Carburant : Pourquoi la flambée des prix partie pour durer

ENERGIE « Je vais continuer à suivre les prix des carburants, voir si des mesures complémentaires sont nécessaires », a d'ailleurs déclaré Bruno Le Maire, ce mercredi

20 Minutes avec AFP
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La hausse des prix des carburants obligent les automobilistes aux revenus limités à s'adapter.
La hausse des prix des carburants obligent les automobilistes aux revenus limités à s'adapter. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Les carburants vont  de records en records depuis le début de l’année et, pour la première fois,  le gazole a dépassé les 1,60 euros le litre, poussés par un prix  du pétrole en hausse. Et la situation ne devrait pas s’améliorer. La flambée des prix des carburants risque de se poursuivre, tant les tensions sur les marchés de l’énergie restent vives. Explications.

Comment se compose le prix du carburant ?

Un peu plus d’un tiers du prix du carburant correspond au prix du pétrole et plus de la moitié est liée à la taxation, entre TVA et taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip), pour un litre de gazole à 1,62 euro, les taxes se montent à près de 88 centimes, soit plus de 54 % du prix total, une proportion en légère baisse depuis 2007. Sur l’essence sans plomb 95, les taxes représentent 57 % du prix à la pompe. Concrètement, la TVA est appliquée une première fois avant TICPE, puis une seconde fois sur le montant incluant la TICPE. La conséquence pour le consommateur est un effet démultiplicateur : une hausse du prix du pétrole entraîne un renchérissement des deux taxes, qui augmentent du même coup plus fortement le prix à la pompe.

Les prix peuvent-ils poursuivre leur hausse ?

A plus de 88 dollars le baril, le Brent a atteint mardi son plus haut niveau depuis 2014 et la tendance pourrait se poursuivre. Selon Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment liées au conflit yéménite, et une production qui reste inférieure à la demande continuent de tirer les prix vers le haut. En cause, l’incapacité de plusieurs Etats membres de l’OPEP + à atteindre les quotas fixés lors des dernières négociations au sein de l’organisation malgré une demande qui progresse, selon Tamas Varga, analyste chez PVM Energy.

Le pétrole reste cependant encore loin de son record absolu, atteint en 2008, en pleine crise des subprimes, avec un baril de Brent qui avait dépassé les 146 dollars en août 2008, avant de chuter début 2009 autour des 45 dollars.

Quelles sont les marges de manœuvre du gouvernement ?

S’il refuse de toucher à la fiscalité en la matière, elles sont en réalité très réduites. Mi-octobre, alors que le prix du gazole était 10 centimes plus bas qu’actuellement, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, avait appelé les distributeurs à « faire un geste (…) en réduisant leurs marges ». Le président de l’Ufip avait alors souligné que la marge nette des distributeurs « est de l’ordre d’un centime par litre ». L’exécutif avait finalement fait le choix d’une « indemnité classe moyenne » défiscalisée de 100 euros, qui a été versée en décembre à 38 millions de Français gagnant moins de 2.000 euros net par mois. Un chèque qui vise à répondre à la hausse des prix d’une manière générale.

Baisser la fiscalité est cependant compliqué pour le gouvernement, dans un contexte de dérapage des finances publiques, largement plombées par le soutien de l’économie en période de pandémie. Or la TICPE est l’une des principales recettes fiscales de l’Etat et une augmentation du prix du pétrole améliore nécessairement son rendement, une aubaine pour le budget. Au début des années 2000, le gouvernement du socialiste Lionel Jospin avait mis en place une TIPP (ancêtre de la TICPE) « flottante », qui permettait de lisser le prix du carburant en cas de hausse du pétrole. Si l’idée est régulièrement revenue dans le débat public ces dernières années, elle n’est pas à l’ordre du jour.

Le gouvernement va-t-il prendre des mesures supplémentaires ?

Face à la hausse des prix de l’énergie, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a assuré, ce mercredi sur BFMTV/RMC, ne fermer « aucune porte » à de nouvelles mesures, tout en soulignant le coût de celles déjà mises en œuvre. « L’indemnité inflation, le chèque énergie, ce que nous avons fait sur EDF, ce que nous faisons pour plafonner les prix du gaz : la facture de l’ensemble de ces mesures, c’est 15 milliards d’euros déjà engagés par l’Etat pour protéger les Français », a affirmé le ministre.

Interrogé sur l’opportunité de faire baisser à 5,5 % le taux de TVA sur l’essence, contre 20 % actuellement, Bruno Le Maire s’est montré prudent. « Dix centimes d’euros de moins le litre, sur un plein de 50 litres, c’est cinq euros en moins » pour le consommateur mais « 5 milliards » de pertes de recettes fiscales pour l’Etat, a-t-il assuré.

« Il faut bien mesurer les coûts que ça représente, le manque à gagner pour l’Etat, pour les services publics », a ajouté le ministre, qui s’était déjà montré hostile à plusieurs reprises à une telle mesure. « Je vais continuer à suivre les prix des carburants, voir si des mesures complémentaires sont nécessaires. Nous ajustons les dispositifs en permanence », a souligné Bruno Le Maire.