Présidentielle 2022 : Le scénario d’une cohabitation sous Emmanuel Macron est-il plausible ?

INSTITUTIONS À gauche comme à droite, les oppositions ont appelé leurs électeurs à prendre « leur revanche » lors des élections législatives en juin

Hélène Sergent
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Selon plusieurs sondages, les Français seraient majoritairement favorables à une cohabitation après la réélection d'Emmanuel Macron, le 24 avril 2022.
Selon plusieurs sondages, les Français seraient majoritairement favorables à une cohabitation après la réélection d'Emmanuel Macron, le 24 avril 2022. — JOEL SAGET / AFP
  • Arrivé troisième avec 22 % des voix au premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (LFI) souhaite que les Français l’élisent « Premier ministre » en désignant une majorité de députés insoumis à l’Assemblée nationale.
  • De son côté, Marine Le Pen (RN) a appelé ses soutiens à se lancer dans « la grande bataille électorale des législatives » après son élimination au second tour dimanche.
  • Depuis la réforme du quinquennat et la modification du calendrier électoral, tous les présidents élus sont toutefois parvenus à obtenir une majorité de députés lors du scrutin législatif.

Dans le camp des perdants, l’espoir n’est pas totalement mort ce dimanche 24 avril. « Le troisième tour commence ce soir », a lancé Jean-Luc Mélenchon à l’annonce de la réélection d’Emmanuel Macron. Arrivé troisième lors du premier tour, le candidat insoumis (LFI), qui a récolté 22 % des suffrages, a appelé les Français à « l’élire Premier ministre » en votant massivement pour les députés de son parti lors des élections législatives.

Ce scrutin, qui aura lieu les 12 et 19 juin, est désormais en ligne de mire pour tous les partis défaits. Éliminée une nouvelle fois à l’issue du second tour de la présidentielle, Marine Le Pen (RN) a, elle aussi, exhorté ses soutiens à mener « la grande bataille électorale des législatives ». Objectif pour les forces d’opposition : imposer à Emmanuel Macron une cohabitation pour son nouveau mandat.

Un frein institutionnel

Depuis la mise en place du quinquennat en octobre 2000, aucun président élu n’a essuyé de défaite aux législatives. Cette réforme constitutionnelle, venue enterrer le septennat, avait justement pour objectif d’éviter le risque de cohabitation. L’alignement des calendriers électoraux – l’élection présidentielle est désormais systématiquement suivie des élections législatives – a ainsi contribué à minimiser l’hypothèse de majorités discordantes entre l’Elysée et l’Assemblée.

« Quand arrive le scrutin législatif, il est encore saturé par la dynamique présidentielle. Les présidents bénéficient d’une forme de légitimisme de la part de leur électorat et du découragement des électeurs des candidats qui ont perdu », explique Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa) à l’université Panthéon-Assas.

Si ce cadre institutionnel minimise les possibilités de cohabitation, deux sondages publiés dimanche démontrent que les Français, eux, y sont favorables. Selon l’enquête menée par l’institut OpinionWay pour Europe 1 et CNews, 63 % des sondés souhaitent qu’Emmanuel Macron « ne dispose pas d’une majorité et soit contraint à une cohabitation ». Et ils sont 56 % à exprimer le même souhait selon un sondage Ipsos Sopra-Steria. « Mais c’était déjà le cas en 2017 », tempère Olivier Rouquan. A l’époque, près d’un Français sur deux (49 %) espérait que les législatives donnent « une autre majorité à l’Assemblée » que celle qui avait élu Emmanuel Macron président, selon une étude Kantar Sofres-OnePoint, réalisée pour RTL, Le Figaro et LCI.

Un indispensable jeu d’alliances

Pour obtenir une majorité de députés à l’Assemblée – il faut en réunir au minimum 289 – les partis d’opposition vont devoir franchir de nombreux obstacles. « Le Parti socialiste et les Républicains se sont certes effondrés à la présidentielle, mais ils restent encore bien implantés au niveau local. Si LFI semble avoir pris le leadership auprès des électeurs de la gauche modérée et radicale, cet avantage est loin d’être consolidé localement », estime Jessica Sainty, enseignante-chercheuse en sciences politiques à l’université d’Avignon. Conscient des enjeux, le parti de Jean-Luc Mélenchon a d’ores et déjà engagé des discussions bilatérales avec EELV, le PCF et le NPA. Plus ouverte à la discussion qu’en 2017, LFI espère aboutir à un accord avant la fin avril avec un « programme partagé » par les différents partis de gauche.

Pour le camp de Marine Le Pen, l’obtention d’une majorité passerait aussi par un indispensable jeu d’alliances. « Cela nécessiterait par exemple de présenter des candidats communs, crédibles et identifiés, avec le mouvement Reconquête d’Eric Zemmour. Mais c’est loin d’être garanti. Malgré son accession au second tour de la présidentielle en 2017, le parti de Marine Le Pen n’avait obtenu que 8 sièges à l’Assemblée », indique le politologue Olivier Rouquan.

Enfin, le poids de l’abstention en juin restera déterminant, selon les deux chercheurs. « L’abstention était déjà forte pour cette présidentielle, il y a donc des risques qu’elle augmente encore pour les législatives qui, traditionnellement, mobilisent moins les électeurs. Mécaniquement, cela signifie qu’il y aura moins de triangulaires. Cela suppose donc de nouer des alliances dans de très nombreuses circonscriptions », conclut Jessica Sainty. Pour arriver au second tour, les candidats doivent en effet recueillir plus de 12,5 % des inscrits. Or plus l’abstention est élevée, plus le seuil pour se maintenir au second tour est élevé. En 2017, le premier tour avait donné lieu à une immense majorité de duels. Une seule triangulaire avait eu lieu sur 577 circonscriptions.

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