Présidentielle 2022 : La majorité lance sa « maison commune », pour quoi faire ?

CAMPAGNE LREM et les partis de la majorité présidentielle lancent « Ensemble citoyens ! » ce lundi, la marque qui devrait accompagner les macronistes pour la réélection d'Emmanuel Macron

Rachel Garrat-Valcarcel
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Edouard Philippe, Stanislas Guérini et François Bayrou, lors de la rentrée de la majorité, en 2019, à Bordeaux. (archives)
Edouard Philippe, Stanislas Guérini et François Bayrou, lors de la rentrée de la majorité, en 2019, à Bordeaux. (archives) — AMEZ / ROBERT/SIPA
  • Le contrat locatif est enfin prêt à être signée : la « maison commune » de la majorité présidentielle va enfin être lancée ce lundi.
  • Mais loin d’une coloc, « Ensemble citoyens ! » ressemble davantage à une copropriété où chacun reste chez soi.
  • En coulisses, les proches d’Edouard Philippe semblent avoir pris l’avantage sur le MoDem, qui voulait un rapprochement plus important entre les partis pro-Macron.

Si, depuis son élection à l’Elysée, Emmanuel Macron a semblé montrer peu d’intérêt pour les considérations partidaires, d’autres l’ont fait pour lui. Dans la majorité, les dernières semaines ont été en bonne partie occupées par la construction d’une « maison commune » – selon l’expression désormais consacrée – pour réunir tous les partis pro-Macron. L’inauguration de cette nouvelle entité, baptisée « Ensemble citoyens ! », aura lieu lundi soir à la Mutualité, à Paris.

Contrairement à l’image monolithique que donne souvent la majorité présidentielle, La République en marche, le navire amiral, est en fait accompagné d’une myriade de petits partis de centre gauche et de centre-droit. Il y a bien sûr le Mouvement démocrate (de François Bayrou), mais également Agir (qui réunit des anciens LR et UDI), Territoires de progrès et En Commun (pour les « macronistes de gauche ») et depuis quelques semaines  également Horizons, le nouveau parti d’Edouard Philippe. Autant de partis qui garderont leur indépendance au sein de la nouvelle formation.

« Ça marche déjà »

Mais alors, quoi de neuf sous le soleil ? « L’objectif est double, explique Maud Bregeon, porte-parole de La République en marche. D’abord, il s’agit de se rassembler autour de cette organisation pour la présidentielle. Et puis nous voulons inscrire dans la durée et dans le paysage politique cette place centrale qu’on occupe aujourd’hui. Une place que cette structure permet de consolider. »

Dans l’aile gauche de la majorité, comme à Territoire de progrès, la députée Catherine Osson reconnaît qu’« Ensemble citoyens ! » ne constitue pas un « énorme changement ». « En vérité, les parlementaires travaillent déjà en commun. Sur les textes importants, la ''maison commune'' marche déjà », assume l’élue du Nord. L’événement de lundi soir et la nouvelle structure, même si elle n’est pas très contraignante, vont surtout permettre de « démontrer le rassemblement » de la majorité. Là-dessus, ses différentes composantes sont sur la même ligne.

Déception chez les centristes

Mais on est assez loin de la grande force politique que voulait créer François Bayrou à la rentrée, ou du « grand parti démocrate français » appelé de ses vœux par Stéphane Séjourné, désormais chef du groupe libéral au Parlement européen. A ce jour, « Ensemble citoyens ! » ressemble davantage à une étiquette pour la cuvée électorale 2022. « On est déçus, mais on est quand même contents que ça se fasse », confie-t-on, un brin dépitée, une source au sein du MoDem. Et d’ajouter : « On n’est jamais satisfaits à 100 % dans un compromis. »

Sauf que, dans ce compromis, François Bayrou ne voyait pas forcément le nouveau parti d’Edouard Philippe, Horizons. « Pour nous, c’est un parti de droite. Avec qui on peut discuter, bien sûr, mais qui n’avait pas forcément vocation à entrer dans la "maison commune" », poursuit la source centriste. Les relations entre François Bayrou et l’ancien Premier ministre sont notoirement mauvaises. Edouard Philippe ne voulait pas d’une nouvelle entité trop intégrée et s’est fait prier pour y venir, LREM ne voulant pas le voir trop s’éloigner.

Satisfecit chez Edouard Philippe

Ainsi, chez Horizons, le résultat des négociations pour la maison commune est « bien sûr » un « succès », souffle un proche d’Edouard Philippe à 20 Minutes. Dans l’entourage de l’ex-locataire de Matignon, on ne cache pas une volonté de se projeter à plus court terme que le patron du MoDem : « Bayrou était légitime à vouloir construire sa force politique centrale pour les 30 prochaines années. Nous, on voulait s’entendre pour les prochains scrutins, et après on verra comment on avance. » Ce cadre d’Horizons insiste sur la « souplesse » exigée par Edouard Philippe pour la nouvelle entité macronienne.

Une souplesse qui n’empêche toutefois pas des projets des fusions, notamment celle prévue entre Agir et Horizons, sur l’aile droite. Le MoDem n’exclut pas non plus une intégration plus forte avec La République en marche. « En réunion de groupe, François Bayrou a comparé le fonctionnement de la "maison commune" à celui de l’Union européenne, avec des coopérations renforcées pour les partis qui le veulent », dit un membre du Mouvement démocrate. Chez les macronistes, on est vraiment européens jusqu’au bout des doigts.