Présidentielle 2022 : Après la polémique sur le drapeau européen, LR vire-t-il eurosceptique ?

CAMPAGNE Au sein de LR, on assure être pro-européen. Ce qui n’empêche pas de flirter avec le souverainisme pour ne pas se faire doubler sur sa droite

Rachel Garrat-Valcarcel
Valérie Pécresse, la candidate LR à la présidentielle, devant Eric Ciotti, son adversaire au second tour du congrès.
Valérie Pécresse, la candidate LR à la présidentielle, devant Eric Ciotti, son adversaire au second tour du congrès. — LOIC VENANCE / AFP
  • Valérie Pécresse et LR ont lancé la polémique sur l’absence de drapeau français à côté du drapeau européen le 1er janvier sous l’Arc de triomphe.
  • Au parti, on explique qu’il ne faut absolument pas voir là une distance du parti vis-à-vis de l’UE.
  • La ligne de fracture sur la question européenne à droite, moins visible ces dernières années, est pourtant ancienne.

A quatre mois de la présidentielle, l’année politique – ou plutôt l’année polémique – a commencé sur les chapeaux de roues. Dès le réveillon, même, quand  Valérie Pécresse a tweeté son indignation de voir le drapeau européen remplacer l’étendard tricolore sous l’Arc de triomphe, à Paris,  pour marquer le début de la présidence française de  l’Union européenne. La candidate  LR à la présidentielle a demandé « solennellement à  Emmanuel Macron de rétablir notre drapeau tricolore à côté de celui de l’Europe ». Et de nombreux responsables politiques, à gauche ou à l’extrême droite, de lui emboîter le pas pour demander purement et simplement le retrait du drapeau européen au-dessus de la flamme du soldat inconnu.

Dans la majorité, qui a fait de son engagement européen une marque de fabrique, l’occasion est trop belle pour mettre Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour dans le même sac. Ils forment « un manège à trois dans le rejet des institutions européennes », a taclé ce mardi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. La sortie du philosophe marqué à droite Luc Ferry, ministre de l’Education nationale sous le second mandant de Jacques Chirac, a davantage surpris. Sur LCI, il s’est dit « consterné » par la polémique et l’attitude de LR : « En principe on est pro-européens, pas anti-européens. »

« On est pro-européens »

Le grand parti de la droite française et sa candidate à l’Elysée sont-ils en train de virer eurosceptiques ? Pas si vite !, dit-on chez LR. « On est pro-européens », clame la députée européenne et porte-parole de Valérie Pécresse, Agnès Evren. L’élue en veut pour preuve la récente tribune publiée dans Le Monde dans laquelle la candidate défend « le besoin d’une Europe puissante, réconciliée avec la souveraineté, la défense des emplois, de notre agriculture, de notre culture et de nos valeurs oui l’Europe est perfectible mais plus que jamais nécessaire ».

Sur la forme, Agnès Evren assure qu’il ne s’agit pas d’une stratégie pour draguer un électorat plus droitier, voire souverainiste, peut-être tenté par un vote Zemmour : « Il n’y a plus de droites irréconciliables sur l’Europe. Valérie Pécresse incarne parfaitement la synthèse de la droite, et elle est pro-européenne », affirme Agnès Evren.

Cette frange souverainiste, elle existe pourtant à LR. Au sein de la très europhile UDI, qui a choisi de soutenir dès le premier tour Valérie Pécresse, on ne l’oublie pas : « Je n’ai pas de doutes sur l’engagement européen de la candidate, assure le président du parti de centre droit, Jean-Christophe Lagarde. Mais d’autres responsables LR ne comprennent toujours pas que la France seule n’aura jamais la puissance pour résister à la Chine ou aux Etats-Unis. Et c’est pourquoi si Eric Ciotti avait été désigné, nous ne l’aurions pas soutenu. »

Une vieille tradition

Or Eric Ciotti a quand même réuni 40 % des militants et militantes LR lors du second tour du congrès d’investiture. « La question européenne a longtemps été une ligne de fracture à droite. Dans les années 1990 et 2000, cela a même donné lieu à des scissions », souligne Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université de Montpellier. Au sein du très bonapartiste RPR de Jacques Chirac, la frange souverainisme a longtemps été représentée par Philippe Séguin et Charles Pasqua, ce dernier quittant le parti en vue des élections européennes de 1999. Même la très europhile UDF de Valéry Giscard d’Estaing a connu ses troubles : Philippe de Villiers, qui fait scission en 1994 et est aujourd’hui proche d’Eric Zemmour, est issu de ce parti de centre-droit.

Pour Emmanuelle Reungoat, également autrice d’Enquête sur les opposants à l’Europe (éditions Le Bord de l’eau), « cet héritage est toujours présent aujourd’hui à droite », même si, depuis vingt ans, il s’est fait plus discret. « A partir de la création de l’UMP, en 2002, les courants souverainistes deviennent très minoritaires et le parti devient plus clairement pro-européen. Mais il faut ménager les différents électorats et s’adapter aux discours des adversaires, ce qui fait prendre des positions symboliques. » Comme – au hasard – une question de drapeau sur un monument célèbre.

Un souverainisme opportuniste

Ces dernières années, la chercheuse note une inflexion du discours, redevenu davantage souverainiste chez LR, « peut-être à la faveur des succès du FN puis du RN lors des européennes de 2014 et de 2019 ». La campagne du pourtant très europhile Michel Barnier lors du congrès LR en est peut-être une preuve. Plusieurs fois commissaire européen, défenseur des intérêts de l’UE dans les négociations pour le Brexit, il a pris tout le monde de cours dans la campagne interne en annonçant son intention de revenir sur une partie de primauté du droit européen. « Peut-être que pour espérer une carrière politique nationale, il faut jouer entre ces deux discours », imagine Emmanuelle Reungoat.

Jean-Christophe Lagarde ne craint pas ces accès de fièvre eurosceptique d’une partie des responsables de LR. « Ils finissent toujours par suivre le chef », cingle le patron de l’UDI. « C’est dit un peu durement, mais ça n’est pas forcément faux », sourit la chercheuse Emmanuelle Reungoat. « Il y a un électorat souverainiste à droite, qui a provoqué les succès inattendus de Phillippe de Villiers et Charles Pasqua aux européennes. Mais ces scissions se sont toujours perdues et ont été réduites à des oppositions minoritaires. En la matière, les plans de carrière font qu’on a plutôt intérêt à se rallier à la position du chef. »