Présidentielle 2022 : Christiane Taubira, une candidature en quête de sens

CANDIDATURE Chantre du rassemblement, Christiane Taubira semble pourtant, pour le moment, n’être qu’une candidature de plus à gauche

Rachel Garrat-Valcarcel
— 
Christiane Taubira, le portrait — 20 Minutes
  • Christiane Taubira a officialisé samedi sa candidature à la présidentielle à travers la primaire populaire.
  • La candidate fait campagne avec un objectif : l’union de la gauche.
  • Mais elle aussi présenté ses premières propositions.

C’est peut-être le côté « pensée complexe » de Christiane Taubira. Samedi soir, au 20-Heures de France 2, et encore ce mardi matin, dans la matinale France Inter, la candidate à la  présidentielle n’a pas lésiné sur les circonvolutions langagières pour expliquer, in fine, qu’elle se soumettra bien au résultat de la  Primaire populaire,  organisée du 27 au 30 janvier. Mais l’ancienne ministre refuse la logique de « l’élimination » et préfère celle du « rassemblement ». Il y avait sans doute, pour celle qui ne voulait pas être  une « candidate de plus » à gauche, moyen d’être plus claire. Qui plus est face à un électorat qui, d’après les sondages,  réclame très largement le rassemblement.



Pour l’instant, Christiane Taubira est la seule candidate majeure à la Primaire populaire à avoir annoncé qu’elle en reconnaîtrait le résultat. Mieux : même si ses proches réfutent cette « petite musique venue de ses adversaires », l’ex-garde des Sceaux apparaît comme l’ultra-favorite de la consultation, après avoir caracolé en tête lors de la phase de parrainage. Une victoire à la primaire et un maintien des autres candidatures à gauche –à l'exception de celle d'Arnaud Montebourg : tous les éléments du scénario de la « candidate de plus » sont bel et bien en train de se mettre en place. Délicat, quand le principal projet, c’est l’union.

« Pas l’union pour le principe »

Chez les soutiens de Christiane Taubira, on veut croire que la messe du rassemblement n’est pas encore dite, et pourrait donc sauver l’intérêt de sa candidature. Guillaume Lacroix, président du PRG, soutien affiché et actif de l’ancienne députée de Cayenne, résume le mépris des candidats de gauche à l’égard de la Primaire populaire à des « postures d’avant-vote ». « On a des responsables politiques qui ont le mot ''démocratie'' à la bouche 50 fois par jour, qui veulent tous favoriser l’engagement citoyen… Il y a quelque chose d’incompatible à considérer que le résultat du vote de 250.000 ou 300.000 personnes ne compte pas. »

Que la Primaire populaire fonctionne ou pas, chez les proches de la nouvelle candidate, on a néanmoins bien compris qu’il fallait donner un contenu au rassemblement. « Ce n’est pas l’union pour le principe, c’est l’union pour être en capacité de transformer le pays », explique Olivia Fortin, adjointe au maire de Marseille, sur scène samedi à Lyon lors de la déclaration de candidature de la candidate. L’élue en connaît un rayon sur l’union : elle fait partie des fondatrices du Printemps marseillais, coalition de gauche hétéroclite qui a fait basculer la cité phocéenne en 2020. « ''S’unir ou subir'', cela a été notre mantra pendant trois ans pour les municipales. Personne n’y croyait, on se moquait de nous. »

Gauches réconciliées ?

Pour l’élue marseillaise, la situation est comparable à l’échelle nationale à mois du premier tour, à un moment où « on a jamais eu autant besoin de gauche dans le pays ». Oui, mais quelle gauche ? Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a renvoyé la candidature de Christiane Taubira aux « mésaventures du centre-gauche ».

Depuis sa vrai-fausse déclaration de candidature de mi-décembre, ses adversaires ont eu beau jeu d’attaquer l’ancienne ministre, non seulement sur son absence de programme, mais également sur le grand flou qui entoure ce qu’elle peut bien penser des grands thèmes de préoccupation des Françaises et des Français. Samedi, l’ancienne ministre de François Hollande a avancé une douzaine de propositions précises dans cinq grands thèmes : la création d’un impôt sur l’extrême richesse, une dotation d’autonomie pour les jeunes de 800 euros par mois, 100.000 postes pour l’hôpital public…

Il y en aura d’autre d’ici le vote, elle n’a pas encore exprimé « la quintessence de sa pensée », indique-t-on chez ses proches. Mais la campagne Taubira semble revendiquer de ne pas présenter « tout un catalogue de propositions ». Sur le thème « une campagne présidentielle n’est pas un grand oral de l’ENA », mais aussi « parce qu’on ne fait pas le rassemblement avec un programme ficelé auquel il faut se rallier », remarque Guillaume Lacroix. Pour lui, l’avantage de Christiane Taubira est qu’elle est « inclassable à gauche » et qu’elle peut, « sur certains terrains, entendre Jean-Luc Mélenchon et, sur d’autres, entendre le PRG ». Exemple concret : samedi Christiane Taubira a proposé d’augmenter le Smic à hauteur de 1.400 euros net… comme le candidat insoumis. Peut-être pas une mince affaire dans le contexte des prétendues « gauches irréconciliables ».