Présidentielle 2022 : « Il fallait passer à autre chose… » Eric Zemmour se lance dans la bataille pour redynamiser sa campagne

RELANCE L'ex-chroniqueur de CNews, en campagne depuis plusieurs semaines, a officialisé sa candidature à l'Elysée ce mardi

Thibaut Le Gal
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Eric Zemmour se déclare candidat sur sa chaîne YouTube.
Eric Zemmour se déclare candidat sur sa chaîne YouTube. — YT/SIPA
  • Après des semaines de faux suspense, Eric Zemmour a confirmé qu’il était candidat à la présidentielle 2022 ce mardi.
  • « Il n’est plus temps de réformer la France, mais de la sauver », a-t-il annoncé dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube.
  • En difficulté ces derniers jours, le candidat identitaire veut entamer un nouveau chapitre pour redynamiser sa campagne.

« Il n’est plus temps de réformer la France, mais de la sauver. C’est pourquoi j’ai décidé de me présenter à l’élection présidentielle. » Après des semaines de faux suspense, Eric Zemmour s’est officiellement lancé dans la bataille. L’ancien polémiste de CNews a annoncé sa candidature à la fonction suprême, ce mardi midi, dans une vidéo de dix minutes, visionnée plus d'un million de fois sur sa chaîne YouTube. Ciblant l’immigration et s’adressant à ceux qui « se sentent étrangers » dans leur « propre pays », le candidat identitaire dit vouloir « sauver le pays du destin tragique qui l’attend ». Et peut-être aussi sauver sa propre campagne.

En baisse dans les sondages et isolé politiquement, Eric Zemmour tente, avec cette déclaration de candidature, de reprendre la main après une période difficile, émaillée de polémiques ayant entaché son image de présidentiable.

« Cette candidature tourne une page de sa campagne »

Son dernier déplacement, ce week-end à Marseille, a mis en lumière les maux de sa pré-campagne. Isolé et accueilli par des manifestants hostiles, l’ancien journaliste du Figaro a écourté ses visites de terrain : une déambulation d’une quinzaine de minutes sous escorte dans le quartier du Panier et une marche annulée sur le Vieux-Port. Le tout ponctué par un doigt d’honneur adressé à une opposante. Capturé par un photographe de l’AFP, le geste a été fustigé par l’ensemble de la classe politique, à l’image de ses sorties controversées sur le 13 novembre devant le Bataclan ou sur les victimes de Mohammed Merah.

De quoi enrayer, selon ses adversaires, sa mue présidentielle. « Il n’a pas de programme, pas d’équipe, pas de maîtrise de soi. Après avoir donné des leçons à la Terre entière, il démontre qu’il n’a pas le sérieux qu’exige la fonction », tacle Sébastien Chenu, député du RN proche de Marine Le Pen. Dans un sondage Ifop publié à la mi-novembre, seuls 14 % des Français estiment qu’il a la « stature d’un président de la République ».

« Eric Zemmour a reconnu avoir répondu de manière inélégante à la violence et la haine de l’extrême gauche à son encontre, réplique Benjamin Cauchy, l’un de ses porte-paroles. Mais ce doigt d’honneur est le dernier geste du polémiste. Ce chapitre est terminé, il fallait passer à autre chose. L’officialisation de candidature tourne une page de sa campagne », ajoute l’ex-« gilet jaune », ancien proche de Nicolas Dupont-Aignan.

« Il a compris que les Français attendaient de lui une attitude de rassembleur »

Pour retrouver de l’allant, Eric Zemmour a donc tenté un coup pour l'annonce de sa candidature. Assis derrière un micro d’époque, l’homme de 63 ans mime l'appel du général de Gaulle en 1940 dans une bibliothèque. Un discours grave, sur fond d’images dramatiques et nostalgiques, le tout sur une symphonie de Beethoven. « C’est la description réelle d’un pays meurtri qu’il faut sauver, d’une réalité dure que vivent les Français, agressés dans la rue ou dans le métro. Il dresse un constat sombre mais pour offrir un espoir de retrouver la grande France industrielle, fière de sa tradition et de son histoire », avance Matthieu Louves, porte-parole de l’association des Amis d’Eric Zemmour.

Malgré les doutes jusqu’en interne, le lâchage de quelques soutiens, les ennuis judiciaires, ses partisans ne s’inquiètent pas. Distancé par Marine Le Pen dans les sondages, l’écrivain réactionnaire ne s’est pas effondré (entre 13 et 15 % dans les sondages) et assure avoir récolté plus de 250 parrainages. Sur la sécurité, la justice ou l’immigration, ses propos trouvent toujours un écho dans l’opinion, comme le montrent une large enquête de l'Ifop. Son entourage espère que cette semaine décisive, conclue par son premier grand meeting à Paris, dimanche, et le lancement de son parti, redonnent de l’élan à sa campagne.

Le timing n’est d’ailleurs pas anodin : la séquence va empoisonner encore un peu plus la campagne des Républicains, qui organisent un dernier débat ce mardi soir, avant le résultat de leur scrutin interne samedi prochain. Eric Zemmour, qui a toujours indiqué vouloir capter l’électorat de droite, en a-t-il fini avec les controverses ? « Il est plus déterminé que jamais, il a compris que les Français attendaient de lui une attitude de rassembleur, glisse Antoine Diers, l’un de ses premiers soutiens. Il montrera désormais plus souvent l’homme humble et sympathique qu’il est. »

Quitte à ne plus évoquer son ancienne vie ? Sur le plateau de TF1, ce mardi soir, Eric Zemmour a refusé de commenter ses anciens livres. « Je ne suis plus l’écrivain, je ne suis plus le journaliste. Aujourd’hui […], ma mue est faite. »