Grève des enseignants : Jean-Michel Blanquer, un pilier de la Macronie fragilisé ?

GOUVERNEMENT Après les révélations de Mediapart sur ses vacances à Ibiza, le ministre de l'Education nationale se retrouve en difficulté

Thibaut Le Gal
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Jean-Michel Blanquer.
Jean-Michel Blanquer. — NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Jean-Michel Blanquer, ancien chouchou de la Macronie, connaît une fin de quinquennat difficile.
  • Le ministre a dû affronter une deuxième journée de mobilisation des enseignants ce jeudi, qui protestent contre les protocoles sanitaires dans les écoles.
  • Malgré les révélations de Mediapart sur ses vacances à Ibiza, le ministre de l’Education nationale reste soutenu par Emmanuel Macron.

Jean-Michel Blanquer maintenu sous pression. Les enseignants ont de nouveau battu le pavé ce jeudi à Paris,  une semaine après la précédente grève, pour protester contre la gestion de la  crise sanitaire dans les écoles. Déjà fragilisé par les atermoiements sur les protocoles à l’école, le ministre de  l’Education nationale s’est trouvé sous le feu des critiques après  les révélations de Mediapart. Lundi, le site d’investigation a révélé que le ministre était en  vacances à Ibiza lorsqu’il a accordé une interview détaillant les mesures sanitaires pour la rentrée de janvier. « Un symbole terrible » pour les syndicats. Mais l’ancien chouchou de la Macronie est-il pour autant en danger ?

Jean-Michel Blanquer perd la main, tensions avec Olivier Véran

Longtemps considéré comme un maillon fort du gouvernement, Jean-Michel Blanquer connaît une fin de quinquennat délicate sur fond de rebond épidémique. Le ministre âgé de 57 ans a connu une première salve d’appels à la démission lors dela grève du 13 janvier. Ses errements sur les protocoles sanitaires dans les écoles ont été désavoués par le gouvernement. Le Premier ministre Jean Castex a ainsi été contraint de reprendre la main, en annonçant les dernières mesures pour l’école, et en menant lui-même longuement les débats avec les syndicats à l’issue de la première journée de mobilisation.

Dans la tempête, le ton serait d’ailleurs monté la semaine passée entre Jean-Michel Blanquer et son collègue de la Santé, Olivier Véran. « Il y a eu de la tension entre les deux car l’épidémie est un sujet tellement complexe. Face aux recommandations des scientifiques, le gouvernement doit trancher. Et certains effets de bords des protocoles n’ont pas été assez anticipés », souffle un cadre de la République en marche. « Les ministres, notamment ceux qui sont responsables des professions en première ligne, sont usés par ces deux ans de Covid-19, dit-il. Il y a de la fatigue. Surtout qu’en face, certains cherchent des responsables. » Les révélations sur ses vacances à Ibiza ont fait du ministre une cible de choix pour l’opposition, l’obligeant à reconnaître une « erreur symbolique » à l’Assemblée nationale et au 20-Heures de TF1.

« Il n’y a pas d’affaire Blanquer »

Si la séquence a agacé Emmanuel Macron et pollué  sa prise de parole au Parlement européen mercredi à Strasbrourg, Jean-Michel Blanquer devrait bien rester rue de Grenelle jusqu’à la fin du quinquennat. « Quoi qu’on en dise, le fait d’avoir gardé les écoles ouvertes, de permettre aux parents d’aller bosser, c’est à mettre à son crédit. Il n’y a pas besoin de sauver le soldat Blanquer car il n’y a pas d’affaire Blanquer », assure Bruno Bonnell. « Ce n’est pas comparable à François de Rugy  [mis à la porte après l'affaire des homards] car Blanquer a un bilan : le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones d’éducation prioritaire,  la revalorisation de certains profs, la réforme du bac… C’est un ministre dévoué, qui garde sa cohésion dans l’adversité », ajoute le député LREM du Rhône.

L’intéressé a battu en septembre un record de longévité à son poste de ministre de l’Education nationale sous la Ve République. A trois mois du premier tour de la présidentielle, sa démission affaiblirait la campagne d’Emmanuel Macron. D’autant que l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire sous Nicolas Sarkozy reste plutôt apprécié par la droite, qui l’a plutôt épargné durant le quinquennat. Un député LR proche de Valérie Pécresse résume d’une formule : « Heureusement que Fillon n’a pas été élu, les profs auraient eu Blanquer à l’Education nationale ! »