Législatives : Que va changer à gauche l’alliance des Insoumis avec les écologistes ?

NOUVELLE GAUCHE Après l’accord signé entre les écologistes et les Insoumis, plusieurs politologues s’inquiètent sur les choix que prendront les différents partis de gauche

Lina Fourneau
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L'accord a été signé entre LFI et le secrétaire national du parti Europe Écologie Les Verts, Julien Bayou
L'accord a été signé entre LFI et le secrétaire national du parti Europe Écologie Les Verts, Julien Bayou — ISA HARSIN/SIPA
  • Dans la nuit de dimanche à lundi, les écologistes et les Insoumis ont signé un accord pour la "Nouvelle union populaire écologique et sociale" à l’approche des législatives.
  • Si de nombreux cadres des deux partis soulignent depuis ce lundi matin le côté "historique" de l’accord, deux politologues contactés par 20 minutes se veulent plus réservés sur la question.

« Et que vive la Nouvelle union populaire écologiste et sociale ! ». Ce tweet, qui résonne comme un cri de joie, a été écrit ce lundi par Sandrine Rousseau après l’accord signé dans la nuit entre EELV (Europe écologie Les Verts) et La France Insoumise (LFI) pour les élections législatives. Si les discussions se poursuivent avec le Parti socialiste (PS) et le PCF (Parti communiste français), cet accord semble marquer un nouveau départ pour la gauche en France. Au micro de France Inter, le pacte a même été qualifié d'« historique » par Manuel Bompard, le directeur de la campagne des législatives pour la France insoumise. 

Prudence, cependant. Selon le politologue Pascal Perrineau, ces cris de joie ne sont peut être que des bruits sourds. « L’accord de La France Insoumise avec les Verts qui ont fait 5% à l’élection présidentielle n’est pas véritablement historique. Il faut voir ce que cela donne par la suite, car pour le moment, ce n’est qu’un accord partiel », nuance le spécialiste de la sociologie électorale. Même constat du côté du politologue Bruno Cautrès qui ne trouve rien de comparable aux précédents accords trouvés par la gauche, en 1997 par exemple, lors de la gauche plurielle de Lionel Jospin.

« Il faut attendre de voir quel est l’objectif visé par cet accord, souligne Bruno Cautrès. Si c’est de faire un message aux électeurs de gauche qu’une nouvelle construction politique commence, c’est raisonnable, mais cela nécessitera du temps et plusieurs étapes. Si l’idée est de formuler un accord électoral visant à minimiser les pertes de chacun, ce seront les élections législatives qui trancheront et qui diront si cela a marché ou pas ».

« Sous une tente à oxygène »

Le côté inédit, selon Pascal Perrineau, réside avant tout dans la radicalité qu’impose cet accord. « Historiquement, l’union de la gauche s’est toujours arrêté au Parti communiste. Là, c’est la première fois qu’il y a dans l’histoire une alliance avec la gauche extrême, la gauche de la gauche », insiste-t-il. Et de souligner : « En cela, Jean-Luc Mélenchon peut se réjouir car il parvient à ses fins et s’impose comme un fédérateur, en compositeur des gauches françaises qui sont dans un état lamentable ».

Depuis les faibles scores des candidats Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo à la présidentielle, l’union de la gauche semble enfin avoir trouvé de la place dans les discussions... les mêmes qui échouaient pourtant depuis des mois. « Je crois qu’il y a beaucoup de panique chez EELV et chez le PS, analyse Pascal Perrineau. Ils ont fait des scores encore plus faibles que ce qu’ils attendaient. Ils cherchent à se mettre sous une tente à oxygène, celle de La France insoumise, mais qui risque de les étouffer politiquement à terme. Si ces accords se font, on assiste à une énorme radicalisation de la gauche française, qui va encore se marginaliser ».

Un tiers des électeurs

Si ce premier accord avec EELV ouvre donc la voie à d’autres signatures à gauche, Pascal Perrineau reste prudent sur leur poids politique aux législatives. « S’il y a un accord qui inclut le PS et le PC, ce qui semble probable, c’est un accord d’une famille politique, la gauche française, qui reste minoritaire. Il suffit de prendre le premier tour des élections et de constater que leurs résultats tout confondus ne font pas plus qu’un tiers des électeurs », analyse le politologue.

D’après les deux politologues, les partis de gauche devront également anticiper, en cas de victoire, de futurs désaccords gouvernementaux. « Il y a encore une très grande marche à franchir pour être en capacité de gouverner ensemble avec des éléments de différenciation idéologique très importants entre ces formations politiques », indique Bruno Cautrès. De son côté, Pascal Perrineau n’envisage aucun compromis entre les partis. « Comment voulez-vous faire un compromis quand vous pesez 2 % et l’autre pèse 22 % ? Ce n’est pas possible », compare le politologue.

Et maintenant ?

Selon Pascal Perrineau, le Parti socialiste aurait plus à gagner à « garder la vieille maison » , à l’image de Léon Blum en 1920 à la chute de la SFIO. « Dans la déroute, les socialistes sont en train de vendre ce qu’ils sont, c’est-à-dire la tradition d’une gauche de gouvernement qui gouverne des grandes cités, des régions, des départements. Ça risque de faire éclater vraiment ce qu’il reste du Parti socialiste ». Et Bruno Cautrès d’ajouter : « Leur candidate à la présidentielle, Anne Hidalgo, vient de faire campagne sur la retraite à 62 ans, sur l’engagement européen et l’OTAN. Balayer tout ça d’un revers de la main sur un laps de temps très court montre qu’il manque des étapes pour que les électeurs adhèrent complètement. » Au siège de La France Insoumise, dans le 10e arrondissement de Paris, les discussions sont toujours en cours ce lundi soir entre le PCF et le PS.