Présidentielle 2022 : Quels sont les secrets de fabrication des sondages ?

INTENTIONS D’un institut de sondage à l’autre, les résultats divergent, marquant des écarts plus ou moins importants entre les candidats

Emilie Petit
Présidentielle 2022 : Comment les sondages électoraux sont-ils réalisés? — 20 Minutes
  • Chaque semaine, les Français sont abreuvés de plusieurs sondages publiés par différents instituts en vue de la présidentielle 2022.
  • Thomas Vitiello, docteur en science politique et ancien de l’institut de sondage Elabe, a constaté une montée en puissance de la défiance vis-à-vis des sondages.
  • La fabrication des enquêtes d'opinion est pourtant régie par des règles très strictes, et leurs résultats supervisés par la Commission des sondages, chargée de veiller à la justesse des chiffres publiés.

+ 3 points pour Valérie Pécresse chez Harris Interactive, + 11 points d’après Elabe, après sa victoire au congrès LR. Une Marine Le Pen qui, il y a un peu moins d'un mois, devançait la candidate des Républicains pour Ifop-Fiducial, tandis que pour Opinion Way, elle était juste derrière. De quoi filer un gros mal de crâne aux Français qui ne savent plus où donner de la tête dans ce marasme de chiffres régulièrement publiés par les instituts de sondage, en vue de   l'élection présidentielle.

« La critique des sondages est vieille comme le sondage lui-même, estime Thomas Vitiello. En revanche, la confiance en leurs résultats est effectivement très relative ces vingt dernières années. » Docteur en science politique et enseignant à Sciences Po, le chercheur, ancien de l’institut de sondage Elabe, constate une montée en puissance de la défiance vis-à-vis des sondages, qu’il attribue à une méfiance accrue envers les médias et le pouvoir politique.

« Les instituts n’ont aucun intérêt à manipuler les résultats »

La fabrication des sondages électoraux est pourtant régie par des règles très strictes, et leurs résultats supervisés par la Commission des sondages, chargée de veiller à la justesse des chiffres répertoriés. « Les instituts n’ont aucun intérêt à manipuler les résultats qu’ils publient, assure Thomas Vitiello, car, pour eux, les sondages électoraux sont leur vitrine. » Si elles ne représentent qu’entre 5 % et 15 % de leur chiffre d’affaires, les enquêtes publiées lors des campagnes électorales sont en effet les plus visibles.

La fiabilité des sondages ne saurait donc être remise en question. La différence de résultat d’un sondage à l’autre, tous réalisés selon la méthode des quotas – qui consiste à réunir un échantillon de personnes le plus représentatif de la population française – tiendrait surtout à des variables de calculs d’un institut à l’autre. « Il y a des manières différentes de mesurer la même chose, explique le chercheur. Les résultats publiés ne seront donc pas forcément calculés sur la même base. »

Des résultats éphémères mais des tendances durables

Les échantillons de population des instituts sur lesquels sont évaluées les intentions de vote sont le plus souvent compris entre 1.300 et 1.400 personnes seulement. Avec des catégories de réponse qui ne sont pas nécessairement les mêmes d’un institut à l’autre. Des différences d’évaluation qui expliqueraient donc les disparités parfois importantes entre les résultats de deux sondages publiés à quelques jours d’intervalles.

Les « tips » de Thomas Vitiello pour s’y retrouver ? « Comparer les résultats d’un institut à l’autre est trompeur. Pour pouvoir dégager des tendances, il vaut mieux comparer des sondages d’un même institut », indique-t-il. Si une enquête n'est valable qu'à linstant T, la comparaison sur un temps long permet surtout d’avoir un aperçu de la dynamique de chaque candidat. Depuis le début de la campagne, les grandes lignes des intentions de vote au premier tour de la présidentielle restent plus ou moins les mêmes avec un  Emmanuel Macron toujours en tête, une deuxième place qui se joue entre Marine Le Pen et Valérie Pécresse, et une gauche toujours plus divisée en fin de cortège.