Présidentielle 2022 : Quels seront les principaux chantiers du ministre de l’Education nationale ?

ECOLE Les enseignants, dont beaucoup ont été déçus par l’action de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle, ont de fortes attentes vis-à-vis du quinquennat Macron 2

Delphine Bancaud
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Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans une école à Saint-Sozy.
Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans une école à Saint-Sozy. — LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron a promis 12 milliards d’euros par an d’ici à 2027 pour l’éducation et la jeunesse, dont 6 milliards pour les revalorisations salariales.
  • Il devra nommer un ministre de l’Education qui puisse gagner la confiance des enseignants, mais aussi réformer le collège et le lycée professionnel.
  • Remettre des maths dans le tronc commun au lycée est aussi un impératif pour le président. Mais la voie pour y parvenir est encore floue.

Davantage de moyens pour les écoles, les collèges, les lycées et les enseignants. L’Education est annoncée comme l’un des plus importants chantiers de ce nouveau quinquennat. D’ailleurs, Emmanuel Macron a promis 12 milliards d’euros par an d’ici à 2027 pour l’éducation et la jeunesse, dont 6 milliards pour les revalorisations salariales. D’autant que les urgences en matière éducative sont nombreuses. 20 Minutes fait le point sur les priorités qui attendent le futur gouvernement.

Restaurer la confiance entre le ministre de l’éducation et les profs

La fin du quinquennat Macron 1 s’achève sur une note négative concernant les rapports des enseignants avec leur ministre, Jean-Michel Blanquer. La grève très suivie du 13 janvier a sonné comme une sorte de désaveu pour lui, selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale Snes-FSU, premier syndicat dans le secondaire : « Nous avons atteint un point de rupture historique. Lui sont reprochés sa méthode très verticale, ses annonces découvertes dans la presse, le fait qu’il ne supporte pas la contradiction. » Un avis partagé par Guillaume Prévost, délégué général de VersLeHaut, think tank dédié à la jeunesse et à l’éducation : « Les enseignants ont passablement été échaudés lors de cette dernière année. Jean-Michel Blanquer a dirigé à coups de circulaires, sans trop se soucier de la mise en œuvre de ses décisions sur le terrain. »

Pour marquer une nouvelle ère, Emmanuel Macron a promis « une nouvelle méthode ». En matière d’éducation, « Les objectifs seront fixés nationalement, mais on déclinera localement les voies et moyens pour y arriver », a-t-il déclaré lors du débat de l’entre-deux-tours avec Marine Le Pen. Reste à savoir qui il nommera rue de Grenelle : « Compte tenu du contexte sensible, il choisira sans doute une personnalité ouverte et soucieuse des corps intermédiaires. D’autant que l’exécutif a tout à craindre d’un troisième tour social », estime Guillaume Prévost.

Augmenter les salaires des enseignants

Les enseignants du primaire et du secondaire gagnent 7 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE, et 20 % de moins après dix ou quinze ans de service, selon le rapport annuel Regards sur l’éducation publié en septembre 2021. Emmanuel Macron a promis que le point d’indice, servant à calculer le traitement des fonctionnaires, serait revalorisé « avant l’été ». Il a aussi annoncé une «  augmentation substantielle » de la rémunération des profs, qui serait corrélée à l’acceptation de nouvelles missions (remplacements, aide aux devoirs, suivi individualisé des élèves…). En sus, il a déclaré vouloir relever les rémunérations pour qu’il n’y ait « plus de démarrage de carrière sous les 2.000 euros » par mois. Une urgence, selon Sophie Vénétitay : « Le déclassement salarial des profs est une réalité, ainsi que la paupérisation des plus jeunes d’entre eux. Mais nous ne sommes pas favorables au "travailler plus pour gagner plus". Il faut revaloriser simplement l’acte d’enseigner et pas augmenter le nombre d’heures sup effectuées ou leur montant. »

De vives discussions sont à prévoir, anticipe Guillaume Prévost : « Le sujet des obligations de service des enseignants est explosif. Donc un grand round de négociations est à prévoir. En revanche, l’augmentation de 10 % des premiers échelons devrait être décidée plus facilement », estime-t-il.

Résoudre la crise des recrutements

C’est la patate chaude que se repassent tous les ministres de l’Education, sans réellement trouver de solution. Or, la situation est grave. En 2021, 238 postes sont restés vacants dans le second degré, notamment en mathématiques, lettres classiques et allemand. Parallèlement, les démissions ont augmenté : 937 au primaire en 2021, 617 au collège et au lycée. « Certaines classes, surtout au collège, n’ont pas de profs dans certaines disciplines », souligne Sophie Vénétitay. Pour redresser le tir, il faut évidemment augmenter les rémunérations, mais aussi améliorer les conditions de travail : « En réduisant la taille des classes et en permettant aux enseignants stagiaires de faire une entrée progressive dans le métier », suggère la syndicaliste. « Il faudrait aussi mettre en place des contrats de dix ans pour permettre à des personnes issues du secteur privé de venir enseigner pendant une période de leur carrière », suggère Guillaume Prévost.

Remettre des maths dans le tronc commun au lycée

Depuis la réforme du lycée, les maths ont disparu du tronc commun en 1re et en terminale de la filière générale, et la discipline est seulement enseignée sous forme de spécialité. Ce qui pénalise la formation des élèves et limite leurs choix d’orientation dans le supérieur. Emmanuel Macron a promis de réintroduire la discipline, d’abord en classe de 1re. « On se dirige vers 1h30 de maths, qui serait ajoutée à l’enseignement scientifique de 1re. Ça fait un peu rustine », juge Sophie Vénétitay.

Les syndicats s’interrogent surtout sur la faisabilité de la mesure, alors que la préparation de la rentrée scolaire est déjà bouclée. Autre incertitude : y aura-t-il suffisamment de profs de maths pour assurer les cours, alors que ceux-ci sont déjà déficitaires ?

Réformer le collège

Cela aura été le parent pauvre de l’éducation sous Macron 1. Non seulement il n’a bénéficié d’aucune réforme, mais il a perdu des moyens : « Il y a eu une poussée démographique au collège au début du quinquennat alors que le nombre de postes a baissé. Nous n’avons pas de moyens pour travailler en petits groupes », observe Sophie Vénétitay. Conscient que la classe de 6e est cruciale, Emmanuel Macron a annoncé lors du débat son souhait qu’elle fasse l’objet de dédoublements, sans doute en REP + dans un premier temps.

Il a aussi promis une réforme de l’orientation. De la 5e à la 3e, une demi-journée par semaine devrait être consacrée à « un enseignement manuel et pratique », « un enseignement numérique » et la découverte des métiers. « Ce serait une manière de revaloriser en amont la filière professionnelle, en donnant plus de place aux compétences pratiques », estime Guillaume Prévost.

Réformer le lycée professionnel

Emmanuel Macron a annoncé son souhait d’augmenter de 50 % les périodes de stages en entreprise et de rémunérer les lycéens pendant leurs temps en entreprise. « Car il veut que le lycée professionnel s’inspire de la réussite des formations en apprentissage. Mais augmenter le temps en entreprise obligerait à diminuer le nombre d’heures d’enseignement général, ce que ne souhaitent pas les syndicats enseignants », souligne Guillaume Prévost. D’où, là aussi, de vives discussions à prévoir.