Présidentielle 2022 : Quel est le programme des candidats sur l’école primaire ?

ELECTION Les parents électeurs et les enseignants scrutent avec intérêt les propositions des candidats sur l’école maternelle et élémentaire

Delphine Bancaud
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L'école est une thématique très investie par les candidats à la présidentielle.
L'école est une thématique très investie par les candidats à la présidentielle. — Canva
  • Chaque prétendant à l’Elysée a dans son cartable des propositions en matière d’école.
  • Alors que le premier tour de la présidentielle aura lieu dans moins d’une semaine, le 10 avril, 20 Minutes a passé au crible les programmes pour faire un comparatif.
  • Réforme du calendrier scolaire, mesures de soutien, focus sur la discipline, diminution de la taille de classes… Tels sont les sujets les plus abordés par les candidats.

S’il y a un sujet sur lequel tout électeur a une opinion, c’est bien l’éducation. Les candidats à la présidentielle ont bien compris le bénéfice électoral qu’ils pouvaient tirer de cette thématique. D’où la ribambelle de mesures qui émaille leur programme. Bien qu’elles ne définissent pas un projet éducatif très cohérent pour celui qui sera le futur président, certaines d’entre elles retiennent l’attention. 20 Minutes les a passés au crible.

Réduire les effectifs, un consensus

En France, les classes de primaire sont trop chargées (22 élèves en moyenne), ce qui ne permet pas d’individualiser les enseignements et d’aider les élèves en difficultés. D’où l’idée partagée par les candidats de réduire les effectifs. Emmanuel Macron (LREM), qui a lancé lors de son quinquennat le dédoublement des classes dans l’éducation prioritaire en grande section, CP et CE1, veut l’étendre du CE2 au CM2. D’autres candidats veulent diminuer le nombre d’élèves dans tous les établissements, pas seulement en REP, à l’instar de Jean Lassalle (Résistons ! ), qui n’avance pas de chiffre. Jean-Luc Mélenchon (LFI) souhaite, lui, limiter à 19 le nombre d’élèves du CE2 au CM2, Philippe Poutou (NPA) à 20 dans toutes les classes et à 15 en petite section. Quant à Marine Le Pen (RN), elle veut plafonner les classes à 20, en généralisant le dédoublement à toutes les classes de grande section et de CP.

« L’école doit mieux personnaliser les parcours, notamment parce qu’elle accueille de plus en plus d’enfants handicapés et que le niveau des élèves est très disparate, explique Guillaume Prévost, délégué général de VersLeHaut, un think tank dédié à la jeunesse et à l’éducation. Réduire la taille des classes est une solution souvent préconisée par les experts de l’éducation. Elle a aussi l’avantage d’être très lisible pour les électeurs parents »,

Augmenter les heures de cours dans certaines disciplines, un leitmotiv pour certains

« Les résultats de la France dans les études internationales (Pisa, Timms…) sont décevants, notamment en maths, où ils ne cessent de chuter. D’où la volonté des candidats de traiter le mal à la racine en renforçant les heures d’enseignement dans les disciplines fondamentales », indique Guillaume Prévost. C’est le cas de Valérie Pécresse (LR) avec deux heures de français et une heure de maths en plus par semaine au primaire, de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui veut passer les heures de français et de mathématiques de 9 à 15 heures hebdomadaires. Jean-Luc Mélenchon promet, lui, une augmentation des heures de français (de 9 à 15 heures hebdomadaires), quand Fabien Roussel (PCF) veut augmenter le temps scolaire à 27 heures hebdomadaires (contre 24 aujourd’hui).

Les élèves ne font pas non plus assez d’exercice physique, à en croire plusieurs candidats. A commencer par Emmanuel Macron (LREM), qui préconise 30 minutes de sport par jour, puis d’Anne Hidalgo, qui souhaite augmenter « significativement le nombre d’heures d’EPS dans le parcours scolaire ». Un focus sur le sport que Guillaume Prévost explique doublement : « Non seulement l’obésité infantile progresse, surtout chez les enfants issus de milieux défavorisés, en raison de la sédentarité et de l’exposition massive aux écrans. Mais la crise sanitaire a aussi eu un impact important sur l’activité physique des enfants ».

L’enseignement artistique est aussi mis à l’honneur par Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite le développer « notamment en triplant le nombre des résidences d’artistes dans les écoles ». Et par Anne Hidalgo, qui promet « un programme majeur d’éducation artistique à l’école ». « En France, on valorise énormément les résultats scolaires mais très peu les compétences dans d’autres domaines. Alors que c’est le cas aux Etats-Unis, par exemple. D’où l’idée, plutôt à gauche, d’ouvrir davantage l’école aux disciplines artistiques », commente Guillaume Prévost.

Aider les élèves en difficulté, une urgence pour certains

Pour redresser le niveau, la France étant championne des inégalités scolaires, Valérie Pécresse (LR) veut un soutien scolaire en s’appuyant sur une « réserve éducative nationale » composée de professeurs retraités et d’étudiants. Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon misent sur la réactivation des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased). Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) souhaite lui « restaurer une pratique raisonnée du redoublement pour donner la chance aux enfants en difficulté d’acquérir ou de consolider les bases, notamment en CP ».

Des propositions qui soulignent les différences de doctrines, selon Guillaume Prévost. « Les candidats de gauche privilégient l’approche par les moyens, alors que ceux de droite préfèrent l’approche organisationnelle. Ces derniers ne veulent pas créer des postes, mais optimiser le fonctionnement de l’école ou avoir recours à des aides extérieures ».

Changer les rythmes, une idée évoquée avec prudence

Marine Le Pen (RN) souhaite allonger les journées de classe d’une heure à une heure et demie. Mais la proposition la plus audacieuse dans ce domaine provient de Yannick Jadot, qui veut mieux « articuler et équilibrer dans la journée les savoirs fondamentaux et consacrer plus de temps aux savoirs pratiques, à la nature, à la culture, aux sports, aux travaux manuels », déclare-t-il à La Croix. Pour ce faire, il envisage une révision du calendrier scolaire : « Je n’exclus pas de réduire la durée des vacances, notamment celles d’été », avance-t-il.

« Jadot est le candidat qui plaide le plus pour un renouvellement pédagogique. Il se réfère à de multiples études qui montrent que la journée d’école est trop longue pour les élèves et qu’elle ne correspond pas à leur rythme biologique. Mais sa critique du calendrier scolaire reste mesurée, car il sait que le sujet est clivant. Et il se souvient de l’échec de la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon » , analyse Guillaume Prévost.

Insister sur la discipline, une marotte pour certains

A chaque campagne ressortent des mesures dans ce domaine. Plusieurs candidats souhaitent donc le retour de la loi Ciotti (2010), qui prévoyait la suspension des allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes ou perturbateurs. C’est le cas de Marine Le Pen, de Nicolas Dupond-Aignan, de Valérie Pécresse et d’Eric Zemmour. Et certains vont encore plus loin comme Eric Zemmour (Reconquête !) avec ses internats de réinsertion pour les élèves exclus, Valérie Pécresse qui souhaitent envoyer ces derniers « dans des structures de réinsertion scolaire, disposant d’un encadrement renforcé », et Nicolas Dupont-Aignan dans des internats spécialisés et avec mesures de sécurité renforcée.

Vieille lune aussi, le retour de l’uniforme prôné par Marine Le Pen et Eric Zemmour. « On voit refleurir ces idées qui renvoient à une école à la papa car elles parlent au quidam. Mais la plupart de ces mesures sont simplistes et irréalistes. Elles ne répondent pas à la nécessite d’accompagner les familles pour gérer les difficultés scolaires. Ce sont des marqueurs de droite dont le but est d’envoyer des signaux à un électorat bien identifié. Je pense qu’il s’agit plus de mesures vitrine que de réelles propositions susceptibles d’être mises en place après l’élection », estime Guillaume Prévost.