Nouvelle-Calédonie : Vote d'autodétermination dimanche, sous tension et préalerte cyclonique

VOTE Le troisième et dernier référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie a lieu dimanche, alors que les indépendantistes refusent de participer, et qu'une préalerte cyclonique doit être déclenchée

B.D. avec AFP
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Réferendum pour l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, illustration
Réferendum pour l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, illustration — Theo Rouby / AFP

La Nouvelle-Calédonie est appelée dimanche à voter pour un troisième et dernier référendum d’autodétermination, qui clôt un processus de décolonisation inédit entamé il y a plus de 30 ans sur ce territoire français stratégiquement situé avec la montée des tensions dans la zone indo-pacifique. La victoire du non à l’indépendance semble assurée, les indépendantistes ayant décidé de bouder le scrutin faute d’en avoir obtenu le report, renvoyant les choix pour cet archipel du Pacifique sud à l’après-présidentielle française.

Les indépendantistes boudent ce scrutin, car ils estiment que l’épidémie de Covid-19 ne leur permettait pas de « mener une campagne équitable », et ne tenait pas compte de leurs deuils. Le Sénat coutumier, institution qui incarne le pouvoir traditionnel kanak, a d’ailleurs demandé jeudi « aux citoyens kanak et aux progressistes calédoniens d’observer une journée nationale de "deuil kanak" le 12 décembre 2021 en ne se rendant pas aux bureaux de vote ».

Période de troubles

Les Calédoniens sont engagés dans ce processus depuis les années 1980 quand la Nouvelle-Calédonie a connu une période de troubles qui a culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988, au cours desquels 19 militants kanak et six militaires ont été tués. Moins de deux mois après ce drame, indépendantistes et loyalistes arrivaient à conclure les accords de Matignon, qui revoyaient la répartition des pouvoirs en Nouvelle-Calédonie. Dix ans plus tard, la signature de l’accord de Nouméa instaurait un processus de décolonisation sur vingt ans pour cette collectivité d’outre-mer française.

Cet accord prévoyait une succession de trois référendums pour demander aux habitants s’ils voulaient que l’île « accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ». Les deux précédents scrutins ont été remportés par les pro-France avec 56,7 % des suffrages en 2018 puis 53,3 % en 2020.

Zone stratégique

Ce troisième référendum arrive cependant dans un monde qui a beaucoup changé : d’une part l’archipel, qui dispose de quelque 1,5 million de km2 de zone économique exclusive, se trouve dans une zone devenue stratégique avec la montée en puissance de la Chine, d’autre part le nickel et le cobalt qu’elle produit sont devenus des ressources minières indispensables pour le nouveau marché des batteries électriques, garantes de la transition écologique de la planète.

Quel que soit le résultat du référendum, « le jour d’après il y aura une vie ensemble » avec la France, notamment « compte tenu de la réalité géopolitique de la région », a ainsi assuré jeudi le président Emmanuel Macron. En juin à Paris, les acteurs calédoniens avaient décidé avec l’Etat qu’après le 12 décembre s’ouvrirait « une période de stabilité et de convergence » avant un « référendum de projet » d’ici juin 2023, qui, en cas de oui dimanche, porterait sur la constitution d’un nouvel Etat et, en cas de non, sur un nouveau statut dans la République.

Important dispositif de sécurité

Le dialogue ne sera cependant pas si facile et les autorités ont déployé un important dispositif de sécurité, qui se veut « rassurant » et « dissuasif », de 2.000 gendarmes, policiers et militaires dans l’île. Le FLNKS et les nationalistes ont déjà prévenu jeudi dans un communiqué qu’ils récusaient toute rencontre avec le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa, avant l’élection présidentielle française, en avril 2022.

Une mission du FLNKS, emmenée par Roch Wamytan, signataire de l’accord de Nouméa, figure historique de la lutte kanak et président du Congrès, s’est rendue cette semaine à New York pour informer le C24 (Comité spécial de la décolonisation de l’ONU) sur la situation en Nouvelle-Calédonie et la non-participation au vote du 12 décembre du FLNKS. A la demande de la loyaliste Sonia Backès, leader des Républicains Calédoniens, « une visioconférence a été organisée avec la présidente du C24 de l’ONU pour faire le point sur la situation calédonienne, en miroir de la démarche engagée par les indépendantistes présents à New York », a-t-elle indiqué jeudi dans un communiqué.

Une dépression tropicale forte

Une préalerte cyclonique sera déclenchée dimanche à 5 heures du matin en Nouvelle-Calédonie, en raison de la menace d’une dépression tropicale, a annoncé ce samedi la sécurité civile. Ce phénomène, classé pour l’instant en dépression tropicale faible, se situe actuellement au sud de l’archipel des îles Salomon et devrait progressivement concerner la Nouvelle-Calédonie jusqu’à mardi, en se renforçant.

« La trajectoire la plus probable est un passage très proche de la Nouvelle-Calédonie (entre lundi soir et mardi) , soit sur la Grande-terre, soit sur les îles Loyauté », a déclaré à NC la 1ère Julien Leduc, prévisionniste, précisant qu’il s’agira alors d’une dépression tropicale forte.

Des pluies intenses et des rafales à 150 km/h sont attendues. La préalerte cyclonique invite la population à se tenir informée des bulletins météorologiques et à sécuriser bâtiments et embarcations. Météo-France NC a placé la Grande-terre et l’île des Pins en vigilance jaune fortes pluies et orages dès ce samedi soir, mais n’annonce pas de dégradation majeure pour dimanche.