Présidentielle 2022 : Après la Primaire populaire, le flou persiste à gauche

CAMPAGNE La Primaire populaire a donné son verdict dimanche soir, mais pour l’instant le rassemblement – même partiel – à gauche n’est pas encore à l'horizon

Rachel Garrat-Valcarcel
Christiane Taubira, dimanche soir, au Point éphémère à Paris, après les résultats de la Primaire populaire.
Christiane Taubira, dimanche soir, au Point éphémère à Paris, après les résultats de la Primaire populaire. — THOMAS COEX / AFP
  • Christiane Taubia est arrivée nettement en tête de la Primaire populaire organisé par un collectif citoyen qui souhaitait œuvrer pour l’union de la gauche.
  • Mais pour l’instant, l’ancienne ministre de la Justice apparaît surtout comme une candidate de plus.
  • Si la situation se clarifie à gauche dans les semaines à venir, ça sera surtout l’œuvre de la « primaire des sondages ».

Certes, il ne fallait pas être grand clerc pour deviner qu’après la publication des résultats de la Primaire populaire, dimanche soir, la situation à gauche en vue de la présidentielle n’allait pas se simplifier comme par enchantement. Et, de fait, ni  Anne Hidalgo, ni  Jean-Luc Mélenchon, ni  Yannick Jadot ne se sont ralliés au panache de la candidate largement désignée par cette initiative citoyenne :  Christiane Taubira. L’ancienne ministre de la Justice a reçu la mention « bien + » lors  de ce scrutin au « jugement majoritaire ». Presque 200.000 des 400.000 personnes qui ont effectivement voté entre jeudi et dimanche ont même donné la mention « très bien » à Christiane Taubira.

Porte-parole de la Primaire populaire, Mathilde Imer, « se félicite d’avoir réussi cette séquence du vote avec un élan populaire » mais ne relâche pas la pression pour autant, expliquant qu’il ne s’agit que d’une étape. « Notre objectif, c’est de faire gagner l’écologie et la justice sociale. Là, il y a eu un vote d’adhésion, y compris pour Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, qui ont eu plus de 50 % d’opinion favorable. On veut que cette équipe se crée et on appelle Christiane Taubira à œuvrer dans ce sens », explique Mathilde Imer, bien au courant que ce n’est pas gagné.

Bienvenue en 2002

A ce titre, d’ailleurs, le déroulement de la soirée de dimanche a été « passable », pour reprendre l’une des mentions proposée aux électeurs et électrices pour chacune des candidatures. En premier lieu parce qu’une des candidates de la Primaire populaire, Anne Agueb-Porterie (mention « insuffisant » dimanche), a annoncé soutenir Jean-Luc Mélenchon – et non la vainqueure de la primaire. « On regrette sa décision », lâche sèchement Mathilde Imer, qui dit ne pas avoir eu de contact avec la candidate ce lundi.

Et de son côté, Christiane Taubira a oublié de citer ses concurrents dans son discours dimanche soir, et a parlé de la présidentielle de « 2002 » au lieu de 2022. Tout cela a pu donner un air d’impréparation à une campagne à laquelle on reproche déjà son retard. Qu’importe, pour Olivia Fortin, porte-parole de la gagnante, qui ne tarit pas d’éloges sur la Primaire populaire et trouve le résultat « enthousiasmant ». Les couacs ? Rien de grave, car « de toute façon, rien n’est joué. Bien malin qui peut dire ce qui va se passer dans les prochaines semaines ». Désormais, « tout le monde va devoir se positionner », veut croire l’élue marseillaise. « Hier, Christiane Taubira a reconnu toute la légitimité des autres candidatures. Mais c’est la légitimité de chacun par rapport à sa propre boutique. [Avec la Primaire populaire], on est dans quelque chose de plus grand. »

Face à ça, chez Yannick Jadot – qui a reçu un coup de fil de l’ancienne député de Guyane ce lundi –, on semble rester plutôt sereins. Et sans regrets, alors que le candidat écologiste a obtenu un score honorable en se classant deuxième du vote. Et s’il y avait été, n’aurait-il pas pu gagner ? « Nous, on a toujours été très clair : on ne veut pas faire l’impasse sur une candidature écologiste à la présidentielle de 2022 », répète le porte-parole Benjamin Lucas. On note néanmoins un certain assouplissement, après les mots très durs utilisé pour qualifier la Primaire populaire ces dernières semaines. Ce lundi, l’élu des Hauts-de-France dit n’avoir « aucun mépris » pour le processus et reconnaît « la sincérité » des votants et votantes. Comme s’il s’agissait aussi de ne pas injurier l’avenir : Benjamin Lucas estime, lui aussi, que tout peut se passer dans cette campagne « en bien ou en mal »… Mais répète que cela n’ira pas jusqu’à un retrait de Yannick Jadot.

La primaire des sondages

La pression la plus forte est de toute façon sur Anne Hidalgo, dont les errements stratégiques ont enlisé la campagne. Résultat, alors qu’elle a contribué au succès populaire de la primaire éponyme en s’y ralliant fin 2021, elle ne termine que 5e de la consultation avec la mention « passable + », derrière l’eurodéputé apparenté socialiste Pierre Larrouturou. Un camouflet. Voire un coup de grâce ? L’avenir le dira. Ces dernières semaines, au PS, il semblait y avoir deux lignes : celles et ceux qui suivent la candidate dans leur refus de tenir compte du résultat de la primaire, et les autres, qui, autour de la direction du PS, y accordaient encore une importance. A l’image de la numéro deux du PS, Corinne Narassiguin, qui avait salué le nombre d’inscrits et inscrites et indiqué qu’elle en faisait partie.

Ce lundi, lors du bureau national du PS, le premier secrétaire Olivier Faure a voulu rappeler que « le Parti socialiste et la candidate Anne Hidalgo, c’est la même chose », comme l’a tweeté le secrétaire national aux élections du parti, Pierre Jouvet. Devoir le rappeler était une marque du malaise qui règne au sein du parti, où l'on est peu diserts ces derniers temps et dont la candidate est largement sous les 5 % depuis des semaines. Si Christiane Taubira venait à lui piquer encore quelques intentions de votes, maintenir la candidature d’Anne Hidalgo sera-t-il vraiment politiquement possible ?

Au lendemain de la Primaire populaire, c’est en réalité la « vraie primaire » qui semble commencer : celle des sondages. « La démarche de Christiane Taubira a été légitimée par la Primaire populaire et va lui donner un élan formidable », croit Olivia Fortin. Mais qu’est-ce qu’un élan formidable sinon une hausse notable dans les sondages dans les jours à venir ? Une Christiane Taubira qui viendrait s’approcher de Jean-Luc Mélenchon et distancer Yannick Jadot et Anne Hidalgo pourrait ouvrir la porte à une clarification. Et donc à des désistements. « Bien sûr, les sondages, c’est important. Tout le monde les regarde, reconnaît Olivia Fortin. Mais le véritable indicateur c’est la primaire. » Tout porte à croire que ce sera plutôt l’inverse.