Présidentielle 2022 : Salaires, postes, formation… Quel est le programme des candidats pour les profs ?

EDUCATION Les enseignants sont courtisés par les candidats à l’élection présidentielle, non seulement car ils représentent un réservoir électoral, mais aussi parce que l’éducation est un thème très observé lors de la campagne

Delphine Bancaud
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Illustration : Les enseignants sont courtisés par les candidats à la présidentielle.
Illustration : Les enseignants sont courtisés par les candidats à la présidentielle. — Pixabay
  • Chaque prétendant à l’Elysée a dans son cartable des propositions en matière d’éducation, notamment à destination des enseignants.
  • 20 Minutes a passé au crible les programmes pour faire un comparatif.
  • Salaires, recrutements, formation, affectation… Voilà les sujets qui sont le plus abordés par les candidats.

C’est un potentiel électoral intéressant pour tous les prétendants à l'Elysée. Pas étonnant donc que les 900.000 enseignants de France soient courtisés pendant cette campagne. D’autant que les mesures qui seront prises par le prochain gouvernement en matière d’éducation sont aussi scrutées par les parents électeurs. 20 Minutes revient sur les propositions qui font le plus parler en salle des profs.

Augmenter les profs : un consensus chez les candidats

Il est rare qu’un sujet fasse l’unanimité lors de cette campagne. Mais l’insuffisance du salaire des profs en est un. Il faut dire qu’en France, les enseignants du primaire et du secondaire gagnent 7 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE, et 20 % de moins après dix ou quinze ans de service, selon le rapport annuel Regards sur l’éducation publié en septembre 2021. Du coup, c’est la bataille des chiffres chez les candidats. Jean-Luc Mélenchon (LFI) propose 15 % de revalorisation salariale sur cinq ans ; Yannick Jadot (EELV) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) 20 %, Fabien Roussel (PCF) 30 %, Philippe Poutou (NPA) 33 %. Et Jean Lassalle souhaite les augmenter de 700 euros. Quant à Anne Hidalgo, qui proposait au début de sa campagne de doubler le salaire des profs – ce qui avait beaucoup fait jaser –, elle parle désormais de « le porter progressivement au niveau de celui des cadres ».

Marine Le Pen souhaite, elle, revaloriser le salaire des professeurs des écoles de 3 % par an pendant cinq ans. « Ce consensus autour de la revalorisation est nouveau par rapport à la campagne de 2017. Car l’idée a infusé dans l’opinion publique, qui a pris conscience de l’énorme retard de la France dans ce domaine. Et cette situation est en partie responsable de la crise des recrutements dans l’Education nationale », analyse Laurent Frajerman, chercheur au centre d’histoire sociale de Paris I et à l’institut de recherches de la Fédération syndicale unitaire (FSU).

Trois candidats se distinguent en refusant l’idée d’une revalorisation nationale uniforme, souhaitant la conditionner. C’est le cas d’Eric Zemmour (Reconquête ! ), qui évoque dans son programme « une revalorisation basée sur le mérite ». De Valérie Pécresse, qui veut augmenter les profs « en début de carrière, ceux qui acceptent des missions supplémentaires, qui enseignent dans les territoires ruraux isolés ou dans des établissements particulièrement difficiles ». Et d’Emmanuel Macron (LREM), qui conditionne une hausse « significative » des rémunérations à de « nouvelles missions », comme le remplacement des professeurs absents ou le suivi individualisé des élèves. « Cette revalorisation conditionnée est un marqueur de droite. Elle est massivement rejetée par les enseignants, qui estiment qu’être un bon prof, c’est d’abord être compétent au sein de sa classe avant d’assurer des missions supplémentaires », commente Laurent Frajerman. Une proposition qui vise donc plus à séduire l’opinion publique que les enseignants.

Créer des postes d’enseignants : une idée bien partagée… à gauche

Yannick Jadot préconise l’embauche de 65.000 profs pendant le quinquennat, Fabien Roussel 90.000, Philippe Poutou 100.000. Jean-Luc Mélenchon va encore plus loin et vise 160.000 recrutements, pour satisfaire son objectif de 19 élèves par classe à la fin du mandat. Il veut aussi « rétablir un véritable corps d’enseignants remplaçants et engager un plan de titularisation des précaires de l’Éducation nationale ».

« C’est l’inflation des chiffres, car les candidats de gauche qui proposent d’augmenter les heures de cours ou de réduire les effectifs en classe sont bien obligés d’assortir cela avec des créations de poste. Et ils estiment que même si leur mesure a un coût pour les finances publiques, c’est un choix budgétaire qui se justifie par un choix de société », analyse Laurent Frajermann.

L’affectation des enseignants : un système à revoir

Emmanuel Macron a fait bondir les syndicats en indiquant qu’il voulait donner davantage de libertés aux établissements pour recruter les profs sur profils. « D’autant que l’expérimentation dans ce domaine faite à Marseille a fait pschitt. Et les chefs d’établissement ne souhaitent pas recruter eux-mêmes », commente Laurent Frajerman.

Valérie Pécresse veut, elle, « mettre fin au bizutage institutionnel actuel qui consiste à envoyer des professeurs inexpérimentés dans les établissements les plus difficiles : nous inciterons des professeurs volontaires à y aller avec de vraies primes de fidélisation et des bonus de carrières. » Une idée plutôt efficace selon Laurent Frajerman, mais qui existe déjà partiellement : « Le gouvernement a donné des primes aux enseignants de REP +, ce qui a permis de stabiliser les équipes ». La candidate LR veut aussi « régionaliser le recrutement des enseignants au niveau du Capes ». Une idée qui fait réagir Laurent Frajerman : « Si on le fait, il faudra accepter le risque que les enseignants les plus aguerris se fassent recruter dans les grandes villes et dans les régions qu’ils jugent les plus attractives ».

Changer la formation des profs : une idée qui fait mouche

Les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspe) ne font pas l’unanimité chez les candidats. D’ailleurs, Marine Le Pen veut purement et simplement les supprimer au profit d’une formation entre pairs. Jean-Luc Mélenchon veut lui « créer des écoles professionnelles de l’enseignement, en lien avec le monde universitaire ». Yannick Jadot souhaite une entrée plus progressive dans le métier via des « licences universitaires “enseigner et éduquer”, intégrant des modules de formations spécifiques aux métiers de l’éducation, puis deux années de formation associant professeurs du primaire et du secondaire. Les stages renforcés permettront de familiariser les futurs enseignants avec la vie de la classe sans leur en donner brutalement la responsabilité », énonce-t-il dans son programme.

Quant à Eric Zemmour, il souhaite une sélection plus stricte des profs, « en mettant en place des concours plus exigeants centrés sur la maîtrise des savoirs ». Selon Laurent Frajerman, « la formation actuelle des profs est déjà assez éprouvante, car les étudiants cumulent la préparation de leur master avec leurs stages. Et le niveau à bac + 5 empêche certains jeunes de milieux populaires d’envisager cette orientation, car ils ont besoin de gagner leur vie rapidement. Par ailleurs, plusieurs rapports sont assez critiques vis-à-vis des Inspe, taxés de proposer une formation trop académique et trop théorique. »

L’idée du pré-recrutement des profs, déjà expérimentée lors du quinquennat Hollande, pour susciter des vocations, revient aussi. Dans le programme de Fabien Roussel, qui le souhaite au niveau bac ou licence. « Les futurs enseignants bénéficieront du statut d’élève-fonctionnaire stagiaire et ils percevront un traitement équivalent au premier échelon, avec engagement pour eux d’exercer dix ans dans l’Éducation nationale. » Jean-Luc Mélenchon veut aussi « mettre en œuvre un plan de pré-recrutement ouvert dès l’année de terminale et en licence afin de favoriser l’accès des jeunes de tous les milieux sociaux aux métiers de l’Education nationale. » Cette proposition électorale n’étonne pas Laurent Frajerman : « C’est une idée défendue par plusieurs syndicats depuis longtemps. Ce système avait d’ailleurs bien fonctionné dans les années 1970 », conclut-il.