Présidentielle 2022 : A l'offensive sur l'Europe, Emmanuel Macron esquive la campagne française

REPORTAGE Le chef de l’Etat a refusé d’évoquer la campagne présidentielle française, lors d’une conférence de presse sur la présidence française de l’Union européenne (PFUE) ce jeudi

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — Jacques Witt/SIPA
  • Emmanuel Macron tenait une conférence de presse sur la présidence française de l’Union européenne (PFUE), ce jeudi à l’Elysée.
  • Devant une centaine de journalistes, le président de la République a évoqué les chantiers européens des mois à venir.
  • Interrogé sur Eric Zemmour ou sur sa probable candidature, le chef de l’Etat a refusé de commenter la campagne.

Ce n’est pas si souvent qu’Emmanuel Macron répond aux médias lors d’une conférence de presse à l’Elysée. Le chef de l’Etat a convié, ce jeudi après-midi, une centaine de journalistes pour  évoquer la présidence française de l’Union européenne, au premier semestre 2022. « Nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix et maître de son destin », résume d’emblée le président de la République.

Réforme de l’espace Schengen, nécessité de « repenser le cadre budgétaire » et la règle des 3 % de déficits, service civique européen pour les jeunes… Pendant une heure, Emmanuel Macron  évoque les chantiers, parfois techniques, des mois à venir. Et, au moment de faire tourner le micro dans la salle, le président prévient : « Je ne m’appesantirai pas sur les questions de politique nationale, je ne les esquiverai pas, mais ce n’est pas le cœur de cette conférence de presse. »

« Nous n’avons pas choisi le calendrier, c’est comme ça »

Le chef de l’Etat a le sourire. Il sait que cette conférence intervient alors que la campagne présidentielle s’accélère. Il sait aussi que cette présidence de l’UE va percuter de plein fouet le scrutin d’avril prochain et les législatives de juin. Un risque de brouillage politique, voire de « récupération » pour sa propre réélection, comme l’accusent déjà ses adversaires ? « Nous n’avons pas choisi le calendrier, c’est comme ça. Il est le fruit de la mise en œuvre du Brexit qui a déréglé l’ordre de nos présidences [tournantes de l’UE]. Il nous faut tenir notre rôle », balaye Emmanuel Macron. « Il faut considérer que la France a une continuité. Peut-être que la politique de la France changera [après la présidentielle], mais la France restera la France », ajoute-t-il.

Le président répond aussi aux critiques de ses opposants, qui l’accusent de faire campagne lors de ses derniers déplacements. « Le mandat que m’ont confié les Françaises et les Français, je l’exercerai jusqu’au dernier quart d’heure. Les défis sanitaires, migratoires, énergétiques impliquent des choix. Dites-moi la date à laquelle il faut s’arrêter de travailler démocratiquement ? C’est la fin du mandat », dit-il.

Une réponse indirecte aux attaques d’Eric Zemmour

Mais depuis quelques jours, les attaques redoublent d’intensité contre le chef de l’Etat. Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a invité le président à « venir dans l’arène et accepter de débattre ». Lors de l’échange avec la presse, le président ne change pas de ligne et reste distant. Interrogé sur les changements constitutionnels proposés par certains candidats pour s’affranchir du droit européen, sur l’immigration notamment, le président refuse de se « prononcer sur ces sujets de campagne », ajoutant toutefois, du bout des lèvres, que ces propositions manquaient « de précision ».

Car, même s’il n’est pas encore candidat, on sent qu’Emmanuel Macron est pressé d’entrer dans la bataille. Lorsqu’un journaliste l’interroge sur les prises de position d’Eric Zemmour, il balaie d’abord : « Il n’appartient pas au président de la République de qualifier ou disqualifier un candidat à une élection à venir, c’est au peuple français de décider souverainement. » Avant de se montrer plus ferme. « La controverse, c’est l’esprit français, mais la haine, c’est la haine de la France […] Le rôle de nos institutions est de tenir le pays là où il doit être. Ne rien concéder ni au racisme, ni à l’antisémitisme, ni à la remise en cause de nos valeurs, ni à la manipulation de notre histoire ». Avant de filer, le chef de l’Etat use d’une dernière pirouette, lorsqu’un journaliste l’interroge sur sa probable candidature. « Je ne répondrai évidemment pas mais je comprends que vous me posiez cette question. Je le prends presque comme un appel. »