Présidentielle 2022 : En quoi consiste le scrutin à jugement majoritaire de la Primaire populaire ?

A VOTE Les inscrits à la Primaire populaire votent à compter de ce jeudi pour désigner le candidat qu’ils souhaitent voir les représenter à l’élection présidentielle

Emilie Petit
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Le vote de la Primaire populaire aura lieu du 27 au 30 janvier.
Le vote de la Primaire populaire aura lieu du 27 au 30 janvier. — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • A partir de ce jeudi et jusqu’au 30 janvier, les quelque 470.000 inscrits à la Primaire populaire sont appelés au vote.
  • Le vote se fera selon un mode de scrutin dit « à jugement majoritaire ». Les votants pourront ainsi attribuer une mention à chaque candidat : « très bien », « bien », « assez bien », « passable » et « insuffisant ».
  • Comment fonctionne ce type de vote ? On fait le point.

Pourquoi faire simple quand on peut faire… différemment ? Depuis son lancement en juillet 2021, la Primaire populaire trace sa route avec l’objectif affiché d’unir la gauche pour  l'élection présidentielle. Alors que ses deux fondateurs, Samuel Grzybowski et Mathilde Imer,   revendiquent désormais 467.000 inscrits, la phase la plus délicate – et certainement la plus attendue des militants de gauche – s’ouvre ce jeudi : celle du vote.

Jusqu’au 30 janvier, les inscrits à voter pour l'un des sept candidats de gauche sélectionnés à l'issue de la phase de parrainage, qu’ils soient d’accord ou non. Mais pas n’importe comment : sous la forme d’un scrutin à jugement majoritaire.

  •  Comment ça marche ?
     

En France, le mode de scrutin utilisé pour la présidentielle ou les législatives est celui du vote uninonminal – c’est-à-dire pour un seul candidat – à deux tours. Le scrutin à jugement majoritaire, lui, se veut moins unilatéral. « Contrairement au scrutin uninominal lors duquel les électeurs ne peuvent exprimer qu’un seul choix, le scrutin à jugement majoritaire leur permet d’exprimer un avis sur tous les candidats en lice », explique  Thomas Vitiello, docteur en science politique au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po).

Dans le cas de la Primaire populaire, l'électeur attribuera donc une appréciation à chaque candidat, allant de « insuffisant » jusqu’à « très bien », en passant par « bien », « assez bien » et « passable ». Il s’agira ensuite de déterminer la mention médiane qui se dégage pour chaque candidat, obtenue en séparant l’électorat en deux parties égales. Le candidat remportant la meilleure mention gagne alors l’élection.



  •  Qu’est-ce que ça change ?
     

Lors d’un scrutin uninominal, le candidat élu est celui ayant un nombre de voix plus important que ses concurrents. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’un vote d’adhésion, certains électeurs choisissant de voter par défaut pour un candidat ou  contre un autre. Il est donc souvent reproché à ce mode de scrutin de ne pas être représentatif de l’ensemble des électeurs.

Lors d’un scrutin à jugement majoritaire, les électeurs sont appelés à donner leur avis sur tous les candidats. Ils ont donc la possibilité, s’ils le souhaitent, de tous les rejeter ou bien de nuancer leur vote. « Forcément, ça rebat un peu les cartes, analyse Thomas Vitiello. Car ça peut favoriser des candidats qui ont des positions un peu plus médianes. Dans ce contexte, les candidats très clivants, ceux situés aux extrêmes, vont faire moins bien et se retrouver en retrait ».

Pour preuve, un sondage OpinionWay pour l'association Mieux voter publié le 15 décembre 2021 et réalisé avec un vote à jugement majoritaire, voit Valérie Pécresse souffler  la première place dans les intentions de vote à Emmanuel Macron. Et Eric Zemmour se classer dernier alors que le candidat de Reconquête   culmine à 14% des intentions de vote dans les sondages réalisés avec un scrutin uninominal.

  •  Pourquoi ce mode de scrutin pour la Primaire populaire ?
     

Pour les fondateurs de la Primaire populaire, utiliser ce mode de scrutin est « une avancée démocratique ». Ils s’inscrivent ainsi dans la lignée de Mieux voter, qui milite depuis 2018 pour un changement des traditions électorales. Selon l’association, le jugement majoritaire améliorerait « les décisions collectives et les exercices de démocratie participative à l’usage de tous : collectivités publiques, écoles, entreprises, associations ou particuliers ». Basé sur une théorie mathématique créée par deux chercheurs du CNRS, Rida Laraki et Michel Balinski, le jugement majoritaire serait un moyen de réduire l'abstention « en remobilisant les électeurs ».

Alors, simple utopie ou véritable avancée démocratique ? « Disons que du côté des candidats, cela reste un bon indicateur de leur popularité dans l’électorat, reconnaît Thomas Vitiello. Car c’est le vote de l’électeur médian qui est le plus recherché lors du second tour de l’élection présidentielle. » Au vu du nombre de candidatures à gauche, le candidat qui saura s’attirer les faveurs des inscrits à la Primaire populaire devrait donc avoir une meilleure idée de sa capacité à réunir des électeurs lors de la présidentielle, en avril prochain.