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POLITIQUELe front républicain existe-t-il encore?

Présidentielle 2022 : Le front républicain existe-t-il encore ?

POLITIQUESi nombre de candidats ont d’ores et déjà appelé à ne pas accorder de voix à Marine Le Pen, du côté des électeurs, la notion de front républicain semble avoir fait long feu
Un homme passe devant des affiches pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qualifiés pour le second tour de la présidentielle
Un homme passe devant des affiches pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qualifiés pour le second tour de la présidentielle - Bob Edme/AP/SIPA / SIPA
Anissa Boumediene

Anissa Boumediene

L'essentiel

  • Comme il y a cinq ans, le second tour de l’élection présidentielle opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen.
  • Dimanche soir, nombre de candidats ont appelé à faire front contre le Rassemblement national.
  • Mais du côté des électeurs, le front républicain existe-t-il encore ?

Cinq points d’écart, voire moins. Au lendemain du premier tour du scrutin présidentiel qui a qualifié Emmanuel Macron et Marine Le Pen pour le second tour, c’est tout ce qui sépare les deux candidats en lice pour l’Elysée, selon les derniers sondages. Alors, à treize jours du second tour, pour le président sortant comme pour la cheffe du Rassemblement national, l’heure est à l’opération séduction, pour convaincre, ou à tout le moins rallier les électeurs des candidats évincés de voter pour eux.

Et les deux abattent chacun leurs atouts. Ni de gauche, ni de droite, Emmanuel Macron veut rassembler autour de lui la gauche et (surtout) la droite. Et s’il n’existe plus selon lui, il mise sur un front républicain qui pourrait quand même faire ses affaires le 24 avril dans les urnes, appelant les électeurs déçus à lui accorder leur vote. « Certains le feront pour faire barrage à l’extrême droite. Et je suis pleinement conscient que cela ne vaudra pas soutien du projet que je porte, et je le respecte », a-t-il déclaré dimanche soir. De son côté, forte d’une image normalisée, Marine Le Pen joue à fond la carte de la défense du pouvoir d’achat et de la justice sociale, appelant très clairement les électeurs de gauche à la rejoindre. Quelle stratégie l’emportera ? Le front républicain existe-t-il encore ? Faire barrage à l’extrême droite est-il encore un principe cher aux électeurs et électrices qui s’y sont pliés jusqu’à présent ?

Des consignes de vote précoces des autres candidats

Dès l’annonce des résultats dimanche soir, avec une affiche aux airs de déjà-vu, nombre de candidats évincés de la course à l’Elysée ont sans attendre fait part de leur intention de vote pour le second tour. Et nombreux sont ceux qui appellent à faire front contre le Rassemblement national, à gauche, mais pas seulement. Arrivé troisième du scrutin, Jean-Luc Mélenchon l’a dit puis répété trois fois dimanche soir : « Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen ». « J’appelle à faire barrage à l’extrême droite en déposant dans l’urne un bulletin Emmanuel Macron », a déclaré Yannick Jadot. Idem pour le Fabien Roussel, qui « appelle à battre l’extrême droite, à la mettre en échec en se servant du seul bulletin qui sera à disposition ». Au diapason, Anne Hidalgo « appelle avec gravité à voter contre l’extrême droite de Marine le Pen en vous servant du bulletin de vote Emmanuel Macron ».

Si, sans surprise, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan appellent à voter pour Marine Le Pen, à droite, Valérie Pécresse l’a assuré : « Je voterai en conscience Emmanuel Macron pour empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et le chaos qui en résulterait ».

« A gauche, cela permet aux partis qui se sont divisés et affrontés de trouver un motif de réconciliation minimale. Mais cet appel au front républicain est surtout très déterminé par ce qui va se passer aux législatives, analyse Jérôme Sainte-Marie, politologue et président de l’institut PollingVox. Notamment pour La France insoumise, qui se positionne ainsi pour aborder les législatives dans des conditions optimales, sans s’isoler dans une position populiste comme cela a été le cas en 2017. C’est donc moins dirigé contre Marine Le Pen que concentré sur la meilleure stratégie électorale ». Pour ce qui est de la droite, « il y a davantage une dimension institutionnelle chez Les Républicains, estime le politologue. C’est un parti qui a beaucoup d’exécutifs locaux et qui ne veut pas se retrouver en difficulté dans ses majorités locales, sous la pression d’En Marche ».

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« Il n’y a plus de front républicain »

Mais l’appel sera-t-il entendu ? En 2002, quand la notion de front républicain émerge, elle rassemble largement les électeurs : Jacques Chirac est élu avec 82,21 % des suffrages, contre 17,79 % pour Jean-Marie Le Pen. En 2017, avec une affiche identique à celle de cette année, Emmanuel Macron s’est imposé avec 66,10 % des voix, battant Marine Le Pen et ses 33,90 % de suffrages. Mais en 2022, le front républicain existe-t-il encore du côté des électeurs ? A moins de deux semaines du second tour du scrutin, les sondages ne vont pas dans ce sens. Alors qu’un sondage Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions donne Emmanuel Macron vainqueur au second tour avec 54 % des voix contre 46 % pour Marine Le Pen, un sondage Ifop-Fiducial pour TF1/LCI crédite Emmanuel Macron de 51 % des voix, contre 49 % pour Marine Le Pen. Soit seulement deux petits points d’écart.

Alors, le président candidat craint-il une victoire surprise de sa rivale ? Mise-t-il sur le front républicain pour l’emporter ? « Il n’y a plus de front républicain, je ne peux pas faire comme si cela existait », a-t-il déclaré ce lundi en déplacement à Denain, dans le Nord. « En 2017, il n’y a pas eu de front républicain. Le front républicain, c’était 2002 », a-t-il estimé.

Et le président sortant a peut-être raison de considérer que le front républicain n’existe pas, car du côté des électeurs, l’idée semble avoir fait long feu. « Il y en a marre d’être pris en otage. J’ai voté Macron au second tour il y a cinq ans pour faire barrage au FN. Mais là, après cinq ans de sa politique, ce n’est pas possible, confie Nadia, professeure au collège, qui a voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Je suis farouchement contre l’extrême droite, surtout en matière d’immigration, c’est une ligne rouge absolue pour moi. Pour autant, pour la première fois de ma vie, j’en ai marre de voter pour un candidat dont je n’aime ni le programme, ni le bilan, seulement pour faire barrage à une autre ».

L’opération séduction compliquée sur les électeurs de gauche

Or, avec une troisième place et 22 % des suffrages pour Jean-Luc Mélenchon, son électorat est au cœur de l’attention des deux candidats, qui font les yeux doux à cette importante réserve de voix. De son côté, Marine Le Pen se pose en présidente du peuple, du pouvoir d’achat et de la justice sociale, et mène son front anti-Macron, taclant son projet de retraite à 65 ans. Alors, même s’il ne croit pas au front républicain, Emmanuel Macron l’assure, « quand l’extrême droite sous toutes ses formes représente autant dans le pays, on ne peut pas considérer que les choses vont bien », a-t-il dit sur France 2. En déplacement dans le Nord, le président candidat a voulu rassurer l’électorat de gauche, frileux à l’idée de voter pour lui. « Je suis là pour convaincre, écouter aussi (…), j’essaie de clarifier mon programme en montrant qu’il est juste et social. J’ai vu beaucoup de jeunes qui m’ont dit "j’ai voté M. Mélenchon", j’essaie de les convaincre ». Pas de quoi convertir Céline, professeure des écoles contractuelle qui a voté pour Jean-Luc Mélenchon, et pour qui l’affiche du second tour « revient à choisir entre mépris de classe et mépris de race. Donc je voterai blanc, pas de front républicain pour moi cette année ».

« Le problème, c’est qu’un front républicain aujourd’hui ne vise pas seulement à empêcher Marine Le Pen d’accéder au pouvoir, c’est aussi permettre la réélection d’Emmanuel Macron, décrypte Jérôme Sainte-Marie. Et c’est là où l’opposition sociale très forte qui a marqué le début du quinquennat avec les gilets jaunes, vient affaiblir l’idée de front républicain. Aujourd’hui, la moitié des électeurs LFI souhaite s’abstenir, un petit quart est prêt à voter Marine Le Pen et un gros quart pour Emmanuel Macron, schématise le politologue. En outre, l’image de Marine Le Pen aujourd’hui ne se prête plus au front républicain, elle s’est normalisée après toutes ces années de dédiabolisation, et encore plus à la lumière d’Eric Zemmour », poursuit le politologue. D’ailleurs, si elle n’envisage pas un instant de voter pour Marine Le Pen, Céline lui reconnaît « un penchant social plus convaincant que Macron ». Ainsi, « entre le repositionnement social de Marine Le Pen, et les tensions sociales sans précédent qui ont émaillé le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, la distance pour un électeur de Mélenchon est assez longue à parcourir pour rallier le président sortant, résume Jérôme Sainte-Marie. En revanche, les électeurs de sensibilité écologiste ou socialiste qui ont rallié Mélenchon pour » voter utile « seront quant à eux plus motivés pour suivre ce front républicain ».

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