Présidentielle 2022 : « Emparez-vous de cette élection ! » Yannick Jadot à la relance auprès des étudiants

REPORTAGE La semaine est cruciale pour le candidat écologiste, qui présente son programme samedi. A la peine dans les sondages, il répondait aux questions d’étudiants de la Sorbonne, lundi soir

Thibaut Le Gal
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Yannick Jadot, illustration.
Yannick Jadot, illustration. — UGO AMEZ/SIPA
  • Yannick Jadot connaît une campagne difficile depuis sa victoire à la primaire écologiste en septembre dernier.
  • L’ancien directeur de campagne de Greenpeace est à la peine dans les sondages.
  • Avant la présentation de son programme samedi, l’écologiste a incité les jeunes à se mobiliser en avril prochain lors d’un échange face à des étudiants de la Sorbonne, lundi soir.

Au milieu des étudiants, une tête dépasse. Il est 18 heures, Yannick Jadot entre dans l’amphithéâtre. Le candidat écologiste  à la présidentielle est l’invité  d'un débat organisé par une association de l’université parisienne Panthéon-Sorbonne. « Ange de vertu », « bobo en mal de sensations fortes », « nouveau père vert de la République »… Dans son propos préliminaire, l’un des animateurs taquine l’ex-directeur de campagne de Greenpeace : « Pourquoi perdre à plusieurs quand on peut perdre seul ? », interroge l’étudiant en référence  à la désunion de la gauche.  L’écolo sourit mais s’impatiente. « Et à un moment, je parle ? »

« Mon écologie, c’est pas une écologie de bobo »

Après de longues minutes d’introduction, Yannick Jadot prend enfin le micro et estime nécessaire de « lever quelques malentendus ». Devant plusieurs centaines d’étudiants, l’eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts égrène ses propositions sociales en tapant du poing sur la table. Une fois encore, il est contraint de dissiper les doutes. Une fois encore, il doit balayer les critiques qui l’accusent d’être « trop libéral » ou « trop centriste ». Une image qui colle à sa campagne, comme  le sparadrap du capitaine Haddock. « Mon écologie, c’est pas une écologie de bobo […]. Mon écologie change de système, de modèle économique en mettant au cœur de ce projet les plus fragiles. »

Le candidat rappelle notamment « ses combats contre les traités de libre-échange ». « Cette mondialisation néolibérale, qui veut privatiser ou marchandiser la dernière parcelle de forêt ou la dernière parcelle d’intimité de nos données personnelles, je l’ai toujours combattue. Pardonnez-moi de revenir sur ce que vous avez dit. Vous ne trouverez pas une mesure dans mon programme qui ne soit pas aussi une mesure de justice sociale. » Yannick Jadot ne sourit plus. « Désolé, j’ai fait un petit tour, mais c’était bien de remettre les choses à leur place », souffle enfin le candidat.

Yannick Jadot devant les étudiants de la Sorbonne à Paris.
Yannick Jadot devant les étudiants de la Sorbonne à Paris. - TLG/20Minutes

« A d’autres périodes, la candidature verte aurait déjà été rayée de la carte »

Depuis quelques mois, Yannick Jadot peine à trouver sa place à gauche, justement. Après être passé tout près de la sortie lors de la primaire écologiste, le député européen continue de stagner à 7-8 % dans les meilleurs sondages. « C’était le score que nous donnaient les sondages lors des européennes de 2019. La campagne était aussi très dure, les insoumis nous mordaient les mollets en expliquant qu’on était de droite », relativise l’eurodéputé EELV David Cormand, alors que la liste portée par Yannick Jadot  s’était finalement hissée à la troisième position à 13,48 %. « La décomposition de la social-démocratie n’est pas terminée, cela multiplie les candidatures Hollande, poursuit l’ancien patron du parti. La campagne est compliquée mais on reste solides. A d’autres périodes, la candidature verte aurait déjà été rayée de la carte ».



Dans l’entourage de Yannick Jadot, on espère capitaliser sur son intervention au Parlement européen face à Emmanuel Macron et la présentation du projet samedi prochain. Et ce malgré le  parasitage de la Primaire populaire, qui livrera son verdict dimanche et pourrait affaiblir un peu plus la campagne des écolos. « Elle porte un tel discours déceptif et dépressif à gauche qu’il est compliqué d’exister », regrette David Cormand.

« Emparez-vous de cette élection ! », lance Jadot aux étudiants

Devant les étudiants, Yannick Jadot balaie d’ailleurs une nouvelle fois l’idée d’union à gauche. Le candidat écolo préfère évoquer la précarisation des jeunes et ses mesures pour y faire face, comme le « revenu citoyen » ou la rénovation des logements. Benjamin Lucas, son porte-parole de sa campagne, espère une forte mobilisation de la jeunesse en avril prochain. « On dit à la génération climat de faire irruption dans cette élection. Les jeunes se mobilisent généralement plus tard, mais ils peuvent nous apporter cette dynamique dans la dernière ligne droite ».

Il est 20 heures, les organisateurs annoncent la fin des échanges. Mais Yannick Jadot tient à prendre le micro une dernière fois. « Au fond, votez pour qui vous voulez, mais emparez-vous de cette élection, parce que c’est franchement la vôtre. On ne peut pas être dans une ploutocratie, ou seuls les plus riches et les plus anciens votent. »