Présidentielle 2022 : Au Parlement européen, Emmanuel Macron sous le feu des oppositions

DEBAT Face à des oppositions remontées, Emmanuel Macron, qui a lancé la présidence française de l’UE, est resté en majesté, profitant à plein de n’être toujours pas officiellement en campagne

Rachel Garrat-Valcarcel
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Yannick Jadot face à Emmanuel Macron au Parlement européen de Strasbourg, ce mercredi.
Yannick Jadot face à Emmanuel Macron au Parlement européen de Strasbourg, ce mercredi. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Emmanuel Macron était ce mercredi face aux députés et députées européennes à Strasbourg, pour lancer la présidence française de l’Union européenne.
  • C’est rare : le président français était donc officiellement opposé à des parlementaires français. Ses opposants n’ont pas raté l’occasion de l’étriller.
  • Mais, intervenant en tant que chef de l'Etat, Emmanuel Macron avait presque tout son temps pour dominer les débats.

La Ve République est ainsi faite que le seul moment où le président de la République doive répondre à des parlementaires français, c’est au Parlement européen. Et encore, seulement lors d’une présidence française de  l’UE, soit environ tous les treize ans. Sur le papier, il s’agit de présenter le programme de cette présidence, qui dure six mois. Mais, cas particulier cette fois : l’événement arrive à environ 80 jours du premier tour de  l’élection présidentielle française. Certes,  Emmanuel Macron n’est  pas encore officiellement candidat, mais certains de ses adversaires du jour à Strasbourg, oui.

En réponse à l’eurodéputée insoumise Manon Aubry, qui lui avait demandé de ne pas se servir de la présidence française l’UE (PFUE) comme d’un tremplin électoral, Emmanuel Macron a assuré qu’elle avait « tout à fait raison ». En la regardant fixement et dans un long silence, pour bien marquer son ironie : « A plusieurs, ici, vous avez eu raison de ne pas le faire. » Le président de la République a pourtant une part prépondérante dans le mélange des genres : il aurait pu demander une modification du calendrier pour éviter le télescopage avec la campagne présidentielle. Ce mercredi matin, c’est rien de moins qu’un carambolage qui a eu lieu.

Jadot avait mangé un lion

Sans aucune surprise, les affrontements de campagne franco-français ont dominé une bonne partie des débats. A ce jeu-là, c’est clairement Yannick Jadot qui y est allé le plus fort. Le candidat écologiste s’en est pris, très frontalement, au président de la République. En se tournant ostensiblement vers Emmanuel Macron pendant presque toute son intervention, il a instauré physiquement un rapport de force. L’eurodéputé avait préparé ses punchlines. « Vous êtes un climato-arrangeant », cingle-t-il pour critiquer l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie énergétique européenne. « Vous préférez l’armistice avec les lobbys plutôt que la guerre contre le réchauffement ! » Ou encore : « Cessez de tendre l’oreille aux théories fumeuses du grand remplacement, intéressez-vous au grand réchauffement ! » Yannick Jadot a quitté la tribune sourire en coin, peu importe s’il a créé un incident de séance.

Jordan Bardella, le président par intérim du Rassemblement national, ne s’est pas non plus privé de faire du Parlement européen une tribune nationale en espérant « pour l’Europe et pour la France » que le mandat d’Emmanuel Macron « soit unique ». Manon Aubry a demandé au chef de l’Etat qui il protégeait : « Certainement pas les gens dans la galère, mais les multinationales et les milliardaires ». Même Manfred Weber, l’Allemand président du groupe conservateur – le plus important au Parlement européen – y est allé de sa petite référence, un peu plus subtile néanmoins. Il a contesté l’opposition entre les populistes et les progressistes – que défend Emmanuel Macron – se félicitant que Valérie Pécresse incarne « une concurrence saine au centre de l’échiquier politique » en France.

La campagne, ça sera autre chose

Au fond, les oppositions ont eu ce qu’elles cherchaient : de bonnes images à publier sur les réseaux. Il n’en reste pas moins que, dans un tel dispositif, Emmanuel Macron a le beau rôle. Il est le président face aux opposants. Malgré quelques notes d’ironie qui ont frisé l’arrogance (« Evidemment, nous faisons tous des discours, ce sont des mots, parce qu’on n’a, jusqu’à présent, rien trouvé de mieux pour faire des discours », a-t-il répondu a ses détracteurs qui lui demandaient des actes), il peut se contenter de garder son calme, de répondre point par point plus ou moins concrètement et d’expliquer que, lui, est dans l’action. « Vous avez très méthodiquement dit n’importe quoi », a-t-il envoyé à Jordan Bardella, par exemple.

Surtout, Emmanuel Macron a eu le confort du temps : trente minutes de discours et quarante minutes de réponse, bien plus que prévu au programme, sans être rappelé à l’ordre par la nouvelle présidente du Parlement européen, contrairement aux huit orateurs et oratrices des différents groupes (qui ont eu trente minutes… au total).

Lorsque le sortant sera officiellement candidat, le dispositif sera tout autre : Emmanuel Macron aura à faire au feu nourri de ses opposants et opposantes avec le même temps de parole que chacun et chacune d’entre elles cette fois. Peut-être que les longues explications sereines seront moins efficaces. Dans ce cadre, le débat de ce matin est peut-être moins le premier acte de campagne d’Emmanuel Macron que le dernier de sa présidence.