Présidentielle 2022 : A Reims, Marine Le Pen refuse le duel avec Eric Zemmour pour installer le match avec Emmanuel Macron

REPORTAGE Lors de sa convention présidentielle ce samedi à Reims, la candidate du Rassemblement national a refusé de s’épancher sur son rival Eric Zemmour, préférant réserver ses coups les plus durs pour Emmanuel Macron

Thibaut Le Gal
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Marine Le Pen à Reims.
Marine Le Pen à Reims. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Marine Le Pen tenait ce samedi sa convention présidentielle à Reims, destinée à lancer officiellement sa campagne présidentielle.
  • Mais ce grand rassemblement a été pollué par Eric Zemmour, qui tenait un discours à Lille au même moment.
  • La candidate RN a fait mine de minimiser la candidature de son rival, préférant réserver ses coups au chef de l’Etat.

De notre envoyé spécial à Reims,

Dans le grand hall du Parc des Expositions, Marine Le Pen peine à se frayer un chemin à travers la foule. L’ambiance est conviviale, les militants scandent son nom, chacun veut son selfie. La candidate du  Rassemblement national passe de longues minutes auprès des stands régionaux pour échanger avec ses soutiens. Trois mille personnes, venues des quatre coins du territoire, sont annoncées ici à  Reims.

Mais cette convention présidentielle, qui vise à lancer symboliquement sa campagne depuis « la ville des sacres », est en partie gâchée. Car deux têtes se disputent actuellement la couronne du « camp national ». Dans un coin du hangar justement, un groupe de militants discute. Au cœur de leurs échanges :   Eric Zemmour. Le candidat Reconquête, qui  multiplie les prises de guerre au sein du Rassemblement national, tient au même moment un  grand meeting à Lille.

Marine Le Pen au milieu de ses soutiens.
Marine Le Pen au milieu de ses soutiens. - Alain ROBERT/SIPA

« Eric Zemmour a la volonté de parasiter notre campagne »

Après avoir balancé quelques gifles dans la presse, Marine Le Pen refuse ce samedi d’évoquer directement la lutte avec son rival. « Je ne rentre pas dans ce duel, dans ce jeu-là. Je mène une campagne sérieuse, je continuerai à parler du fond », résume-t-elle dans la matinée, un peu agacée, face aux journalistes. Mais elle reconnaît que la présence d’Eric Zemmour affaiblit sa candidature et l’empêche d’installer pleinement le match avec le président sortant. Alors, pour mieux marginaliser le candidat identitaire, la députée du Pas-de-Calais lui conseille malicieusement « de faire le ménage » dans son mouvement, après avoir pointé du doigt dans le Figaro la veille les « catholiques traditionalistes », les « païens et quelques nazis ».

Dans la foulée, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, lâche ses coups avec moins de pudeur. « Eric Zemmour a la volonté de parasiter notre campagne. Son obsession est d’empêcher Marine Le Pen d’arriver au second tour. Il veut ce match, car il est dans une démarche de témoignage, mais ce n’est pas notre souhait. On ne va pas rentrer dans une petite finale avec Eric Zemmour, qui est aujourd’hui en lutte pour la quatrième place avec Jean-Luc Mélenchon. Notre seul adversaire est Emmanuel Macron ».

« Emmanuel Macron n’est pas seulement méprisant, il est déprimant »

Après les prises de paroles de plusieurs responsables du parti, Marine Le Pen monte sur scène vers 19 heures. Fidèle à la stratégie du jour, elle n’a qu’une cible en tête : le chef de l’Etat. La candidate étrille « la France orange-macronique » dans une longue et très lourde charge contre le président de la République. « Ce prétendu Mozart de la finance qui n’a réussi à composer qu’une symphonie dramatique, laissant une dette augmentée de 600 milliards d’euros. On nous avait promis un crack, mais le seul krach que nous avons eu est financier », lance-t-elle sous les acclamations.

« Tout semble le porter à un saccage méthodique de ce qui fait la France. Ce quinquennat est un immense chaos », qui laisse une « France polytraumatisée », poursuit-elle. « Le macronisme est la synthèse terrible du cynisme et de l’injustice. C’est une machine à broyer les espoirs sous couvert de progressisme. Emmanuel Macron n’est pas seulement méprisant, il est déprimant ».

A aucun moment, la candidate ne cite Eric Zemmour. La priorité est ailleurs : étriller le président et mettre en avant ses propositions pour le remplacer en avril prochain. La candidate sait que la victoire passera par une forte participation de son électorat. Un peu plus tôt, Marine Le Pen inaugurait une dizaine de bus à son effigie. Ils seront lancés ces prochains jours sur les routes de France pour mobiliser les troupes.