Présidentielle 2022 : Accusée « d’islamo-droitisme » par Eric Zemmour, Valérie Pécresse veut balayer le spectre « Ali Juppé »

CAMPAGNE L’entourage de Valérie Pécresse a contre-attaqué cette semaine après les attaques du camp Zemmour, qui accuse la candidate et ses proches d'accointances avec l'islamisme

Thibaut Le Gal
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Valérie Pécresse.
Valérie Pécresse. — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Les soutiens d’Eric Zemmour accusent Valérie Pécresse et son entourage de « complaisance » avec l’islamisme.
  • Les proches de la candidate Les Républicains ont répliqué cette semaine, dénonçant « les boules puantes et les fake news » lancées par l’entourage du candidat Reconquête.
  • La droite reste marquée par le précédent « Ali Juppé », qui avait plombé la campagne du favori de la primaire de la droite en 2016.

La tension monte entre Valérie Pécresse et  Eric Zemmour. Les proches de la candidate  Les Républicains à  la présidentielle 2022 ont lancé la contre-offensive cette semaine après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos accusant certains de ses soutiens de tenir « un double discours sur l’islamisme ». La porte-parole de la candidate, Florence Portelli, a fustigé ce mercredi « les boules puantes et les fake news » lancées par l’entourage du candidat Reconquête.

« La façon nauséabonde dont Monsieur Zemmour fait campagne en fait un digne héritier de l’extrême droite », a-t-elle avancé. En consacrant une conférence de presse à ce sujet, le camp Pécresse dit vouloir « rendre coups pour coups ». La droite reste marquée par le précédent « Ali Juppé », qui avait plombé la campagne du favori de la primaire de la droite en 2016.

« On m’a mis une cible dans le dos »

Le vice-président de la région Ile-de-France, Patrick Karam, conseiller de Valérie Pécresse, a ainsi dénoncé mercredi la « fatwa numérique » dont il est victime, émanant de ce qu’il nomme la « fachosphère ». « On m’a mis une cible dans le dos. J’ai eu le droit à des centaines de tweets vidéos qui manipulent la réalité. Ça a été relayé par Guillaume Peltier, Jérôme Rivière [deux soutiens d’Eric Zemmour]… J’ai supprimé des centaines et de centaines de messages de haine et de menaces de mort. Depuis quinze jours, je subis cette déferlante. »

Les soutiens d’Eric Zemmour ont relayé en janvier un montage vidéo, dans lequel l’élu LR francilien est accusé d’être « un fervent soutien de l’islamiste Mohammed Henniche », l’ancien recteur de la grande mosquée de Pantin,   fermée pour six mois en octobre 2020 par les autorités. La justice avait mis en cause le partage, sur la page Facebook du lieu de culte, de la vidéo d’un père d’élève, à l’origine de l’engrenage ayant conduit à l’assassinat de Samuel Paty. Mais Patrick Karam a dénoncé mercredi des « faits manipulés » et « des ambiguïtés sur les dates », rappelant que sa rencontre avec Mohammed Henniche datait de 2015. « A cette époque, il était un interlocuteur incontournable dans le 93 [pour les] pouvoirs publics, il travaillait avec les préfets et les ministres de l’Intérieur », a-t-il justifié.

Son avocat a annoncé dans la foulée que « deux plaintes en diffamation sont en préparation contre Damien Rieu, et une autre pour cyberharcèlement » visant également « les principaux comptes relayant les accusations ».

« On a fait tomber Ali Juppé, Farid Fillon, on fera aussi tomber Valérie Pécresse »

Damien Rieu, responsable de la cellule riposte d’Eric Zemmour sur les réseaux sociaux, assume avoir relayé cette vidéo à ses 118.000 abonnés sur Twitter. « Patrick Karam n’a pas beaucoup d’arguments. Tout le monde sait que Monsieur Henniche est un islamiste depuis des années. Il est important de diffuser ces informations pour que les électeurs LR ne se fassent pas avoir. Les cadres LR les trahissent en faisant preuve d’islamo-droitisme. » L’ancien responsable de Génération identitaire, qui a également ciblé le patron des députés LR Damien Abad, qualifié sur les réseaux sociaux « d’IslamAbad », annonce d’autres « révélations à venir ». « On a fait tomber "Ali Juppé"* [à la primaire 2016], "Farid Fillon"* [au premier tour de 2017], on fera aussi tomber Valérie Pécresse », dit-il, en

Une stratégie revendiquée par Eric Zemmour lundi sur CNews. « De nombreux élus qui ont rejoint Valérie Pécresse ont des accointances et des complaisances pour les mouvements salafistes et les Frères musulmans. Nous allons dénoncer leurs manœuvres et leurs méfaits », a-t-il pointé, accusant également la candidate LR en personne, sans toutefois apporter de preuves. « Ce n’est que le début, ajoute Samuel Lafont, responsable de la stratégie numérique du candidat. Nos équipes bossent comme des fous, et il y a beaucoup de matière à sortir sur nos adversaires. »

Le précédent « Ali Juppé » en 2016

Ces attaques en ligne rappellent celles ayant touché Alain Juppé lors de la primaire 2016. Renommé « Ali Juppé » et victime de photomontage sur les réseaux sociaux, le maire de Bordeaux s’était vu accusé de complaisance envers l’islamisme par des sites d’extrême droite et des comptes identitaires. A l’époque, le candidat regrettait auprès de 20 Minutes avoir « sous-estimé » ces « accusations dégueulasses, qui ont eu un impact dans une partie de l’électorat ».

Pour éviter un tel scénario, la droite a donc opté pour une réponse ferme. « Valérie nous a demandé de réagir rapidement et de rendre coup pour coup. Nous porterons plainte systématiquement car on ne peut pas se laisser injurier et traîner dans la boue par Eric Zemmour et ses soutiens, qui font de la politique de caniveaux », tacle Eric Pauget, député des Alpes-Maritimes et soutien de la première heure. Mais la droite a également répliqué sur le même terrain, en accusant le candidat Reconquête de « complaisance avec l’islam radical ».

« Ce n’est pas Valérie Pécresse mais Monsieur Zemmour qui a des amitiés douteuses avec Tariq Ramadan et c’est lui aussi qui a annoncé avoir de l’admiration pour les djihadistes », fustige ainsi Florence Portelli. Sur Twitter, plusieurs comptes de soutien à la candidate LR ont lancé le hashtag #TariqZemmour et exhumé des citations de l’ancien éditorialiste de CNews. Sur les réseaux sociaux, aussi, la bataille des droites ne fait que débuter.

*Surnoms donnés à l'époque par les adversaires des candidats de droite sur les réseaux sociaux censés illustrer leur supposée complaisance avec l'islamisme.