercle, vous pouvez passer à la trappe »

« Il n’y a alors aucune certitude, aucune. Même si vous êtes dans le premier cercle, vous pouvez passer à la trappe. Votre sort dépend d’équilibres politiques qui vous échappent », avance Roger Karoutchi, ancien secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement sous Nicolas Sarkozy. « Le président est le maître des horloges pour vous faire attendre. Mais là, c’est particulièrement long, ça doit être terrible pour ceux qui espèrent rester mais à qui on n’a encore rien dit. D’autant que dans ces moments, la rumeur circule : ceux qui vont rester le savent déjà, s’amuse le sénateur LR des Hauts-de-Seine. Pourtant, il n’y a rien à faire, alors vous lisez les articles et vous attendez… »

Une attente d’autant plus longue que les rumeurs vont bon train. Depuis le 24 avril dernier, les médias égrènent les noms de ministres bientôt remerciés ou de futurs appelés. C’est le cas notamment de Christelle Morançais, présidente LR du conseil régional des Pays-de-la-Loire. « Son nom a été cité comme ministrable, puis même à Matignon… Certains doivent s’amuser mais ce n’est que de la spéculation, il n’y a jamais eu de contact avec l’Elysée. Elle a dit clairement qu’elle se concentrait sur la région, balaie son entourage. Tout ça nous fait plutôt sourire et contrairement à d’autres, j’imagine, nous ne sommes pas dans un moment de flottement. »

« On nous prépare à partir, avec toute la froideur de l’administration »

Dans les équipes ministérielles actuelles, c’est tout l’inverse. Même les anciens poids lourds de la Macronie, qui souhaitent poursuivre l’aventure, sont dans l’incertitude, à l’image de Jean-Michel Blanquer à l’Education nationale ou d’Eric Dupond-Moretti à la Justice. « On est dans un énorme flou artistique. Certains ministres sont fébriles ou en total flip et se murent dans le silence. Le mien a l’air extrêmement confiant, donc je me méfie encore plus. Car dans ces périodes, quand tu es serein, c’est qu’on est en train de te la mettre à l’envers », souffle une collaboratrice ministérielle expérimentée. « Ça peut être très long et pénible pour tous, donc on n’en parle peu. Si on fait des pronos toute la journée, on devient dingues. Ce qui est déstabilisant, c’est qu’on n’est pas sûrs d’être reconduits, mais qu’on nous prépare à partir, avec tout le manque d’humanité et la froideur de l’administration. La première chose qu’on vous dit, c’est qu’il faut vous inscrire à Pôle emploi… », ajoute-t-elle. Une vision partagée par un autre conseiller.

« C’est le moment où l’administration nous rappelle que l’on est que de passage, ce qui est vrai, mais parfois avec une certaine mesquinerie. On vous apporte vos cartons, on débranche votre ligne téléphonique ou on archive votre boîte mail alors même que vous êtes encore en poste, et que potentiellement vous avez des chances d’être reconduits », illustre un collaborateur du précédent quinquennat Macron. « Il faut rester zen et continuer de faire le job. Mais l’attente est longue, et vous ne savez pas ce que vous attendez, un appel peut vouloir dire tu pars ou tu restes », se souvient-il. D’autres membres du gouvernement ont mis fin au suspense en annonçant eux-mêmes leur départ. C’est le cas de l’ex-ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, déjà parti pour le privé et loin du mercato gouvernemental.

Pour les autres, la nouvelle, bonne ou mauvaise, ne sera connue que quelques heures seulement avant l’annonce officielle. Roger Karoutchi se souvient de son départ en juin 2009. « C’était la douche froide, car deux jours avant, Fillon me disait, "pas de soucis tu restes". La veille, il me disait, "tu restes mais tu vas changer de poste". Et le jour même, je sortais ». Le vice-président du Sénat s’en amuse aujourd’hui. « J’avais peu de cartons à faire. C’est d’ailleurs le seul conseil que je donne aux futurs ministres : ne prenez surtout pas l’appartement de fonction. Car le pire, c’est d’avoir en plus à déménager en quelques heures… »