Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron peut-il se passer des débats télévisés ?

CAMPAGNE Ces derniers jours, le chef de l'Etat a laissé entendre qu'il pourrait s'éviter les joutes télévisuelles de la campagne. Un pari risqué ?

Thibaut Le Gal
Emmanuel Macron lors d'un débat en 2017
Emmanuel Macron lors d'un débat en 2017 — Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron devrait annoncer sa candidature à la présidentielle d’ici début mars.
  • L’entourage du chef de l’Etat a fait savoir qu’il ne participerait pas nécessairement aux débats avant le premier tour.
  • Mais ce pari est-il risqué alors que les joutes télévisuelles s’imposent dans les campagnes ?

« Quand Emmanuel Macron redescendra dans l’arène, il devra rendre des comptes ! ». A l’image du député LR Robin Reda, soutien de  Valérie Pécresse, beaucoup, dans l’opposition, n’attendent qu’une chose : que le chef de l’Etat soit enfin candidat à  la présidentielle pour faire face à son bilan. Mais ces derniers jours, une autre musique se fait entendre. Une fois candidat, Emmanuel Macron pourrait s’éviter les joutes télévisées avant le premier tour. « Il n’y a pas d’accord du président et c’est peu probable qu’il y participe », confient ainsi plusieurs diffuseurs dans le  Figaro.

Samedi, Gabriel Attal s’est montré « sceptique » sur l’utilité d’un tel dispositif dans Le Parisien. « A quoi ressemblerait ce débat de premier tour ? Douze candidats cherchant pendant 1h50 leur "moment" avec le président, qui aurait dix minutes pour leur répondre », a balayé le porte-parole du gouvernement. Mais Emmanuel Macron peut-il vraiment enjamber cette étape devenue incontournable des campagnes électorales ?

« Il a peur de quoi ? De son bilan catastrophique ? »

En 2017, deux grands débats avaient animé la campagne. Le premier, fin mars, avait réuni les cinq principaux candidats, et le second, début avril, l’ensemble des 11 participants à la présidentielle. Mais pour ces joutes inédites, le président sortant n’était pas présent, puisque François Hollande avait renoncé à briguer un second mandat. « Une telle émission avec un président en exercice serait une première télévisée. Bien sûr, il y a le risque que tous les candidats se tournent contre lui, mais s’il n’y allait pas, il serait accusé de manquer de courage, de se défiler. D’autant qu’il a montré en 2017 qu’il maîtrisait l’exercice », estime l’historien Jean Garrigues, auteur d’Elysée Circus : une histoire drôle et cruelle des présidentielles (Tallandier).

Chez ses adversaires, la possibilité qu’Emmanuel Macron ne participe pas aux débats avant le premier tour a déjà fait l’effet d’une petite bombe. Valérie Pécresse a demandé au président de « rendre compte » de son « bilan calamiteux », dimanche sur France 3. « La démocratie moderne aujourd’hui, c’est accepter le débat, c’est accepter la contradiction », a tancé la candidate Les Républicains. « Il a peur de quoi ? De son bilan catastrophique ? Il a peur qu’on parle enfin d’autre chose que de la crise sanitaire ? », grince de son côté Gilles Pennelle, responsable des fédérations au Rassemblement national.

Un nouveau format adapté au président ?

Marine Le Pen a d’ailleurs fait savoir qu’elle boycotterait tout débat en l’absence d’Emmanuel Macron. Une décision qui pourrait faire boule de neige chez les autres candidats, et mettrait un peu plus de pression sur les épaules du président de la République. Ce serait aussi prendre le risque de passer à côté d’une très large audience en plein cœur de la campagne.

Le premier débat de la campagne 2017 avait ainsi été suivi par près de 9,8 millions de téléspectateurs et les joutes télévisées lors du récent congrès LR ont montré que les politiques pouvaient y marquer des points décisifs. « On a vu que Valérie Pécresse et Eric Ciotti, qui s’étaient démarqués lors des débats LR, se sont retrouvés en finale. Les débats jouent un rôle important pour les électeurs dont le choix n’est pas encore fixé », résume Jean Garrigues.

Alors, chez les macronistes, on tempère, évitant les formules définitives. « Il est inimaginable de faire un débat comme en 2017 avec le président et 11 opposants qui auraient le même temps de parole. Ce serait un ball-trap [tir aux plateaux d’argile], tout le monde l’attaquerait et il n’aurait pas le temps de riposter », réplique Sylvain Maillard. Mais le député LREM de Paris précise : « Le président ne refusera pas le débat, il l’a déjà fait, il adore ça. Son équipe va proposer d’autres formes, d’autres supports, pourquoi pas des formats plus restreints. »