Crise aux Antilles : Sébastien Lecornu va rencontrer l’intersyndicale à Pointe-à-Pitre

CRISE SOCIALE Née du refus de l’obligation vaccinale pour soignants et pompiers, la crise en Martinique et en Guadeloupe s’est étendue à des revendications politiques et sociales

20 Minutes avec AFP
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Un barrage bloque l'accès sur une voie secondaire au quartier de Pliane au Gosier, en Guadeloupe.
Un barrage bloque l'accès sur une voie secondaire au quartier de Pliane au Gosier, en Guadeloupe. — Elodie Soupama / 20 Minutes

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu doit rencontrer lundi l’intersyndicale en Guadeloupe, secouée par une violente crise sociale, comme la Martinique voisine où il doit poursuivre sa mission mardi.

Comme la précédente, la nuit de dimanche à lundi a cependant été plus calme dans les deux îles caribéennes distantes de 120 kilomètres Seul un « petit accrochage » était à déplorer en Guadeloupe, selon une source policière.

« Un Etat qui dialogue »

du refus de l'obligation vaccinale pour soignants et pompiers, le mouvement s’est étendu à des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère, dans ces îles françaises au fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes. Sébastien Lecornu, arrivé dimanche en Guadeloupe, a indiqué lors d’une adresse aux médias à Baie-Mahault, sans répondre aux questions, qu’il rencontrerait lundi matin à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre « une dizaine de personnes » issues de l’intersyndicale, « pour échanger sur les revendications sanitaires ».

Il a répété que l’obligation vaccinale, repoussée au 31 décembre, ne serait pas levée, car « les lois de la République ont vocation à s’appliquer » dans les Antilles françaises. « Je ne suis pas venu ici pour incarner un Etat faible, mais (je suis venu pour incarner) aussi évidemment un Etat qui dialogue » a ajouté Sébastien Lecornu. Selon Max Evariste, du syndicat FO, l’intersyndicale « ne peut pas imaginer qu’il y aura des décisions de prises (lors de la visite), puisqu’il ne vient qu’une journée ».

L’intersyndicale souhaite que « l’ensemble » des organisations participent à la réunion et réclame des « vraies négociations », la « réintégration des personnes suspendues » avec tous leurs droits, mais également la « libération de tous ceux qui ont été condamnés » après les violences. Cette dernière demande a « plus que choqué » le ministre des Outre-mer, qui a répété que les personnels rétifs à la vaccination seraient accompagnés pour « créer les conditions de leur mobilité professionnelle ». Ces négociations doivent débuter lundi.

L’autonomie en débat

Sébastien Lecornu doit aussi s’entretenir lundi en Guadeloupe avec « des élus locaux et des acteurs économiques », a indiqué le ministère, comme le lendemain en Martinique où il rencontrera également l’intersyndicale. Cette dernière, l’Etat et les élus locaux ont signé un « accord de méthode » pour tenter de sortir de la crise, a indiqué la préfecture dans un communiqué. Sept thématiques (santé, jeunesse, vie chère dont prix des carburants et du gaz, transports, chlordéconomie, pêche, culture), correspondant aux problématiques majeures, feront l’objet à partir de lundi de discussions.

« Les conditions de mise en œuvre de l’obligation vaccinale » seront en particulier abordées, précise la préfecture de Martinique. En métropole, les oppositions, notamment à droite, continuent de fustiger la nouvelle position du gouvernement, « prêt », selon Sébastien Lecornu vendredi, à évoquer la question de davantage d'autonomie pour la Guadeloupe. « C’est l’unité du pays qui est en cause », a protesté lundi Michel Barnier, candidat à l’investiture LR à la présidentielle. « C’est de l’amateurisme, de la diversion », a renchéri son rival Xavier Bertrand pour qui le gouvernement est « prêt à laisser démanteler » la France en « lâchant aujourd’hui la Guadeloupe ».

« Une manière de divertir le débat »

Pour le candidat écologiste Yannick Jadot, c’est aussi « une manière de divertir le débat » alors que « l’urgence, là, c’est de faire du social, d’investir dans les services publics notamment, l’hôpital, le CHU… ». Le débat sur l’autonomie n’est « évidemment pas le débat sur l’indépendance », a temporisé le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en citant l’exemple de la Polynésie française à l’autonomie renforcée depuis 1996.

Pour Gérald Darmanin, ce sont « les élus de Guadeloupe qui ont demandé ce débat sur l’autonomie. On ne peut pas à la fois dire que le gouvernement n’écoute pas les élus et, quand il les écoute, dire "il écoute trop les élus". » Dans un communiqué, les élus guadeloupéens ont estimé que la « priorité actuelle » était « la sortie de crise » et que « la domiciliation locale du pouvoir de décision (était) une question qui (devait) être abordée en temps et en heure ».