Première ministre : Edith Cresson dénonce le « machisme de la classe politique » française

MATIGNON Pour l’ancienne Première ministre de François Mitterrand, « le fait qu’il n’y ait qu’en France que la question » se pose de nommer une femme à Matignon est « scandaleux »

20 Minutes avec AFP
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Edith Cresson, à Paris en 2017 (illustration).
Edith Cresson, à Paris en 2017 (illustration). — Michel Euler/AP

Elle est pour l’instant la seule femme à avoir été à la tête de Matignon. Si les rumeurs, plus que persistantes, se confirment sur le choix d’Emmanuel Macron de nommer une femme pour diriger le futur gouvernement, alors Edith Cresson lui souhaite « beaucoup de courage ».

Car, dans un entretien au JDD, l’ancienne Première ministre en profite surtout pour fustiger le « machisme de la classe politique » française. « Le fait qu’il n’y ait qu’en France que la question » se pose de nommer une femme à Matignon est « à mes yeux scandaleux », dénonce ainsi celle qui est restée moins de 11 mois à ce poste, de mai 1991 à avril 1992, durant le second septennat de François Mitterrand.

Le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Portugal devancent la France

« L’a-t-on posée au Royaume-Uni, où Margaret Thatcher a exercé le pouvoir pendant onze ans ? En Allemagne où Angela Merkel a été chancelière pendant seize ans ? Jamais. Pareil pour le Portugal où une femme avait été nommée Première ministre bien longtemps avant moi… », souligne-t-elle. Selon l’ancienne locataire de Matignon, « ce n’est pas le pays qui est machiste : c’est sa classe politique. Ce sont les mêmes attaques qu’aujourd’hui. On me prêtait des propos que je n’avais jamais tenus, on me lançait des critiques permanentes, on faisait des commentaires sur ma tenue vestimentaire », raconte l’ancienne dirigeante socialiste.

« On a même écrit un jour que mes bas étaient filés alors que j’ai une cicatrice sur la jambe due à un accident ! On ne se permettrait jamais la même chose, les mêmes commentaires, sur la tenue des hommes politiques. Alors que quand on parle des femmes, on parle sans se gêner de leurs vêtements ou de leur physique », dénonce l’ex-cheffe du gouvernement, quatre fois ministre auparavant.

« Le poste de Premier ministre est un poste très difficile, en tout état de cause, mais les difficultés sont accrues par le fait que le chef du gouvernement est une femme. Car les attaques compliquent encore plus la situation politique », insiste Edith Cresson. Si une femme est nommée à Matignon, « je ne donnerai aucun conseil. Je lui dis simplement qu’il lui faudra beaucoup de courage », conclut-elle.