Présidentielle 2022 : Face aux attaques d'Eric Zemmour, la Macronie cherche la parade

CONTRE-ATTAQUE Le chef de l’Etat n’a pas répliqué de manière directe aux attaques virulentes d’Eric Zemmour ces derniers jours

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Ludovic MARIN / AFP
  • Eric Zemmour a de nouveau égratigné le « vide » idéologique d’Emmanuel Macron ces derniers jours, le qualifiant « d’adolescent qui se cherche » et « de mannequin de plastique ».
  • Pas encore officiellement candidat à sa réélection, le chef de l’Etat n’a pour le moment répondu que de manière indirecte au candidat identitaire, comme ce mercredi lors de son déplacement à Vichy.
  • Après des semaines d’hésitation, la majorité souhaite désormais répondre à l’ex-polémiste de manière « frontale » sur le fond des sujets.

Après avoir encaissé les coups, les macronistes se préparent-ils à en donner ? Dimanche, lors de son meeting à Villepinte, Eric Zemmour a fustigé « le néant » idéologique d'Emmanuel Macron, « un mannequin de plastique […], un automate qui erre dans un labyrinthe de miroirs, un masque sans visage qui défigure le nôtre ». Mardi, sur BFMTV, l’ancien journaliste a enfoncé le clou : « C’est un adolescent qui se cherche, on a l’impression d’un type qui n’est pas fini, qui n’a les idées claires sur rien. »

Malgré l’intensité des attaques, du côté de l’Elysée, on fait la sourde oreille. Pas encore candidat, le chef de l’Etat entend rester « au-dessus de la mêlée », n’évoquant son adversaire que par des allusions indirectes, comme ce mercredi à Vichy. Une situation embarrassante pour les macronistes, qui ont longtemps hésité sur la stratégie à adopter face au candidat identitaire.

« Il est très fort pour fixer l’agenda médiatique. Faut-il y répondre ? »

Il y a quelques semaines, un cadre de La République en marche reconnaissait « les hésitations stratégiques » face à l’émergence d’Eric Zemmour. « Il est très fort pour fixer l’agenda médiatique, en martelant 2-3 idées fortes comme le faisait Trump. Faut-il y répondre ? Pour moi, la meilleure manière de le contrer, c’est d’ignorer ce qu’il dit, et mettre en avant nos propositions », assurait ce député. « On est dans une situation particulière car le chef de l’Etat n’est pas encore candidat. On attend encore de savoir comment on va s’organiser, confirme aujourd’hui Erwan Balanant, député MoDem du Finistère. En attendant, on laisse nos adversaires faire monter la pression. Notre meilleure réponse, c’est notre bilan. »

Pour l’instant, Emmanuel Macron préfère répliquer de manière indirecte. Le jour de la déclaration de candidature d’Eric Zemmour, le président évoquait « l’universalisme » de Joséphine Baker, lors de sa cérémonie de panthéonisation, saluant une femme engagée qui voulait « prouver aux yeux du monde que les couleurs de peau, les origines, les religions pouvaient non seulement cohabiter mais vivre en harmonie ».

Ce mercredi, lors d’un déplacement symbolique à Vichy, il a mis en garde contre toute « manipulation » de l’Histoire, en référence aux propos de l’ex-chroniqueur de CNews sur le régime de Pétain. « Les attaques personnelles ne font pas la campagne, surtout quand elles sont si ridicules. Elle se jouera sur la vision de la France et de l’Europe », ajoute le député LREM du Rhône Bruno Bonnell.

« La stratégie est désormais claire : l’attaque frontale, pied à pied, sur le fond des sujets »

Le chef de l’Etat évoquera d’ailleurs ce jeudi, lors d’une conférence de presse à l’Elysée, ses priorités pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne, qui débute le 1er janvier. Une nouvelle occasion de prendre de la hauteur, mais le « président jupitérien » n’échappera probablement pas à des questions sur Eric Zemmour. « Il ne faut pas tirer à vue, ce serait lui accorder trop d’importance et ferait monter la pression inutilement. Il faut prendre de la hauteur, continuer de montrer qu’on bosse, avant de dégainer quand le moment sera opportun », assure François Patriat, le patron des sénateurs macronistes.

Mais face à la dynamique Zemmour et à la virulence des attaques, certains marcheurs veulent enfiler les gants. « On n’a d’abord rien dit, et il est monté dans les sondages. Quand on a riposté sur le fond, sur ses errements du Bataclan, le doigt d’honneur, ses propos sur les femmes… il s’est montré fébrile, et ça l’a fait baisser. On a mis du temps, mais la stratégie est désormais claire : l’attaque frontale, pied à pied, sur le fond des sujets », assure Sacha Houlié.

Le député LREM de Vienne devrait piloter la cellule « riposte » de la majorité, en place depuis un mois et demi, qui devrait bientôt être officialisée. Une manière de muscler les éléments de langage face à Eric Zemmour et les autres adversaires, Marine Le Pen et Valérie Pécresse en tête. Et le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sera le premier membre du gouvernement à monter sur le ring face au candidat Zemmour, ce jeudi soir, lors d’une émission sur France 2.