Présidentielle 2022 : « On est harcelés et débordés »… Les candidats face au marathon des grands oraux

POLITIQUE Les prétendants à l'Elysée sont très sollicités pour participer à de grands oraux thématiques, organisés par des associations ou des branches professionnelles

Thibaut Le Gal
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Marine Le Pen devant le Medef.
Marine Le Pen devant le Medef. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • En plus des meetings et des passages médiatiques, les candidats multiplient les grands oraux thématiques, organisés par des associations ou des secteurs professionnels.
  • Ces événements leur permettent de dérouler leurs propositions sans trop de difficultés dans cette campagne bousculée par le Covid et la guerre en Ukraine.
  • Mais les équipes de candidats doivent faire des choix devant le nombre très important de sollicitations.

Dans cette étrange campagne présidentielle, anesthésiée par le Covid puis bousculée par la guerre en Ukraine, les candidats tentent, comme ils peuvent, de se faire entendre. A côté des traditionnels meetings et passages médiatiques, une tendance se confirme : les grands oraux thématiques, organisés par des associations ou des branches professionnelles.

Cette semaine, les prétendants à l'Elysée ont eu l'occasion de plancher mercredi, devant l'union des industries et métiers de la métallurgie, le monde du numérique , ou encore la confédération des petites et moyennes entreprises ; jeudi, devant les sapeurs-pompiers et la CFDT ; vendredi, devant les assises du produire en France... Ces séquences très convenues leur permettent de dérouler leurs propositions sans adversité. Mais la prolifération de ces événéments donne aussi mal au crâne à leurs équipes.

« Ils essayent de nous convaincre de participer en nous pipotant »

« C’est un enfer ! La moindre petite association veut son grand oral. Tous les jours, il y a un truc, on est sollicités de toutes parts, y compris par des associations constituées pour l’occasion », souffle un proche d'un candidat. « Les associations professionnelles ont désormais recours à des cabinets de conseil pour leur communication. On se retrouve harcelés et débordés avec des demandes en tout genre, plusieurs par jour, du salon classique au questionnaire écrit, chacun a ses exigences », grince Sébastien Chenu. Le porte-parole de Marine Le Pen confie, amusé : « Ils essayent de nous convaincre de participer en nous pipotant : "tous les candidats ont répondu présent", et au final on se retrouve avec le troisième sous-fifre, le délégué déparlemental de je-ne-sais quel canton ».

Cette profusion d'invitations oblige les équipes à faire des choix. « On se demande si c'est représentatif, si ça touche assez de monde, si on a un message adapté. On a décliné les assurances récemment car ce n’était pas jugé prioritaire par rapport aux pompiers, aux policiers, ou au personnel hospitalier », ajoute le député RN du Nord. « Ces grands oraux font désormais partie de la campagne donc l’agenda est plus chargé. Mais face à la démultiplication des demandes, Yannick Jadot ne peut pas être toujours présent. Donc on s’appuie sur toute notre équipe pour répondre le plus largement aux sollicitations », avance l'entourage du candidat écologiste.

Attention aux loupés

Cet exercice ne se prépare pas comme une émission de télé ou une réunion publique. « Les professionnels s'attendent à des réponses précises et techniques, alors que sur une chaîne d’info, vous devez répondre sur tous les sujets en 15 minutes. Ce n’est pas le même type de concentration non plus, c’est plus cool, moins politicien, il n’y a pas en face la même agressivité », siffle Sébastien Chenu. « C’est presque de l’information ciblée. C’est utile car on n’a jamais l’espace pour parler de l’artisanat ou des travaux publics pendant 45 minutes. Cela permet d’entrer dans le détail des propositions, montrer la solidité de notre projet, et infuser auprès des différentes organisations professionnelles », indique Boris Vallaud, porte-parole d'Anne Hidalgo.

Cette profusion de demandes est aussi la conséquence du déroulement particulier de cette campagne, ajoute Nicolas Mayer-Rossignol, maire PS de Rouen. «C'est vrai qu'il y en a beaucoup, mais ça montre l'appétit démocratique dans le pays, à l'heure où certains refusent les débats», cingle cet autre soutien de la candidate socialiste.

«C'est une tendance forte, qui montre une volonté de rapprocher politiques et société civile, analyse Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. Ca permet aux candidats de donner une bonne image d’eux, en couvrant des angles qu’ils n’ont pas toujours le temps de traiter. Mais ces sujets pointus demandent une bonne préparation en amont pour éviter le crash ». Christiane Taubira en avait fait les frais, début février, devant la fondation Abbé Pierre. Visiblement mal préparée, la candidate avait multiplié les hésitations et les approximations sur les questions de logement, s'attirant les railleries du public et de ses adversaires.