Présidentielle 2022 : L’Europe, tremplin ou boulet pour la future campagne d’Emmanuel Macron ?

CAMPAGNE Le chef de l’Etat prononcera ce mercredi un discours devant le Parlement européen, à Strasbourg, pour lancer la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE)

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Jacques Witt/SIPA
  • Le président de la République prend la parole ce mercredi au Parlement européen, à Strasbourg, pour lancer la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE).
  • L’Europe, qui fait partie de « l’ADN du macronisme », sera l’un des thèmes mis en avant par Emmanuel Macron dans sa campagne.
  • Mais sur cette la question européenne, le président s’expose aux critiques de ses adversaires.

Lors de l'élection présidentielle de 2017, il était l’un des rares candidats à afficher le drapeau de  l'Union européenne à chacun de ses meetings. Cinq ans plus tard,  Emmanuel Macron revendique toujours autant son attachement au projet européen. Mercredi, le chef de l’Etat prononcera un discours très attendu au Parlement européen de Strasbourg pour  lancer la présidence française du Conseil de l'UE (PFUE). A trois mois du premier tour, la thématique européenne est-elle une aubaine ou un boulet pour sa future campagne ?

« L’Europe, toujours dans l’ADN du macronisme »

A l’heure où certains s’interrogent sur le futur projet du président-candidat, l’Europe reste un élément de stabilité du macronisme. « Dès 2016, alors que peu de gens s’y intéressaient, Emmanuel Macron a mis l’Europe très en avant dans sa campagne, convaincu que c’était un levier puissant de souveraineté. Elle reste un élément fort de son engagement, de son action et sera indissociable de son futur projet », assure l’eurodéputée Fabienne Keller, membre du groupe macroniste Renaissance.

« L’Europe est toujours dans l’ADN du macronisme, abonde Sacha Houlié, député LREM de la Vienne. Après le discours de la Sorbonne [en septembre 2017], tout le monde nous regardait avec des yeux ronds. Mais on a réussi à mettre tous les sujets évoqués à l’agenda : la taxe carbone aux frontières de l’UE, la réforme Schengen, le Smic européen, l’impôt sur les multinationales… » Cette présidence de l’UE doit permettre au chef de l’Etat de pousser ces priorités, loin de faire consensus sur le continent.

Mais cette prise de fonction, qui se télescope avec la présidentielle, est aussi l’occasion d’en faire un argument de campagne. Et chez les macronistes, on (sur) joue la sérénité. « Etre pro-européen, c’était courageux en 2017. Là on joue plutôt à domicile. Avec les difficultés du Brexit, le plan de relance européen, l’euro qui nous protège, la vaccination, le green deal… Je pense qu’on a plié le match. Même Marine Le Pen n’ose plus dire qu’elle est anti-européenne ! », raille un cadre de La République en marche.

« L’Europe est un boulet pour sa campagne »

La candidate du Rassemblement national, qui n'évoque plus la sortie de l'UE, ne s’est pourtant pas privée d’égratigner l’action européenne du président lors d’une conférence de presse à Paris ce mardi. « Au crépuscule de ce mandat, force est de constater que toutes ses annonces n’ont abouti à rien. Son projet pour l’UE est irréaliste, dangereux, et ne trouve aucun soutien auprès d’un grand nombre de nations européennes ». Car la séquence ouverte par Emmanuel Macron offre à ses adversaires une fenêtre de tir pour égratigner son bilan.

« Il se présente en champion de l’Europe qui protège, mais il est plutôt celui des renoncements. Il a refusé d’accélérer la directive sur les travailleurs ubérisés, torpillé le congé parental européen. Il parle de souveraineté, mais il a multiplié les accords de libre-échange. Il tente d’instrumentaliser la présidence de l’UE, mais l’Europe est un boulet pour sa campagne », enfonce l’eurodéputée insoumise Manon Aubry, qui prendra la parole mercredi au Parlement européen.

Un premier temps fort de la campagne ?

Les échanges entre les eurodéputés français et le chef de l’Etat dans l’hémicyle strasbourgeois s’annoncent d’ailleurs bouillants, alors que Jordan Bardella (RN), Yannick Jadot (EELV) et François-Xavier Bellamy (LR) interrogeront notamment le président français. Un premier temps fort dans ce début de campagne ? « La vivacité des débats est un bon signe pour la démocratie. Mais on souhaite qu’ils se portent sur la présidence de l’Union européenne », relativise-t-on à l’Elysée.

Et si la stratégie d’Emmanuel Macron était au contraire de cliver, comme il a pu le faire sur le pass vaccinal, pour consolider un bloc centriste pro-européen ? Sacha Houlié répond à sa manière : « Contrairement à la droite et la gauche, qui gardent les stigmates des divisions du référendum de 2005, notre ligne sur l’Europe est claire et assumée. Le match entre anti et pro-Européens est peut-être moins prégnant aujourd’hui, mais il garde tout son sens pour la future campagne. »