Coronavirus : Les meetings politiques, « machines à clusters », vont-ils être interdits ?

CAMPAGNE Face à la flambée épidémique, la candidate LR, Valérie Pécresse, a annoncé qu’elle ne tiendra pas son meeting en physique, prévu samedi 11 décembre à Villepinte

Manon Aublanc
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L'ancien Premier ministre, Edouard Philippe, lors d'un meeting de LREM, à la Mutualité à Paris, le 29 novembre 2021.
L'ancien Premier ministre, Edouard Philippe, lors d'un meeting de LREM, à la Mutualité à Paris, le 29 novembre 2021. — Thomas COEX / AFP
  • Dans une décision de mai dernier, le Conseil constitutionnel a estimé que le pass ne pouvait pas être exigé pour accéder à des réunions ou des activités politiques, dans un souci de préservation de la vie démocratique.
  • Si certains politiques ne réclament pas le pass sanitaire, d’autres, parmi lesquels Anne Hidalgo, l’exigent pour accéder à leur réunion publique. Valérie Pécresse, elle, a pris les devants, en annulant son meeting prévu à Villepinte.
  • Qualifiés ce lundi de « machine à clusters » par Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, les meetings électoraux doivent-ils être interdits ? 20 Minutes fait le point.

Avec plus de 40.000 cas de contamination en moyenne par jour, la situation sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus ne cesse de s’aggraver ces dernières semaines. Si le virus menace d’abord les fêtes de fin d’année des Français, il risque également de compliquer la campagne pour l’élection présidentielle de 2022.

A quelques mois du scrutin, les meetings politiques se multiplient, dans un contexte sanitaire très tendu, au risque de faire grimper les contaminations. Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, a souligné ce lundi sur Franceinfo que ces meetings électoraux étaient « une machine à clusters », invitant les politiques à montrer l’exemple. Le pass sanitaire est-il obligatoire pour les meetings politiques ? Quelles sont les règles ? Qu’ont décidé les candidats ? 20 Minutes fait le point.

Le pass sanitaire est-il exigé pour les meetings politiques ?

Dans une décision rendue en mai dernier, le Conseil constitutionnel a exclu les activités politiques, syndicales et cultuelles du champ des activités de loisirs pour lesquelles il est nécessaire de disposer du pass sanitaire. Une jurisprudence confirmée, le 9 novembre, par les Sages dans le compte-rendu du projet de loi de vigilance sanitaire : « La présentation du pass sanitaire ne peut être exigée pour l’accès aux bureaux de vote ou à des réunions et activités politiques », ont-ils écrit, afin de garantir l’aspect démocratique du vote mais aussi la tenue de ce type de rassemblements.

L’Etat ne peut donc pas imposer le pass sanitaire pour les meetings politiques, au risque d’être dans l’illégalité. En revanche, l’organisateur de l’évènement lui-même a tout à fait le droit de l’imposer : « Maintenant, rien n’empêche un organisateur d’une réunion politique d’exiger le pass sanitaire pour y accéder », a en effet déclaré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à l’issue du Conseil des ministres, le 24 novembre dernier.

Dans une note envoyée aux chefs des groupes parlementaires, fin septembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en charge des élections, a de son côté appelé les personnalités politiques à la responsabilité : « Je souhaite vous informer que, en l’état actuel du droit, les réunions politiques continueront à pouvoir se dérouler sans que le passe sanitaire ne soit exigé des participants », a-t-il écrit, invitant les organisateurs de meetings à la responsabilité « dans la mise en place et le respect des autres mesures permettant de limiter la diffusion du virus ».

Quelles décisions ont pris les candidats ?

Pour son premier grand meeting, ce dimanche, au Parc des Expositions de Villepinte, Eric Zemmour n’a pas exigé le pass sanitaire aux quelque 13.000 partisans venus l’acclamer. Le port du masque, lui, était obligatoire. Même consigne du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui a tenu le même jour un meeting à la Défense, avec masque, mais sans pass sanitaire pour ses 4.500 supporteurs. « Nous respectons la loi et la législation en vigueur. A ce titre, nous n’avons pas le droit de demander le pass sanitaire pour un événement politique, ils sont protégés, comme pour un événement confessionnel », a indiqué Bastien Lachaud, député LFI de la Seine-Saint-Denis et responsable de l’organisation des événements de la campagne, aux Echos.

Face au risque accru de contamination, la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, ne tiendra pas son meeting, en physique, prévu samedi 11 décembre à Villepinte. Entre 5.000 et 10.000 personnes étaient pourtant attendues porte de Versailles. « Il n’est pas question de faire de meeting sans pass sanitaire », a affirmé la candidate LR, jeudi dernier au micro de BFM, ajoutant : « Jamais je ne mettrai la sécurité des Français en danger en raison de la campagne. » Une position confirmée par Christian Jacob, le patron du parti. Ce dernier n’a cependant pas donné de détails sur la forme que pourraient revêtir les réunions à venir.

Enfin, si la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, a maintenu son meeting, prévu le 12 décembre à Perpignan, ses partisans devront présenter le précieux sésame et porter un masque. « Nous exigerons la présentation du pass sanitaire à l’entrée », a indiqué le sénateur socialiste David Assouline au JDD. Lors de son meeting d’investiture, le 23 octobre à Lille, le pass était déjà exigé. Du côté des écologistes, la réunion publique d’Europe Ecologie-Les Verts prévue le 11 décembre à Laon (Aisne) est maintenue, mais elle ne réunira que quelques centaines de personnes. « Nous avons pris le parti de ne pas faire de grands rassemblements en raison du Covid-19 », a ainsi expliqué un proche de Yannick Jadot au JDD.

Vers des meetings aussi encadrés qu’un concert-test ?

Lieux clos, distanciation sociale quasi impossible, port du masque relatif, chants, absence d’aération… Pour Gilles Pialoux, ces meetings électoraux sont une « machine à clusters ». « Le virus se fout de la Constitution. On nous explique que ce n’est pas constitutionnel de demander le pass sanitaire » à l’entrée d’un meeting, « j’ai compris. Mais que les gens puissent arriver en car, non vaccinés ! », s’est indigné le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon (Paris). L’infectiologue a pris comme exemple les meetings d’Eric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon, ce week-end : « Il y a tout juste quelques images avec des gens masqués, mais vous voyez bien, au bout d’une demi-heure, les gens ont le masque sous le menton (…) Cela m’a stupéfait », a-t-il regretté.

« On sait que la transmission augmente beaucoup lorsque l’on chante ou que l’on crie sans masque en milieu clos », a abondé Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique et épidémiologiste à l’Institut Pasteur Arnaud Fontanet, auprès du Parisien. « Il faut montrer l’exemple. Comment on peut être candidat à la plus haute marche du podium politique et ne pas montrer l’exemple ? », s’est-il interrogé.

Le chef de service a préconisé que les partis politiques s’inspirent du concert-test d’Indochine, le 29 mai à l’AccorHotels Arena à Paris. Lors de l’évènement, les participants présents avaient dû porter un masque, présenter leur pass sanitaire et effectuer plusieurs tests antigéniques, avant et après le concert. Selon l’étude réalisée, il n’y avait pas eu de « surrisque d’infection » au coronavirus. Pour l’infectiologue, il faut « faire des meetings électoraux avec une recherche » sur la contamination du virus « sur la base du volontariat ».