Marseille : Macron a-t-il vraiment abandonné son projet de recrutement des enseignants par les directeurs d’école comme le dit Payan ?

FAKE OFF Le maire de Marseille Benoît Payan, opposé au projet de libre recrutement d’enseignants, a affirmé, visiblement à tort, que ce dernier avait été abandonné

Mathilde Ceilles
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Benoît Payan et les adjoints en charge des écoles, dans une école de Marseille aux côtés de Jean Castex
Benoît Payan et les adjoints en charge des écoles, dans une école de Marseille aux côtés de Jean Castex — Nicolas TUCAT / AFP
  • En marge de la visite de Jean Castex dans une école, puis sur France Info, le maire de Marseille Benoît Payan a affirmé que l'expérimentation de faire recruter les enseignants par les directeurs d'école était abandonnée.
  • Des propos que réfutent auprès de 20 Minutes le rectorat et les syndicats locaux d'enseignants.
  • Le Premier ministre lui-même, lors de sa visite, a martelé la volonté du gouvernement de mettre en place cette réforme controversée.

Interrogé par 20 Minutes en marge de la visite du  Premier ministre​ dans une école de  Marseille ce mardi,  Benoît Payan est catégorique : « Je note que ce qui me dérangeait le plus, à savoir le recrutement des écoles, a été abandonné ». En septembre dernier, lors de la présentation de son plan pour Marseille, le président de la République avait annoncé en vouloir expérimenter dans la cité phocéenne dès la rentrée 2022, dans 50 écoles « laboratoire », la liberté du choix des enseignants par les directeurs. Une annonce qui avait provoqué une véritable levée de boucliers du côté des professeurs… et de Benoît Payan.

Derrière le micro de France Info, dont il était l’invité de la matinale ce mercredi, le maire socialiste de Marseille persiste et signe. « C’est pas dans le plan de Marseille, affirme l’édile. Je n’ai toujours pas entendu que les directeurs allaient recruter les enseignants. J’ai toujours dit que j’étais absolument contre. Ou alors, j’ai mal compris. Oui, il va y avoir cinquante écoles, mais sur lequel il va y avoir un travail, notamment sur le temps périscolaire. »

FAKE OFF

« L’idée d’une expérimentation du recrutement des enseignants par les directeurs d’école dans la cinquantaine d’écoles de Marseille n’est pas du tout abandonnée, réfute-t-on du côté du rectorat d’Aix-Marseille. C’est bien en cours. » Une information confirmée à 20 Minutes par Virginie Akliouat, secrétaire départementale du Snuipp-FSU dans les Bouches-du-Rhône farouchement opposée à cette réforme, qui a été conviée à une réunion ce mardi après-midi avec l’entourage de Jean Castex sur ce sujet. « Nous n’avons malheureusement pas les mêmes informations que le maire de Marseille, regrette Virgnie Akliouat. Nous allons continuer la bataille dans ce sens-là, car cette expérimentation est totalement rétrograde ! »

Et de préciser : « Selon les informations que nous a données le cabinet du Premier ministre que nous avons rencontré, le recrutement des postulants dans ces écoles laboratoires se ferait bien via une commission. Les enseignants recevraient un avis favorable ou défavorable, et parmi les avis favorables, l’enseignant qui aurait le plus fort barème sera recruté. Et la commission serait composée de deux inspecteurs, du directeur de l’école et d’un enseignant. Depuis quand les enseignants choisissent qui va travailler avec eux ? »

Ce lundi, dans la soirée, le Parlement a d’ailleurs adopté définitivement lundi la proposition de loi LREM qui crée la fonction de directeur d’école. Le texte de la députée Cécile Rilhac a été adopté par 48 voix pour et cinq contre. « Ce texte de loi est volontairement flou pour que derrière, le gouvernement puisse prendre les amendements qu’il souhaite », accuse Virginie Akliouat.

Lors de sa visite à Marseille ce mardi, le Premier ministre a d’ailleurs rappelé fermement à Benoît Payan la volonté du gouvernement en la matière. « On va mener ce projet expérimental, indiquait le Premier ministre. Ah ! Je sais qu’il fait débat. Ce n’est rien faire qui n’en ferait pas. Mais ne rien faire, Monsieur le maire, peut nous conduire à des situations extrêmement préjudiciables. Donc, oui, nous assumons qu’il faut expérimenter des chemins nouveaux. L’autonomie des établissements, les responsabilités confiées aux directeurs, plus importantes… Nous allons donc essayer d’aller plus loin et c’est avec une grande satisfaction que je constate que, dans 58 écoles de Marseille, des enseignants, des équipes pédagogiques ont fait le choix de s’engager dans ce projet expérimental innovant que le chef de l’Etat a appelé ici, à Marseille. »