Présidentielle 2022 : Fabien Roussel, le candidat communiste qui agace à gauche

REPORTAGE Le candidat du Parti communiste à la présidentielle cherche à investir des champs qu’il juge délaissés par la gauche, au risque de susciter les polémiques

Thibaut Le Gal
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Fabien Roussel visite une école de boucherie à Paris.
Fabien Roussel visite une école de boucherie à Paris. — TLG/20minutes
  • Fabien Roussel est le candidat du Parti communiste français à la présidentielle.
  • Après une polémique sur l’alimentation française, le député du Nord se déplaçait  mardi dans une école de boucherie à Paris.
  • Le communiste mène une campagne détonante, accusant une partie de la gauche « d’avoir oublié le peuple ».

Dans la chambre froide, les couteaux désossent la barbaque sanguinolente. Fabien Roussel scrute les gestes précis des apprentis bouchers. Il pose quelques questions, anodines, lors de sa déambulation. « Tu as quel âge ? C’est le métier que tu veux faire ? » Un jeune homme répond : « Je suis un passionné de bœuf, j’aimerais ouvrir ma boutique. » Le candidat  communiste à la   présidentielle visitait ce mardi matin l’Ecole professionnelle de boucherie à Paris. Un pied de nez à la drôle de polémique sur la gastronomie française provoquée, malgré lui, quelques jours plus tôt.

« La bonne bouffe, c’est un art de vivre, c’est populaire »

Le 9 janvier, sur France 3, le député du Nord est interrogé sur un prix remis à Emmanuel Macron pour « son engagement constant en faveur du vin ». Fabien Roussel assure alors : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, c’est la gastronomie française. Le meilleur moyen de la défendre est de permettre aux Français d’y avoir accès. » L’expression tourne au vinaigre sur les réseaux sociaux. Le natif de Béthune est accusé de tous les mets : exclusion des végétariens, sous-estimation des problèmes liés à l’alcool, excès de chauvinisme, voire appel du pied à la droite identitaire… « Le couscous, plat préféré des Français », persifle  sur Twitter Sandrine Rousseau, la présidente du conseil politique de la campagne de Yannick Jadot. Signe d’une « droitisation du discours », ajoute l’élue EELV Alice Coffin sur  BFMTV.

« Cette polémique est blessante quand je me fais traiter de raciste… mais elle est surtout révélatrice d’un niveau de débats au niveau des pâquerettes. Ça nous paraît plein de bon sens de défendre une alimentation saine et accessible à tous », assure ce mardi Fabien Roussel. « Mais pour nous, défendre l’alimentation, c’est défendre quelque chose qui est sacré en France. La bonne bouffe, c’est un art de vivre, c’est populaire », ajoute le candidat.

« Je suis ici pour mettre en lumière votre profession, et derrière il y a toute une pelote à tirer sur l’élevage français », dit-il aux bouchers, évoquant « le commerce de proximité », le « respect du vivant » et le pouvoir d’achat. « L’alimentation est aujourd’hui élitiste. Certains ont les moyens d’acheter du poulet élevé en plein air, d’autres mangent du discount élevé en batterie au Brésil. Je veux que l’ouvrier puisse aussi s’acheter de la viande de qualité. »

« Une partie de la gauche a oublié le peuple, vit en vase clos, s’est embourgeoisée »

Mais la polémique révèle surtout une campagne qui détonne à gauche. Sur la viande comme sur le reste, Fabien Roussel dit vouloir s’adresser aux classes populaires. « Ma stratégie n’est pas de faire chier les écolos ni comment ils bouffent (…) mais on a fait le choix de se distinguer. Une partie de la gauche a oublié le peuple, vit en vase clos, s’est embourgeoisée, intellectualisée. Nous, on veut retrouver le goût du peuple. » Le candidat communiste porte un programme traditionnel de justice sociale, mais il investit aussi des champs qu’il juge délaissés par son camp : l’insécurité (il était présent à la manifestation des policiers de mai dernier), la lutte contre l’islamisme, la défense du nucléaire, la question migratoire, la laïcité ou la chasse.

Fabien Roussel à l'école de boucherie.
Fabien Roussel à l'école de boucherie. - TLG/20minutes

« Il a de bonnes intuitions, il est l’un des rares à gauche à comprendre les raisons de la fracture populaire et à refuser la stratégie Terra Nova », souffle un proche de Valérie Pécresse en référence au « think tank » proche du PS. Ce créneau lui vaut souvent plus d’éloges à droite qu’à gauche. Au sein même du parti communiste, son style et ses sorties agacent. La députée PCF Elsa Faucillon dénonçait début janvier sur Twitter,   lors d'un hommage à Charlie Hebdo, le « virage politique opéré depuis des mois » par son parti. Du côté des insoumis, on dénonce une stratégie désespérée. « Il fait tout ce qu’il peut pour se démarquer de nous et tenter d’exister dans cette campagne », souffle une élue LFI, alors que la candidature communiste peine à dépasser les 2 % dans les sondages.

Après deux campagnes derrière Jean-Luc Mélenchon, les cocos ont décidé d’y aller en solo. Une question de survie pour le Parti communiste français, malmené aux dernières élections locales ? Ian Brossat, directeur de campagne de Fabien Roussel, balaie : « Notre objectif, ce n’est pas d’avoir une candidature pour agiter le drapeau rouge, mais d’aborder des sujets pas assez présents dans le débat et reconnecter la gauche au réel. »