Présidentielle 2022 : Comment la Primaire populaire a-t-elle réuni 283.000 signatures ?

DEMARCHAGE DE RUE Les membres de la Primaire populaire se forment au recrutement de rue pour arracher des signatures à la volée

Mathilde Desgranges
L'appel de la Primaire populaire pour un rassemblement de la gauche, devant la fontaine des Innocents
L'appel de la Primaire populaire pour un rassemblement de la gauche, devant la fontaine des Innocents — © Mathilde Desgranges
  • La Primaire populaire est une initiative citoyenne en quête d’un rassemblement des partis de gauche pour la présidentielle de 2022.
  • « Avant d’avoir un rayonnement médiatique, la Primaire populaire a réuni 200.000 signatures en allant parler aux gens dans la rue », affirme Gaëlle, une bénévole.
  • Au total, l’appel a été signé par plus de 283.000 personnes.

« Ça vous dit de virer le trio Macron-Zemmour-Le Pen pour Noël ? », décoche Gaëlle. Bénévole de la Primaire populaire, la jeune femme récolte des sourires, parfois des signatures. JeJdi dernier, des militants sont sur le terrain pour parler de la  Primaire populaire, initiative citoyenne en quête d’un rassemblement des partis de gauche pour la  présidentielle de 2022. Recrutement par des appels téléphoniques depuis leur QG du 15e arrondissement de  Paris, session de recrutement via Internet, ou dans la rue : les bénévoles usent de tous les recours possibles pour récolter des signatures.

Alors que beaucoup « n’y croyaient plus », l’annonce d’Anne Hidalgo leur a redonné un souffle de motivation. La maire de Paris, candidate socialiste pour la présidentielle de 2022, a annoncé vouloir  passer par la primaire pour désigner une candidature unique de la gauche. Un « boulevard vers le rassemblement » inespéré qui donne de la visibilité à l’initiative. « Actuellement, 60 nouveaux groupes locaux sont en formation », précise Paul, l’un des bénévoles.

300 jeunes formés au recrutement en Ile-de-France

« Pendant le recrutement de rue, tous les bénévoles sont des ambassadeurs de la Primaire donc il est important qu’ils soient bien formés », affirme Paul, mentor du groupe. Devant la fontaine des Innocents à Châtelet, une dizaine de jeunes, âgés de la vingtaine, écoute attentivement son briefing. Ils font partie des 300 jeunes d’Ile-de-France formés par la Primaire. « Les deux mots d’ordre, c’est plaisir et directivité », rappelle-t-il.

Posture à adopter, phrases d’accroche, arguments concis, il leur enseigne toutes ses techniques pour inciter les gens à s’arrêter, l’étape cruciale du recrutement pour espérer une signature. Les bénévoles font face à de nombreux refus mais « une fois passée l’étape du "non" par principe, de ceux qui n’ont pas le temps ou ne veulent pas s’arrêter, le taux d’acceptation est élevé », affirme Robin, un bénévole. Selon lui, deux tiers des personnes qui s’arrêtent finissent par signer.

« On sait comment rassurer les gens »

« Je pensais que vous alliez me demander de l’argent, confie une jeune fille après avoir signé la pétition. Votre manière de faire me laisse sceptique. » Elle ne s’est arrêtée qu’à la vue du tee-shirt floqué « antispéciste » de Gaëlle. La militante lui rétorque qu’avant d’avoir un impact médiatique « la Primaire avait déjà réuni 200.000 personnes en allant parler aux gens dans la rue ». Pour « obtenir des victoires rapides », Gaëlle aborde en priorité les filles qui portent des Doc Martens, « parce qu’elles sont toutes de gauche. »

« Jamais je ne pourrais donner ma voix à Yannick Jadot », s’insurge Evelyne, militante du PCF depuis cinquante ans. Convaincue par la perspective du vote majoritaire, qui lui permettrait d’attribuer l’étiquette « à rejeter » au candidat écologiste, elle finit par signer. « Avec l’habitude, on sait comment rassurer les gens », explique Paul. « Quand je vois des jeunes, je leur parle d’écologie pour qu’ils se sentent concernés. Sinon, je commence par la justice sociale », confie Quentin. Parmi les bénévoles, certains ont travaillé longtemps dans le démarchage pour tous types d’ONG.

Une campagne basée sur le community organizing

Le recrutement de rue a quelques biais, pourtant, les bénévoles sont sûrs de leur manière de faire. La méthode a déjà fait ses preuves aux Etats-Unis. « C’est comme ça qu’Obama a gagné !, affirme Quentin, membre de la primaire. L’ organizing, c’est un de nos bénévoles qui l’a importée ici, après avoir milité pour Bernie Sanders. » Les militants jugent cela « plus efficace que le tractage parce qu’on prend le temps de parler avec les gens et de les convaincre, explique Robin. Et puis cela reste plus démocratique. »

Avec ces techniques, les membres de la Primaire populaire ont réuni 283.000 signatures en sept mois. Ils espèrent entre 400.000 et 500.000 participations au vote organisé fin janvier. Favorite pour l’investiture, Christiane Taubira a affirmé vendredi   envisager une candidature à la présidentielle. « Je mettrai toutes mes forces dans les dernières chances de l’union » a-t-elle justifié, laissant entendre qu’elle ne se présenterait qu’à condition de réunir les candidatures de gauche derrière elle. Une déclaration qui devrait donner de l’ampleur à cette initiative citoyenne.