Guadeloupe : Sébastien Lecornu provoque une polémique en évoquant l’autonomie de l’île

CRISE La droite et le Rassemblement national dénoncent un calcul politique de la part du gouvernement et un danger pour « l’unité de la Nation »

20 Minutes avec AFP
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Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu s'est défendu dans l'hémicycle.
Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu s'est défendu dans l'hémicycle. — Jacques Witt/SIPA

En pleine crise sociale aux Antilles, le gouvernement ouvre un débat sur la question institutionnelle d’une plus grande autonomie de la Guadeloupe, et se voit immédiatement accusé de lâchage, ou de recul face aux manifestants, par l’opposition de droite. Dans une allocution télévisée vendredi soir, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a expliqué que « la question de l’autonomie » a été posée, « en creux », par les élus locaux eux-mêmes lors des discussions avec le gouvernement pour tenter de trouver une porte de sortie à la mobilisation, aux revendications multiples et émaillée de violences.

« D’après eux, la Guadeloupe pourrait mieux se gérer elle-même », et « ils souhaitent moins d’égalité avec l’Hexagone, plus de liberté de décision par les élus locaux », a rapporté le ministre, assurant que « le gouvernement est prêt à en parler, du moment que ces débats servent à résoudre les vrais problèmes » des Guadeloupéens. Ses propos ont provoqué une volée immédiate de critiques à droite et au RN.

« L’unité de la Nation » remise en cause

Le candidat à l’investiture des Républicains pour la présidentielle Xavier Bertrand a fustigé cette proposition de « moins d’État ». Ce qui est « en jeu, c’est l’unité de la Nation », a mis en garde son concurrent LR Michel Barnier, tandis que pour Éric Ciotti, également dans la course à l’investiture, « avec Macron, la République cède et recule face à la violence ». La candidate du RN Marine Le Pen a, elle, accusé le gouvernement d’être « prêt à lâcher la Guadeloupe » pour « essayer d’acheter les indépendantistes radicaux ».

D’autres estiment qu’il se trompe de terrain en avançant une réponse institutionnelle à une crise profondément sociale. Cela « crée de la confusion » et « ne règle pas les problèmes » sociaux, a ainsi estimé Yves Jégo (Agir), ex-secrétaire d’État à l’Outre-mer, sur LCI ce samedi, exhortant plutôt à « un new deal économique » aux Antilles. Mais une source gouvernementale, citant « les précédents » des crises de 2009 aux Antilles et 2017 en Guyane, estime que les « annonces de tarmac » lors de visites ministérielles « coûtent des millions et ne résolvent rien ».

Une réponse politique à la crise

Gouvernement et majorité réfutent cependant toute velléité d'« abandon » de l’archipel. Il s’agit de « construire une réponse adaptée à chacun », car « chaque territoire ultramarin est singulier », a expliqué dans un tweet ce samedi la présidente LREM de la commission des Lois de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, en disant « stop aux caricatures ».

Victorin Lurel, sénateur socialiste de Guadeloupe et ex-président du conseil régional, n’avait d’ailleurs pas hésité mercredi au Sénat à réclamer « une réponse politique », pas seulement « matérielle et financière ». « La question de confiance devra être tôt ou tard posée aux élites et au peuple guadeloupéens, celle du vouloir vivre ensemble : voulez-vous, oui ou non, rester dans l’ensemble français. Il faudra bien faire tomber les masques », avait-il lâché.

Un cas différent de la Martinique

Les propos de Sébastien Lecornu posent la question du degré d’autonomie. Il a bien pris soin de ne citer que la Guadeloupe, à la fois département et région d’Outre-mer, deux institutions qui se superposent, ce qui peut complexifier les relations avec Paris, et non la Martinique, collectivité territoriale unique depuis le 1er janvier 2016.

Selon la source gouvernementale, le gouvernement a en tête le statut de la Polynésie française, à la large autonomie conformément à l’article 74 de la Constitution, notamment en matière de gestion sanitaire, protection sociale et développement économique, le tout en s’appuyant sur un financement local.

L’exemple de la Polynésie

La Polynésie dispose d’une Assemblée : Elle vote des lois et élit un président qui compose son gouvernement. Si les missions de l’État y sont limitées au champ régalien (défense, sécurité, justice, monnaie), un tel modèle n’empêche pas que celui-ci « reste solidaire », souligne la source gouvernementale, notamment en cas de crise.

Pour le gouvernement, ouvrir ce débat pourrait permettre de placer les élus guadeloupéens face à leurs responsabilités. « C’est aussi aux élus locaux d’aller au bout des débats qu’ils peuvent initier sur des questions comme l’autonomie », a insisté le ministre délégué chargé des Comptes publics Olivier Dussopt samedi sur LCI, en niant toute tentative de gagner du temps face aux manifestants.