Emmanuel Macron à Vichy : Le chef de l'Etat a rendu hommage aux victimes du régime de Pétain

COMMEMORATION Le Président a respecté un moment de silence devant la stèle érigée en hommage aux 6.500 Juifs victimes de la rafle du 26 août 1942

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron et Serge Klarsfeld à Vichy, le 8 décembre 2021.
Emmanuel Macron et Serge Klarsfeld à Vichy, le 8 décembre 2021. — LUDOVIC MARIN / AFP

Sa visite était particulièrement attendue. Emmanuel Macron s’est recueilli devant une stèle en mémoire aux déportés à Vichy (Allier), une ville dont le maire a demandé qu'elle ne soit plus associée à « la honte française » du régime Pétain. Le chef de l’Etat a respecté un moment de silence devant la stèle érigée en hommage aux 6.500 juifs victimes de la rafle du 26 août 1942. Il était notamment en compagnie des époux Beate et Serge Klarsfeld, défenseurs de la mémoire des déportés de France.

« C’est un moment d’émotion et un moment de soulagement de voir un président venir à Vichy », a réagi Serge Klarsfeld, alors que le précédent geste mémoriel d’un chef de l’Etat remontait à celui du général de Gaulle en 1959. Emmanuel Macron s’est ensuite arrêté devant la plaque portant les noms des 80 parlementaires qui ont refusé de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juin 1940.

Mise en garde contre toute « manipulation » de l’histoire

Le chef de l’Etat, qui effectue depuis mardi un déplacement dans le Cher et l’Allier, a mis en garde, dans un entretien accordé le matin à France Bleu Pays d’Auvergne, contre toute « manipulation » de l’histoire, une allusion à la controverse sur le nom de Vichy mais aussi à celle sur le régime du maréchal Pétain lancée par Eric Zemmour. « Vichy nous renvoie à une histoire. Cette histoire, nous l’avons vécue, elle est écrite par les historiennes et historiens », « gardons-nous de la manipuler, de l’agiter, de la revoir », a-t-il dit.

Le chef de l’Etat évoquait la polémique sur l’appellation de « régime de Vichy » qui a été utilisée par de nombreux historiens pour nommer le régime du maréchal Pétain qui gouverna la France, depuis Vichy, entre 1940 et 1944. Ses propos renvoient aussi à la polémique lancée par le candidat à la présidentielle Eric Zemmour, qui a affirmé que le maréchal Pétain avait sauvé des Juifs français. Des propos qui ont soulevé un tollé dans la classe politique, de nombreux responsables politiques estimant qu’ils relèvent du « révisionnisme et de l’antisémitisme traditionnel » à l’instar du secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune.

La ville de Vichy, « victime expiatoire »

S’exprimant en présence du chef de l’Etat avant la cérémonie, le maire, Frédéric Aguilera (LR), a souhaité voir disparaître l’expression « régime de Vichy », qui est « un boulet sémantique qui continue de lester l’envol » de sa ville. « Nous mesurons au quotidien le poids des mots, le poids d’une stigmatisation injuste. Vichy reste associée à la honte française, Vichy est la honte française. Vichy est la victime expiatoire d’un pays qui a du mal à regarder son passé en face », a-t-il regretté.

Or, selon lui, « Vichy est résolument portée vers son avenir » autour de trois priorités – le sport, le thermalisme et le patrimoine – auxquelles vont être consacrés 200 millions d’investissements dans les prochaines années. Emmanuel Macron, qui a également expliqué vouloir « regarder l’avenir », a déambulé dans le centre-ville et devait débattre avec une cinquantaine d’associations de Vichy pour marquer les 120 ans de la loi sur la liberté d’association.