Alain Krivine, ancien leader de la Ligue communiste révolutionnaire, est mort à l’âge de 80 ans

DISPARITION Son épouse a confirmé, ce samedi à l’AFP, la mort de cette figure historique de la gauche radicale

20 Minutes avec AFP
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Alain Krivine a été le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire.
Alain Krivine a été le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Alain Krivine, fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire, est mort à l’âge de 80 ans à Paris, a annoncé ce samedi son épouse.
  • Communiste depuis son plus jeune âge, il a été un acteur important de mai 68.
  • Jusqu’à la fin de sa vie, Alain Krivine aura montré un esprit révolutionnaire.

Alain Krivine, figure d'extrême gauche et ancien candidat à la présidentielle, est décédé ce samedi à l’âge de 80 ans, a annoncé son épouse à l’AFP.

Figure de l’extrême gauche et candidat à deux reprises à l’élection présidentielle, Alain Krivine a consacré sa vie au militantisme « révolté », dans le sillage des événements de Mai 68. Leader pendant trois décennies de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qu’il a cofondée en 1974, il est resté toute sa vie profondément trotskiste, affirmant en 1993 : « Plus je vieillis, plus je suis révolté ».

Une jeunesse communiste

Né le 10 juillet 1941 à Paris, Alain Krivine est issu d’une famille de la petite bourgeoisie juive, immigrée d’Europe centrale. Très vite, ses frères aînés, qui passent tous par le Parti communiste, tracent la route à suivre. Direction, en 1955, l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF), avant de devenir l’année suivante responsable de l’ensemble des lycéens communistes de Paris.

Krivine est devenu ensuite le principal dirigeant du courant de gauche de l’Union des étudiants communistes (UEC) du secteur « Sorbonne-Lettres », dont il est exclu en 1965 après avoir critiqué la direction du PCF. En 1966, jeune professeur d’Histoire, il fait partie des fondateurs de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR).

Acteur de mai 68

Membre des réseaux de soutien au Front de libération nationale (FLN) algérien à Paris, Alain Krivine est profondément influencé par les événements de Mai 68, auxquels il participe activement. Avec la JCR, il encadre et anime le mouvement étudiant à Paris dont il devient rapidement un des leaders, aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot et Alain Geismar.


« Quand les flics sont entrés à la Sorbonne le 3 mai, et qu’ils nous ont embarqués dans les cars, le Quartier latin est parti en ébullition. On ne savait pas d’où ça venait, c’était spontané », raconte-t-il en 2018, un demi-siècle plus tard, au sujet de cet épisode fondateur. « Des milliers d’étudiants ont pris des bouteilles de bière sur les tables des bars et cognaient les flics en képi ! J’ai dit à mes copains : + Mais qu’est-ce qu’il se passe ? C’était le début de Mai 68 ».

Désigné candidat à la présidentielle de 1969

Mais après le discours de Charles de Gaulle le 30 mai, il comprend que le mouvement a échoué. La JCR est dissoute et Krivine se retrouve emprisonné un mois à la prison de la Santé. Obligé de faire son service militaire, il apprend quelques mois plus tard depuis sa caserne à Verdun que le bureau politique de la toute nouvelle Ligue communiste (LC) l’a désigné candidat à l’élection présidentielle de 1969.

Un an après Mai 68, la France entière découvre donc Krivine, cheveux frisés, lunettes sur le nez, et son programme : détruire l’ordre capitaliste et redistribuer les richesses. Il n’obtient que 1,06 % des suffrages.

« Shooté au mouvement social »

En 1973, la Ligue communiste est à son tour dissoute, à la suite d’affrontements entre quelques-uns de ses membres et des militants d’extrême droite, avant de renaître brièvement sous le nom de Front communiste révolutionnaire (FCR). Puis, Alain Krivine crée en 1974 la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dont il restera le leader historique pendant plus de trente ans. Il se présente cette année-là une nouvelle fois à la présidentielle et obtient 0,37 % des suffrages.

Les années 1990 sont marquées par son opposition à la guerre du Golfe, au traité de Maastricht et, en 1995, à la réforme des retraites en France. « Il est shooté au mouvement social », disait de lui Jean-Christophe Cambadélis, figure du PS et issu du trotskisme. « Etre révolutionnaire, c’est vouloir remettre à l’endroit une société à l’envers », dit-il, défendant ardemment sa ligne « 100 % à gauche ».

Révolutionnaire jusqu’au bout

Journaliste à l’hebdomadaire « Rouge », l’organe du parti, et député européen entre 1999 et 2004, il démissionne du bureau politique de la LCR en 2006, tout en restant porte-parole du mouvement jusqu’à sa dissolution en 2009.

Au moment de prendre sa retraite, il confiait : « On a beaucoup plus de raisons de se révolter qu’en 1968. La barbarie s’est aggravée. J’attends un Mai 68 qui réussisse, un Mai 68 avec un programme ».