Coronavirus : « L’opposition fêtait sa victoire au champagne »… Retour sur le « coup politique » autour du pass vaccinal à l’Assemblée

DEBATS Le gouvernement a fustigé ce mardi « l’irresponsabilité » des oppositions après le couac à l’Assemblée du texte instaurant le pass vaccinal, dont la discussion reprend dans la soirée dans l'hémicycle

T.L.G.
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Olivier Véran, illustration.
Olivier Véran, illustration. — Jacques Witt/SIPA
  • L’examen du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal a été suspendu dans la nuit de lundi à mardi à l’Assemblée nationale.
  • L’opposition a dénoncé « l’amateurisme » de la majorité, tandis que les macronistes ont fustigé « l’irresponsabilité » des opposants.
  • Ce « coup politique » ne devrait toutefois pas avoir de grosses conséquences pour l’exécutif.

« On suspend. » Coup de théâtre à l’Assemblée nationale dans la nuit de lundi à mardi. L’examen du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal a fait  l'objet d'une interruption surprise, au grand dam de la majorité. Alors que le gouvernement avait fait savoir qu’il voulait aller vite sur l’adoption de ces nouvelles mesures pour lutter  contre le variant Omicron, ce contretemps sonne comme un « camouflet ». Le projet de loi pourra-t-il être adopté à temps ? Retour sur cette polémique.

  •  Que s’est-il passé dans la nuit ?
     

L’examen du texte transformant le pass sanitaire en pass vaccinal devait être une formalité pour  LREM. Mais vers minuit, après plusieurs heures de débats, une majorité de députés a refusé par un  vote à main levée la poursuite des échanges. L’annonce de suspension par Annie Genevard, la présidente LR de l’Assemblée nationale du soir, a alors été acclamée par l’opposition. « Gros camouflet pour la majorité En Marche et le gouvernement : nous les avons mis en minorité ce soir dans l’hémicycle sur le pass vaccinal. Amateurs un jour, amateurs toujours », s’est ainsi réjoui le président du groupe  Les Républicains, Damien Abad.

« La majorité était insuffisamment présente en séance, sur un texte pourtant important. Une séance parlementaire, ça ne s’improvise pas et exige du sérieux », a abondé la patronne des socialistes à l’Assemblée,  Valérie Rabault. Plusieurs membres de l’opposition avaient dénoncé un temps de délibération trop court pour pouvoir débattre de l’ensemble des articles du projet de loi et des centaines d’amendements déposés. « Le calendrier lui-même échappe au gouvernement. C’est un signe de plus de son incapacité à maîtriser les événements », a aussi fustigé le candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon.

  •  Comment la majorité a-t-elle réagi ?
     

Au sein du gouvernement, on dénonce un « coup politique » des oppositions, à l’image de Jean Castex, ce mardi lors des questions au gouvernement à l’Assemblée. « Certains s’ingénient à faire des coups politiques pour freiner le débat, je vous le dis, ce n’est pas responsable ! Nous sommes engagés dans une course contre la montre ! Le virus galope et vous tirez sur le frein à main. Que pensent nos concitoyens de ces facéties ? », s’est interrogé le Premier ministre, ciblant particulièrement le groupe Les Républicains.

« Hier soir, l’opposition fêtait sa victoire au champagne à la buvette comme après un match de foot. Mais c’est avant tout un jour de perdu pour les milliers de personnes en réanimation et ceux qui perdent la vie à cause du virus, s’agace le député LREM Bruno Bonnell. C’est une alliance chimérique, contre-nature entre LFI, le RN et LR, qui ont défendu leurs intérêts partisans avant l’unité nationale contre la maladie, c’est du délire. »

  •  Que va-t-il se passer maintenant ?
     

Ce couac va-t-il contraindre le gouvernement à modifier le calendrier d’adoption définitive du texte par le Parlement, prévue initialement pour la fin de la semaine ? Le contretemps ne devrait pas avoir de trop lourdes conséquences pour l’exécutif. Les débats reprennent dès ce mardi soir – et peut-être cette fois jusqu’au bout de la nuit – pour étudier les quelque 500 amendements restants. L’examen du texte pourrait également se poursuivre mercredi après-midi si nécessaire, le groupe PS ayant accepté de décaler son débat prévu sur la prévention en santé publique.

Dans la majorité, on espère ainsi rester dans les clous. « Avec le Covid-19, on est en permanence dans l’urgence. Chaque jour de perdu à l’Assemblée l’est aussi contre le virus, assure Bruno Bonnell. Mais le texte devrait arriver jeudi au plus tard au Sénat, et nous, on sera mobilisés s’il le faut ce week-end. Donc l’objectif du 15 janvier reste tenable. »