Université : « Je n’ai jamais dit ça ! » Macron mal compris sur la hausse des frais d’inscription ? On a vérifié

FAKE OFF Rétropédalage ou éclaircissement ? Le président de la République s'est défendu lundi d'avoir proposé une augmentation des frais d'inscription à l'université. « 20 Minutes » a passé en revue les déclarations d'Emmanuel Macron à ce sujet

Mathilde Cousin
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En déplacement dans un lycée agricole dans la Creuse lundi, Emmanuel Macron s'est défendu d'avoir annoncé une hausse des frais d'inscription à l'université.
En déplacement dans un lycée agricole dans la Creuse lundi, Emmanuel Macron s'est défendu d'avoir annoncé une hausse des frais d'inscription à l'université. — Lemouton / POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron s’est défendu lundi d’avoir proposé une augmentation des frais d’inscription à l’université. Il avait lancé le 13 janvier : « On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants. »
  • Le président a expliqué qu'il faisait allusion à des formations professionnelles payantes qui seraient dispensées par les universités à des adultes en cours de carrière.
  • Dans son discours du 13 janvier, Emmanuel Macron propose bien d’instaurer de la formation continue payante à l’université.
  • Toutefois, le gouvernement a décidé en 2018 d’une hausse importante des frais d’inscription pour les étudiants non originaires de l’UE, une décision qui suscite la méfiance des syndicats étudiants sur les déclarations d’Emmanuel Macron.

« Je n’ai jamais dit ça ! » Fustigeant une ambiance de « campagne »,  Emmanuel Macron a tenu à éclaircir  une polémique sur les frais d'inscription à l’université lors d’un déplacement dans  la Creuse lundi. « Quand on veut se battre contre la précarité étudiante, on n’augmente pas les droits d’inscription à l’université,  a lancé le président de la République en réponse à la question d’une étudiante . C’est d’ailleurs pour ça que, contrairement à ce que j’ai pu lire partout dans la presse, je n’ai jamais dit ça. »

Le chef de l’Etat revenait ainsi sur une phrase ambiguë qu'il avait prononcée le 13 janvier, en clôture de la Conférence des présidents d’université : « […] On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants [….]. »

Dans la Creuse, le président a voulu préciser sa pensée : « Ce que j’évoquais, c’est plutôt des formations, en particulier des formations professionnelles tout au long de la vie, que les universités vont devoir mettre en place et qui, elles, ont vocation à être payantes, et vont permettre aux universités d’avoir ainsi des revenus et de fonctionner en se donnant plus de moyens. »

Emmanuel Macron a également défendu son bilan, égrenant des mesures en faveur des étudiants : la suppression de la Sécurité sociale à la charge des étudiants, ainsi que les repas à 1 euro au Crous, lancés en septembre 2020 pour les étudiants boursiers puis élargis en janvier 2021 aux autres étudiants. Depuis la rentrée de septembre, le dispositif est de nouveau réservé aux seuls boursiers et aux étudiants en situation de précarité.

FAKE OFF

Qu’avait déclaré Emmanuel Macron le 13 janvier devant les présidents d’université ? Avait-il effectivement écarté une hausse des frais d’inscription pour les étudiants ? Celui qui n’a pas encore dit s’il était candidat à la présidentielle avait déroulé un programme qui demandera sûrement plus que les deux mois et demi restant de son quinquennat pour être appliqué.

Revenant sur le taux d’échec en première année d’université et sur la précarité étudiante malgré les budgets alloués pour lutter contre ces phénomènes, Emmanuel Macron avait alors avancé : « Nous voyons donc bien qu’au-delà de la question des moyens, nous avons une question structurelle et on ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants, où un tiers des étudiants sont boursiers et où, pourtant, nous avons tant de précarité étudiante et une difficulté à financer un modèle qui est beaucoup plus financé sur l’argent public que partout dans le monde pour répondre à la compétition internationale. »

Il n’a donc pas mentionné explicitement une augmentation des frais d’inscription. Le chef de l’Etat avait commencé par préciser un axe de réforme des universités : celles-ci devront « d’abord préparer nos jeunes à exercer leur futur métier ». 

Emmanuel Macron avait ensuite avancé que « l’ensemble du monde de l’enseignement supérieur » – « pas que l’université, [mais aussi] les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce » – devrait jouer « un rôle clé, beaucoup plus important qu’aujourd’hui », pour la formation professionnelle des adultes. Ce « rôle » devrait, selon le président « permettre d’améliorer le fonctionnement et le financement de nos universités car toutes ces formations sont des formations, on le sait, qui sont rémunérées par des financements du monde professionnel, de nos entreprises, des abondements aussi publics ».

Si sa phrase sur l’enseignement supérieur qui « n’a aucun prix » a suscité l’inquiétude, notamment de syndicats étudiants, c’est parce que le gouvernement a déjà décidé en 2018 d'une hausse massive des frais d'inscription à l'université pour les étudiants étrangers extracommunautaires – c’est-à-dire les étudiants hors UE, Québec et espace économique européen. Ces étudiants  doivent payer 2.770 euros de droits d’inscription en licence et 3.770 euros en master. Les étudiants en thèse en sont dispensés.

Face à la crise sanitaire​, le gouvernement a décidé de ne pas augmenter les frais d’inscription pour les étudiants français ou originaires de l'UE à la rentrée 2021. Ces derniers  doivent ainsi débourser 170 euros pour une année de licence et 243 euros en master.