Présidentielle 2022 : A Aubervilliers, Anne Hidalgo défend l’intérêt d’une « gauche du réel » dans la campagne

MEETING Anne Hidalgo tentait ce samedi une énième relance de sa campagne lors d’un meeting à Aubervilliers, près de Paris

Rachel Garrat-Valcarcel
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Anne Hidalgo à Aubervilliers, ce samedi.
Anne Hidalgo à Aubervilliers, ce samedi. — THOMAS SAMSON / AFP

Officiellement, le Parti socialiste a loué une très grande salle pour des raisons sanitaires et permettre à chacune et chacun « de se mettre à son aise ». Mais les peut-être 800 chaises installées étaient loin d’être toutes occupées. En 2022, le PS a du mal à faire venir plus de 600 personnes à un meeting de sa candidate à la présidentielle aux portes de Paris, à Aubervilliers. Pourtant, à la tribune,   Anne Hidalgo trace sa route. Actant, à nouveau, l’échec de sa proposition « simple, réaliste, honnête » de  primaire, elle l’annonce : « Je défendrai nos couleurs et les Français trancheront. » Plus tôt, la maire de Paris, plus qu’à la peine dans les sondages (désormais entre 2 et 4 % suivant les instituts) affirmait « devant les difficultés on voudrait que je me résigne, à ces prophètes de malheurs : dans vos rêves ».

Le public présent lui rend bien. Ils et elles sont venus entendre le discours d’une candidate socialiste à la présidentielle et Anne Hidalgo leur en offre une version pur jus. La maire de Paris veut défendre sans honte une gauche de gouvernement, une gauche qui ne se distingue pas « en paroles furibardes mais en actes ». Et elle égrène certaines des mesures qui composent son programme, rendu public la semaine dernière : suppression de Parcoursup, augmentation du SMIC de 15 %, bouclier logement, tiers payant pour la rénovation des logements, revalorisation du travail… Anne Hidalgo défend cet héritage, « l’identité socialiste » même dans cette campagne face à celles et ceux qui seraient « trop heureux » de le voir disparaître.

Tiens toi comme François

« Sans la gauche socialiste, sans la gauche sociale-démocrate, sans cette gauche du réel, sans cette gauche d’action et de gouvernement, la République perd son équilibre et la justice sociale disparaît. » La maire de Paris défend ce positionnement, cette posture même, presque physiquement. Elle qui s’accroche à son pupitre comme François Mitterrand lors de sa campagne de 1988. Pour la candidate, loin « du réel », « la radicalité incantatoire enferme la gauche » et la destine à rester minoritaire. Comme garantie, elle offre aux applaudissements la liste des grandes réformes socialistes menées depuis mai 1981.

François Mitterrand lors d'un meeting à Lyon lors de la campagne présidentielle de 1988. (archives)
François Mitterrand lors d'un meeting à Lyon lors de la campagne présidentielle de 1988. (archives) - GERARD MALIE / AFP

Une pierre dans le jardin de Jean-Luc Mélenchon, donc, une autre dans celui de Yannick Jadot (« nous ne voulons pas juste l’écologie, nous voulons l’écologie juste ») mais Anne Hidalgo concentre ses attaques sur l’extrême droite, la droite « et ce centre qui n’est qu’une autre droite ». Et c’est logique : comme candidate socialiste, elle se destine naturellement à combattre pour la qualification au second tour, et elle tape sur celles et ceux qui semblent être en meilleure place : Marine Le Pen, Eric Zemmour, Valérie Pécresse et, bien sûr, Emmanuel Macron. Mais cela paraît sonner faux, quand on est presque dix ou quinze points derrière l’actuel seuil d’une hypothétique qualification dans les sondages. « Que peut-elle faire d’autre ?, notent certains ténors socialistes croisés. Elle ne va quand même pas monter sur scène en annonçant sa défaite »

Certes. Mais à désormais moins de quatre-vingts jours du premier tour, la question qui se pose est celle de savoir si Anne Hidalgo ne fait pas une campagne au-dessus de ses moyens. Pas tant financiers que politiques : plus aucun sondage n’a donné la candidate socialiste à 5 % depuis des semaines. Certains militants regrettent que le programme manque d’une mesure un peu choc qui aurait pu changer le cours de la campagne socialiste. Et, à défaut de faire rêver sur le fond, l’attractivité d’une « gauche de gouvernement » passe au moins dans la perspective de victoire qu’elle offre aux électeurs et électrice de cette partie du spectre. Anne Hidalgo en est loin et cette frange de l’électorat est sans doute déjà ailleurs, et en premier lieu du côté d’Emmanuel Macron.