Présidentielle 2022 : A Villepinte, la « démonstration de force » d’Eric Zemmour, émaillée d’incidents

REPORTAGE Le candidat à la présidentielle tenait son premier meeting à Villepinte en Seine-Saint-Denis, qui a été émaillé d'incidents

Thibaut Le Gal
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Premier meeting d'Eric Zemmour sous tension — 20 Minutes
  • Eric Zemmour est candidat à la présidentielle depuis mardi dernier.
  • Le candidat identitaire tenait son premier meeting à Villepinte en Seine-Saint-Denis.
  • Ses soutiens louent « la démonstration de force », alors que l’événement a été émaillé d’incidents.

A Villepinte (Seine-Saint-Denis),

Eric Zemmour avait promis sa « mue ». Candidat à la présidentielle depuis mardi, le polémiste voulait désormais enfiler des habits plus présidentiables. Finis les propos polémiques des dernières années. Terminé, le doigt d’honneur à une militante lors d’un déplacement à Marseille. Oublié, le «connard» lâché à Gilles Bouleau, le présentateur du JT de TF1, après une interview houleuse.

En baisse dans les sondages, le candidat identitaire réunissait dans l’après-midi ses soutiens, plusieurs milliers de personnes, lors de son premier meeting de campagne dimanche au Parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Drapeaux en main, les militants – beaucoup de jeunes – sont déjà chauds et chantent avant l’arrivée de leur champion. L’ambiance s’électrifie un peu lorsqu’une équipe de Quotidien est huée par la foule, et « exfiltrée » par les services de sécurité pendant quelques minutes pour apaiser les tensions.

« Zemmour doit rester Zemmour »

« C’est le moment de lancer la campagne. On a cinq mois pour convaincre les Français de nous rejoindre, quoi de mieux qu’une telle démonstration de force ? Avec ce meeting, Zemmour montre qu’il n’est pas soutenu que sur les réseaux sociaux », avance Dénis Cieslik, porte-parole des Amis d’Éric Zemmour, quelques minutes avant le début du meeting. « Il n’a pas vocation à continuer ce qu’il a fait par le passé. Son programme politique, ce ne sont pas les polémiques qu’on veut lui coller à la peau, mais son projet pour la France ».

Même topo chez un autre soutien, Antoine Diers. « On entre dans la campagne maintenant, la dynamique est là. Zemmour a bien conscience qu’il y a eu le temps de l’écrivain-chroniqueur, il entre désormais pleinement dans la peau du candidat. Mais tout ne va pas changer pour autant. Il ne va pas devenir l’énième politique bien lisse et bien peigné avec de beaux éléments dans langage. Zemmour doit rester Zemmour ».

« S’ils me détestent, c’est parce qu’ils vous détestent »

Après les prises de parole de plusieurs soutiens, le candidat entre en scène, dans un vacarme assourdissant. Lors de sa déambulation à travers la foule, Eric Zemmour est agrippé au cou par un individu, vite expulsé par la sécurité. Au micro, le candidat enfile ses lunettes et rassure les siens, en montrant vite qu’il n’a pas mis une seule goutte d’eau dans son vin. « Près de 15 000 Français qui ont bravé le politiquement correct, les menaces de l’extrême gauche et la haine des médias », lance-t-il, alors que des personnalités politiques et des associations avaient appelé à manifester contre la tenue du meeting, pour «faire taire Eric Zemmour».

L’ancien journaliste attaque d’emblée « la meute » : ses adversaires politiques mais aussi les médias. « Depuis des mois, mes meetings agacent, les salles sont pleines à craquer. Mes adversaires veulent ma mort politique, les journalistes veulent ma mort sociale et les djihadistes veulent ma mort tout court. […] S’ils me détestent, c’est parce qu’ils vous détestent. Le véritable objet de leur courroux c’est vous. Ils croient être nos ennemis, ils sont nos meilleurs alliés ». Très à l’aise, l’ancien éditorialiste du Figaro joue avec la foule. « Moi fasciste ? Je suis le seul à défendre la liberté de penser et de débattre ». Le candidat balaie aussi les accusations de misogynie et de racisme. « Certains m’ont dit que j’étais brutal. Oui ça peut arriver car mon engagement est total. Je suis un passionné. Pendant trois mois, j’ai voulu imposer la survie de la France ».

L’ambiance redevient électrique. Un autre individu est exfiltré par les services de sécurité sous les huées des militants. Au fond de la salle, ça s’agite. Selon l’AFP et plusieurs vidéos sur Twitter, des militants de l’association SOS racisme sortent des t-shirts « Non au racisme », avant d’être violemment pris à partie par d’autres personnes.

Violences contre Emmanuel Macron, violences dans la salle

Sur scène, Eric Zemmour appelle ses soutiens à rejoindre son nouveau parti : Reconquête. « La reconquête est désormais lancée. La reconquête de notre économie, de notre sécurité, de notre identité, de notre souveraineté, la reconquête de notre pays ». Il promet «l’immigration zéro», et dévoile quelques propositions sur le régalien, comme l’expulsion des délinquants étrangers, qu’il dit vouloir soumettre à référendum.

Pour finir, Eric Zemmour cible ses adversaires, Valérie Pécresse, désignée par Les Républicains samedi. « Croyons-là sur parole quand elle se réclame de Chirac : elle vous promettra tout et elle ne tiendra rien». Mais ses attaques les plus dures sont adressées à Emmanuel Macron, ce «mannequin de plastique», qu’il accuse d’avoir « vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture […] parce qu’il est à lui tout seul, le grand vide, le gouffre ». Avant d'entamer la Marseillaise, le candidat imagine déjà battre le président sortant. «En 2022, ce n’est pas la personne d’Emmanuel Macron que nous allons vaincre, mais mieux, son idéologie».