Présidentielle 2022 : Condamné pour racisme et plusieurs fois relaxé… Où en est Eric Zemmour avec la justice ?

JUSTICE Les sorties controversées et provocatrices d’Eric Zemmour sur l’islam ou les immigrés lui ont valu une quinzaine de procédures judiciaires et plusieurs condamnations

Thibaut Chevillard
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Eric Zemmour lors d'un meeting.
Eric Zemmour lors d'un meeting. — BUFKENS CEDRIC/SIPA
  • Le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour a officialisé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2022, ce mardi, dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube.
  • Depuis plus de dix ans, ses sorties provocatrices sur l’islam, les immigrés ou l’histoire de France lui ont valu une quinzaine de procédures judiciaires.
  • Poursuivi pour injure raciale, provocation à la haine ou contestation de crime contre l’humanité, l’ex-journaliste a toutefois plus souvent été relaxé que condamné.
  • Il sera fixé en janvier pour ses propos sur les mineurs migrants.

« La disparition de notre civilisation », l’immigration, l’« islamogauchisme »… Dans une vidéo au ton dramatique, l’ex-journaliste et polémiste d’extrême droite, Eric Zemmour, a officialisé ce mardi sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Dans cette allocution d’une dizaine de minutes aux accents davantage trumpiens que gaullistes, il affirme se présenter au suffrage universel « pour que nos filles ne soient pas voilées et que nos fils ne soient pas soumis ». Un programme déroulé depuis une décennie sur les plateaux de télévision. Les étrangers et l’islam font en effet partie de ses thèmes obsessionnels, ce qui lui a valu, à plusieurs reprises, d’être poursuivi en justice. Et à deux reprises d’être condamné.

Sa dernière comparution remonte au 17 novembre dernier. Absent ce jour-là au tribunal, Eric Zemmour était jugé pour ses propos controversés sur les migrants mineurs isolés. Lors d’un débat sur CNews le 29 septembre 2020, après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, le chroniqueur avait affirmé : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. » « C’est une invasion permanente », avait-il insisté.

Deux condamnations définitives…

Une trentaine d’associations et une vingtaine de conseils départementaux s’étaient constitués parties civiles. Pour la procureure, « les limites de la liberté d’expression ont été franchies ». A l’audience, la magistrate a requis à son encontre 10.000 euros d’amende, avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement. La décision du tribunal a été mise en délibéré et sera rendue le 17 janvier prochain.

Ce n’était pas la première fois que le polémiste dérapait sur un plateau télé. Le 6 mars 2010, invité à participer à l’émission de sur de Thierry Ardisson Salut les Terriens sur Canal+, il affirmait que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est comme ça, c’est un fait ». Le même jour, il ajoutait sur France Ô que les employeurs avaient « le droit » de ne pas vouloir recruter des Arabes ou des Noirs. Poursuivi par plusieurs associations antiracistes, il a été condamné dans ce dossier  en février 2011 à 2.000 euros d’amende avec sursis pour provocation à la haine raciale. Cette condamnation est définitive puisqu’il n’a pas fait appel de la décision.

Six ans plus tard, rebelote. Sur le plateau de C à vous, sur France 5, Eric Zemmour déclare que la France vit « depuis trente ans une invasion » avec, dans certaines banlieues, une « lutte pour islamiser un territoire ». Il estimait aussi qu’il fallait donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France ». La cour d’appel a estimé, en mai 2018, que ces deux passages « visaient les musulmans dans leur globalité et constituaient une exhortation implicite à la discrimination ». Elle l’a condamné pour provocation à la haine religieuse à 5.000 euros d’amende. Son pourvoi en cassation est rejeté, la peine est donc définitive. Il a saisi toutefois en 2019 la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui n’a pas encore examiné sa requête.

Et plusieurs relaxes

Une affaire est toujours en cours. Lors d’une « Convention de la droite » organisée par des proches de l’ex-députée du Front national Marion Maréchal le 28 septembre 2019, Eric Zemmour avait prononcé un discours fustigeant des immigrés « colonisateurs » et une « islamisation de la rue ». Le journaliste y avait également décrit le voile et la djellaba comme « les uniformes d’une armée d’occupation ». Poursuivi pour « injure et provocation à la haine », il a été condamné en première instance à une peine de 10.000 euros d’amende. Mais le 8 septembre 2021, il a été relaxé par la cour d’appel de Paris. Le parquet général et les associations antiracistes parties civiles ont formé un pourvoi en cassation.

Eric Zemmour a aussi été relaxé dans d’autres affaires portées devant les tribunaux. En juin 2016, la cour d’appel de Paris avait confirmé la relaxe de l’éditorialiste qui était jugé pour provocation à la haine et diffamation raciales. En cause, une chronique de 2014 sur RTL où il dénonce « les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent ». Le tribunal correctionnel l’avait déjà relaxé en septembre 2015 au motif que les communautés visées ne l’étaient pas dans leur ensemble.

En octobre 2014, dans une interview accordée au quotidien italien Il Corriere Della Sera, il affirme que les musulmans « ont leur Code civil, c’est le Coran ». Jugé pour incitation à la haine anti-musulmans, Eric Zemmour est condamné en première instance à 3 000 euros d’amende. Le jugement a été confirmé en appel en novembre 2016. Mais la Cour de cassation ayant annulé sa condamnation, il a été rejugé. Et cette fois, il a été relaxé pour une question juridique, la présidente estimant qu'« il n’est pas prouvé qu’Eric Zemmour, poursuivi en tant qu’interviewé, savait que ce journal était publié en France » et que « ses propos seraient diffusés en France et sur le site Internet du Corriere della Sera ».

Des procès à venir

Il y a également les procès à venir impliquant le nouveau candidat à la présidentielle. En décembre 2020, Eric Zemmour a comparu pour « contestation de crime contre l’humanité ». Face au philosophe Bernard-Henri Lévy, il avait affirmé en 2019 sur CNews que le maréchal Pétain avait « sauvé » les Juifs français. En février 2021, le tribunal l'a relaxé car ses propos ont été prononcés « à brûle-pourpoint lors d’un débat sur la guerre en Syrie ». Les parties civiles ont fait appel. Une nouvelle audience doit se tenir en janvier 2022.

Eric Zemmour aura d’autres occasions de retrouver les prétoires l’année prochaine. Il doit aussi être jugé pour avoir qualifié le prénom de la chroniqueuse Hapsatou Sy d'« insulte à la France ». Cette dernière avait porté plainte pour « injure raciste ». Il doit également comparaître en octobre 2022 pour « injure raciale » contre la députée La France Insoumise Danièle Obono, indique France Inter. Et les ayant droits de certaines séquences utilisées par le candidat dans sa vidéo d’annonce de candidature, ce mardi, ont annoncé réfléchir à engager des poursuites. Une menace qui ne semble pas inquiéter le polémiste : « Les querelles de juristes », ça ne m’intéresse pas, a-t-il déclaré ce mardi soir sur TF1.

Enfin, le candidat d’extrême droite a intenté plusieurs actions en justice contre des journaux. Ses avocats ont annoncé récemment leur intention d’attaquer en justice le magazine Closer qui affirme, dans son numéro publié vendredi dernier, que sa conseillère Sarah Knafo attend un enfant de lui. Mi-octobre, Eric Zemmour avait déjà assigné en justice plusieurs magazines pour atteinte à la vie privée, notamment Paris Match, qui a fait sa une fin septembre sur « sa très proche conseillère » Sarah Knafo, et Voici, pour des photos et un article relatant la proximité entre les deux.