Qu’est-ce que le groupe des « Zouaves Paris » que Gérald Darmanin veut dissoudre ?

EXTREME DROITE Groupe très violent et très actif, « Les Zouaves Paris » n’est néanmoins pas très actif politiquement

Rachel Garrat-Valcarcel
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Le groupe des Zouaves Paris était à Villepinte au meeting d'Eric Zemmour le 5 décembre.
Le groupe des Zouaves Paris était à Villepinte au meeting d'Eric Zemmour le 5 décembre. — MUNSCH FREDERIC/SIPA
  • Les images du tabassage de militants et militantes de SOS Racisme au meeting de Villepinte d’Eric Zemmour ne sont pas passées inaperçues. A l’origine de ces violences ? Des membres du groupe d’extrême droite « Les Zouaves Paris ».
  • Marc de Cacqueray-Valménie, son chef, est notamment allé faire la guerre aux côtés de l’Arménie contre l’Azerbaïdjan, fin 2020.
  • Qui sont les « Zouaves » et pourquoi le gouvernement veut-il dissoudre ce groupe ? 20 Minutes faite le point.

Après Génération identitaire, il y a quelques mois, le groupe « Les Zouaves Paris » pourrait rejoindre la longue liste des groupes d’extrême droite administrativement dissous par l’Etat. Le ministre de l’Intérieur,  Gérald Darmanin a indiqué lancer la procédure, ce dimanche. « Les Zouaves Paris » s’est notamment fait connaître lors du meeting  d’Eric Zemmour, le 5 décembre, à Villepinte : ses membres ont été à l’origine du tabassage des militants et militantes de  SOS Racisme venus protester pacifiquement dans la salle du meeting. Qui sont les « Zouaves » et pourquoi dissoudre ce groupe ? 20 Minutes fait le point.

Qui sont les « Zouaves de Paris » ?

Le groupe existe depuis près de cinq ans. Son noyau n’est constitué que d’une quinzaine de personnes, estime le média StreetPress : « Il s’agit surtout d’une bande affinitaire », indique-t-il. Des anciens de l’organisation étudiante d’extrême droite Groupe union défense (GUD), notamment. Selon Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite interrogé par 20 Minutes, « Les Zouaves Paris » ressemblent « beaucoup à un groupe armé, mais pas terroriste, qui utilise la violence de manière régulière pour arriver à ses fins ». Toujours d’après Jean-Yves Camus, les « Zouaves » sont proches des milieux hooligans politisés. On y trouve des néonazis et des néofascistes. Idéologiquement, le groupe n’a néanmoins « pas beaucoup d’intérêt, juge notre expert. Sa production est nulle. A peine le recto d’un tract lors d’une manifestation des ''gilets jaunes'', pas de journal, même pas un embryon de fanzine ».

Leurs ennemis et ennemies sont néanmoins assez bien définis. Il y a bien sur les « antifa », à l’extrême gauche. L’AFP rappelle qu’en juin 2020 les « Zouaves » étaient à l’origine de la violente attaque d’un de leurs bars, dans le quartier de Ménilmontant, à Paris. Plus globalement, les « Zouaves » recherchent « l’affrontement avec tout ce qu’ils considèrent comme ''gauchiste'' : les féministes, les personnes LGBT et les autres adversaires habituels de cette frange », détaille Jean-Yves Camus.

Qui est à leur tête ?

Même s’il n’y a « pas vraiment d’organigramme », comme le dit Jean-Yves Camus, leur chef est néanmoins connu : il s’agit de Marc de Cacqueray-Valménier, 23 ans. « C’est un garçon d’une ''bonne famille'' de l’ouest de la France », décrit le spécialiste de l’extrême droite. StreetPress note que cette « bonne famille » a déjà donné plusieurs cadres à l’extrême droite française : l’oncle de Marc de Cacqueray-Valménier a notamment été aumônier de Civitas et l’un de ses cousins a été candidat du RN au Mans. Marc de Cacqueray-Valménier est, lui,  passionné de MMA et multi-récidiviste des actions violentes. « Il ressemble plus à un leader de kop qu’à un dirigeant politique », tranche encore Jean-Yves Camus.

Le jeune homme n’en est pas moins un « fasciste » comme il se décrivait lui-même en 2019 dans les colonnes Libération. C’est dans ce même journal que l’on apprend qu’il est parti fin 2020 s’engager au front lors de la guerre entre  l’Arménie et l’Azerbaïdjan, gagnée par cette dernière. Pour les « Zouaves », cette guerre n’était rien d’autre qu’une bataille dans leur lutte contre les musulmans et « l’islamisation de l’Europe » : « Le futur de notre continent et de notre civilisation est en jeu au Haut-Karabagh », expliquaient-ils alors. Petite subtilité dans le paysage de l’extrême droite : là où l’on est plus souvent fasciné par Vladimir Poutine et les nationalistes russes, Marc de Cacqueray-Valménier est, lui, plus proche des nationalistes ukrainiens, note Jean-Yves Camus.

Pourquoi l’Etat veut-il dissoudre les « Zouaves » ?

Il faut savoir que ce n’est pas parce que « Les Zouaves Paris » ne sont pas une association formellement constituée qu’il n’est pas possible de les dissoudre. « C’est un groupement de fait qui agit sous un nom précis pour faire des actes », justifie Jean-Yves Camus. La justification de la dissolution paraît assez évidente, vu le passif du groupe et « l’usage répété de la violence qui cause un trouble à l’ordre public » mentionne spécialiste de l’extrême droite.

Mais, pour en savoir plus, il faudra évidemment attendre la motivation formelle du ministre de l’Intérieur. Selon notre expert, cette dernière doit normalement passer par la Direction des libertés publiques du ministère de manière que la dissolution « puisse passer la rampe judiciairement en cas de recours ». « Nous avons enclenché cette procédure, il y aura un contradictoire comme à chaque fois que j’ai fait cela, je l’ai fait pour Génération identitaire », a rappelé dimanche Gérald Darmanin.