Présidentielle 2022 : Sur TF1, un Emmanuel Macron sans regrets dessine encore un peu plus sa campagne

CLIP DE CAMPAGNE Emmanuel Macron a répondu aux questions d’Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin pendant plus d’une heure et demie sur TF1, mercredi soir

Rachel Garrat-Valcarcel
— 
Emmanuel Macron: les trois mea culpa du président sur TF1 — 20 Minutes
  • Mercredi soir sur TF1, Emmanuel Macron est revenu sur les grands moments de son mandat, sous un angle le plus souvent émotionnel et anecdotique.
  • Le président de la République a reconnu des erreurs mais sans vraiment de mea culpa sur ce qui aurait pu être mal fait.
  • Il a aussi profité de ces presque deux heures d’antenne en prime time pour dessiner encore un peu plus à petites touches le très probable candidat qu’il sera d’ici quelques semaines.

Alors que la période des fêtes approche, les best of de Noël vont tourner en boucle sur toutes les chaînes. Mercredi soir, sur TF1, c’était un peu l’heure du best of du quinquennat d’Emmanuel Macron. Pendant presque deux heures, face à Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin, le président de la République est revenu sur la plupart des grands évènements de son quinquennat. Covid-19, « gilets jaunes », affaire Benalla, petites phrases… Peu de choses ont été oubliées. Mais tous ces sujets ont été pris le plus souvent sous un angle assez anecdotique.

C’était particulièrement frappant sur la crise des « gilets jaunes ». Il a, bien sûr, été questions des raisons de celle-ci. Mais Emmanuel Macron s’est plus volontiers étendu pour expliquer qu’il avait été « touché » et pour remémorer par le menu les évènements de la manifestation de l’arc de Triomphe. Idem sur sa visite à la préfecture du Puy, incendiée quelques jours plus tôt par des manifestants et manifestantes. Est-il responsable ? « On a forcément une responsabilité quand on est président », avance pudiquement le locataire de l’Elysée. Mais sur ce thème, comme sur d’autres, il s’agissait plus de savoir comment le président avait vécu, lui, ces évènements. Le tout à grands renforts de silences et de gros plans, forçant un peu l’émotion.

Pas de mea culpa

C’était une partie de l’enjeu de cette émission, pour un Emmanuel Macron parfois critiqué pour son arrogance. Il a cherché à se rendre plus humain quand il a rappelé « d’où il vient » (une famille de médecins de la Somme) pour tenter de se retirer l’étiquette qui lui colle le plus à la peau : « Mes valeurs ne sont pas celles d’un président des riches ». Il ne fallait néanmoins pas chercher de mea culpa d’Emmanuel Macron mercredi soir. Sur ses sorties polémiques (traverser la rue pour trouver un travail, les Gaulois réfractaires…) il reconnaît que ses mots ont pu blesser et que c’est « inacceptable ».

Mais il le dit presque comme on concède qu’on est perfectionniste à un entretien d’embauche : « J’ai eu une volonté de transgresser, de ne pas céder au conformisme (…) J’ai été impétueux ! » Ces évènements, ces polémiques l’ont tout de même un peu changé, assure-t-il. Le chef de l’Etat a « appris ».  « Appris qu’on ne fait rien bouger si on n’est pas pétri d’un respect infini. » La crise sanitaire lui a « appris la vulnérabilité » et que des « inégalités insupportables peuvent subsister ». Alors qu’il a aussi souligné le choix des Français et des Françaises de lui avaient fait confiance à seulement 39 ans en 2017, Emmanuel Macron a probablement voulu montrer qu’il avait, depuis, blanchi sous le harnais.

« Je ne fais pas de politique »

Sur les réformes, sur son bilan, le président sortant ne trouve pas grand-chose à redire. Sur le pouvoir d’achat, sur les violences faites aux femmes, la gestion de la crise sanitaire ou encore sur la modernisation économique du pays, Emmanuel Macron se décerne globalement un satisfecit. Quant à la réforme des retraites, qui n’a pas pu aller à son but juste au début de la pandémie, Emmanuel Macron l’a définitivement enterrée… pour ce mandat. Car cette réforme « est indispensable », a-t-il affirmé. Pourquoi ne pas l’avoir déjà faite alors ? « Est-ce que j’aurai dû relancer cette réforme en pleine pandémie ? », a rhétoriquement demandé le président, qui a pourtant laissé plusieurs fois entendre qu’il pourrait se lancer, ces derniers mois.

A un peu moins de quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle, il a évidemment été demandé à Emmanuel Macron s’il était candidat à sa propre succession. Comme attendu, il n’a pas formellement répondu oui, mais il ne s’est pas beaucoup caché non plus : « Est-ce que j’ai de l’ambition au-delà du mois d’avril ? D’évidence ! » Le chef de l’Etat s’est justifié en expliquant qu’il allait peut-être encore avoir à prendre « des décisions difficiles », faisant référence à la crise sanitaire, et a demandé de « laisser passer la 5e vague ». « Je ne fais pas de politique », a-t-il même osé, un sourire en coin.

Le pari d’un deuxième mandat pas si différent ?

Pourtant, à petites touches, Emmanuel Macron a continué à dessiner le futur candidat qu’il sera. L’allocution de début novembre avait semblé pencher à droite, avec une différence marquée sur la question de l’immigration, qui dominait alors la campagne du congrès LR. Cette fois, le chef de l’Etat a marqué sa différence avec Valérie Pécresse, désormais candidate, sur la question des coupes budgétaires («je ne suis pas pour couper, je suis pour créer davantage ») et du sort des fonctionnaires. Emmanuel Macron les a défendus, a défendu des créations de postes – dont il n’était d’ailleurs pas toujours responsable – quand la candidate LR veut supprimer 150.000 postes. « Ça ne pourra pas être le cœur de la politique de l’Etat dans les prochaines années », a affirmé le président.

Sans vrai mea culpa et globalement satisfait, Emmanuel Macron a semblé expliquer aux Françaises et aux Français qu’un second mandat à l’Elysée serait comparable au premier. « Quelque chose est en train de changer, il faut continuer de faire advenir ce futur possible », a dit le président sur la « révolution » en cours d’après lui. Une suite logique, presque. C’est un risque, à la veille de commencer une campagne de réélection. Mais un risque calculé. Le président n’est sans doute pas sans savoir qu’il est aujourd’hui, d’après les sondages, bien moins impopulaire que ses deux prédécesseurs. Le pari de sa future campagne est peut-être là.