Présidentielle 2022 : LR, PS, EELV… La déroute électorale signe-t-elle la faillite des partis arrivés sous les 5 % ?

FRAIS DE CAMPAGNE Le code électoral prévoit un remboursement par l’Etat des frais de campagne pour les candidats arrivés au-dessus de 5 % au premier tour

Hélène Sergent
Crédité de 4,58% des voix, le candidat écologiste Yannick Jadot a lancé un appel aux dons à l'issue du premier tour.
Crédité de 4,58% des voix, le candidat écologiste Yannick Jadot a lancé un appel aux dons à l'issue du premier tour. — ISA HARSIN/SIPA
  • En enregistrant moins de 5 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle, Yannick Jadot (EELV), Anne Hidalgo (PS) ou Valérie Pécresse (LR) se retrouvent confrontés à une situation financière complexe.
  • À l’issue des premiers résultats dimanche 10 avril, le candidat écologiste a lancé un appel aux dons. Il a été imité dès le lendemain par la représentante des Républicains.
  • Selon le code électoral, ces candidats arrivés sous le seuil des 5 % peuvent toutefois bénéficier d’un remboursement par l’Etat limité à 800.000 euros.

C’est un échec qui pourrait leur coûter cher. Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, plusieurs partis politiques « historiques » doivent faire face à une situation économique critique. Arrivés sous le seuil fatidique des 5 % des suffrages exprimés, Yannick Jadot (EELV), Valérie Pécresse (LR) ou encore Anne Hidalgo (PS) ne pourront pas bénéficier des mêmes aides publiques que les candidats ayant remporté davantage de voix.

Or ces sommes permettent aux partis de rembourser les dépenses, parfois très importantes, avancées pour financer la campagne électorale. Anticipés par certains candidats, ces mauvais scores ont plongé deux partis – les écologistes d’EELV et Les Républicains – dans une difficulté financière importante. Pour y répondre, les deux formations politiques ont d’ores et déjà lancé un appel aux dons auprès de leurs militants.

  •  Quelles sont les conditions pour être remboursé par l’Etat ?
     

En France, le Code électoral encadre strictement le remboursement des frais de campagne. Le montant des aides publiques versées aux candidats dépend de leur score obtenu le jour du scrutin. Un seuil a ainsi été fixé à 5 % des suffrages. Pour celles et ceux qui se présentent à l’élection présidentielle et qui dépassent les 5 % de voix, l’Etat s’engage à rembourser 47 % des plafonds maximums définis par la loi, soit près de 8 millions d’euros.

Pour cette élection présidentielle, seuls Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour pourront prétendre à un tel chèque. En revanche, pour les huit autres candidats, le remboursement ne peut dépasser 4,7 % du montant maximal autorisé pour faire campagne, ce qui équivaut à 800.000 euros.

« Le montant du remboursement des frais est pris en compte dans les dépenses des partis et des candidats et dans les stratégies électorales mises en place. Certains, par exemple, anticipent leurs scores et sont amenés à mener des campagnes plus modestes », explique Clément Desrumaux, maître de conférences en science politique à l’université Lumière (Lyon-2). Lors de la précédente élection présidentielle en 2017, la campagne menée par Philippe Poutou a, par exemple, été quasiment intégralement remboursée par l’Etat. Le candidat du NPA avait fait campagne avec seulement 767.723 euros et bénéficié de 766.543 euros d’aides publiques à l’issue du premier tour.

  •  Les partis arrivés sous la barre des 5 % sont-ils menacés financièrement ?
     

Dimanche soir, dès la publication des premières estimations, le candidat écologiste Yannick Jadot (4,63 %) a appelé ses électeurs à soutenir financièrement son parti. Un site a même été mis en ligne pour recueillir ces dons. Contactée par 20 Minutes, Marine Tondelier, co-trésorière d’EELV détaille : « Voyant le risque d’être crédités de moins de 5 % de voix, nous avions déjà réduit la voilure depuis plusieurs semaines. Initialement, nous avions un budget de 8 millions d’euros mais nous n’avons dépensé que 6 millions. Et contrairement à d’autres partis politiques, notre formation n’est absolument pas endettée ».

Pour autant, la porte-parole de Yannick Jadot reconnaît que la situation est « très difficile » : « Pour pouvoir aborder sereinement les élections législatives, nous avons vraiment besoin de trouver 2 millions d’euros dans les cinq semaines qui viennent ». À droite, Valérie Pécresse (4,78 %) a elle aussi lancé un appel aux dons ce lundi matin. « La situation financière de ma campagne est désormais critique », a-t-elle déclaré à la presse, précisant être « endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros ». « J’ai besoin de votre aide d’urgence d’ici le 15 mai pour boucler mes frais de campagne (…). Il en va de la survie des Républicains », a-t-elle conclu, le visage fermé.

Enfin, pour le Parti socialiste, déjà affaibli en 2017, la situation serait plus contenue. Invité ce lundi sur Franceinfo, le Premier secrétaire Olivier Faure a assuré que le parti n’était « pas du tout au bord de la faillite ». Contrairement à EELV et à LR, le PS n’a pas eu recours à un emprunt bancaire, a-t-il indiqué : « Nous avons autofinancé la campagne et donc il n’y a pas de dette à rembourser. » Comme le soulignait notamment Le Figaro il y a quelques semaines, le parti a eu recours à des prêts de la part de ses fédérations départementales, qui se transformeront en dons à l’issue de ce premier tour décevant pour Anne Hidalgo (1,75 %).

  •  Quelles peuvent être les conséquences pour les partis concernés ?
     

Après sa défaite cuisante à la présidentielle mais surtout aux législatives de 2017, le PS avait été contraint de vendre son siège historique de la rue de Solférino et à lancer un plan social au sein de ses salariés. Pour faire face à ces déconvenues financières, les partis tablent souvent sur leurs biens immobiliers. En difficulté dès 2007, le PCF avait pris la décision de louer plusieurs étages de son siège parisien. En 2011, le Front national (devenu le Rassemblement national) était parvenu à vendre ses locaux de Saint-Cloud pour 10 millions d’euros afin d’éponger ses dettes.

Mais Clément Desrumaux, maître de conférences en science politique, nuance : « Les finances des partis en France dépendent surtout de leurs résultats aux élections législatives. En effet, l’élection d’un certain nombre de députés dans au moins 50 circonscriptions permet de débloquer des financements publics. Pour les formations qui se retrouvent dans des situations financières tendues à l’issue du premier tour de la présidentielle, il y a un véritable enjeu au moment des législatives ».