Présidentielle 2022 : Les femmes, talon d'Achille de la future campagne d'Eric Zemmour ?

VOTE Le polémiste, candidat quasi déclaré à la présidentielle, est régulièrement qualifié de « misogyne » et accusé de « sexisme » par ses adversaires politiques.

Thibaut Le Gal
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Eric Zemmour lors d'un meeting.
Eric Zemmour lors d'un meeting. — UGO AMEZ/SIPA
  • Eric Zemmour devrait se déclarer candidat à la présidentielle la semaine prochaine.
  • Ses adversaires politiques l’accusent de tenir des propos « misogynes » et « sexistes ».
  • L’intéressé s’en défend mais, dans les sondages, il accuse néanmoins un retard de cinq à dix points dans l’électorat féminin.

« Moi, j’écris mes livres, ils ne sont pas écrits par des communicants. Après on va chercher des bouts de phrases et je suis obligé de donner le contexte… » Eric Zemmour n’était pas très à l’aise, lundi matin, sur France info. Le polémiste, qui devrait se déclarer candidat à la présidentielle la semaine prochaine, a dû s’expliquer sur des écrits concernant les femmes. L’ancien journaliste du Figaro est régulièrement qualifié de « misogyne » et accusé de «  sexisme » par ses adversaires politiques. Et l’argument semble trouver un écho dans l’opinion : l’ex-chroniqueur de Cnews accuse un retard dans l’électorat féminin. Un handicap pour la présidentielle de 2022 ?

Ses attaques contre « la féminisation de la société » font polémique

Dès 2006, Eric Zemmour s’attaque à ce qu’il nomme la « féminisation de la société » dans son pamphlet Le Premier sexe. « La société unanime somme les hommes de révéler la féminité qui est en eux. Avec une bonne volonté confondante, suspecte, malsaine, les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour réaliser ce programme ambitieux : devenir une femme comme les autres », écrit-il alors. Cette évolution « antiviriliste » de la société serait, selon lui, responsable de « catastrophes et de souffrances ».

Dans son dernier livre, La France n’a pas dit son dernier mot, Eric Zemmour voit dans l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn en 2011 l’illustration de sa thèse : « DSK, menottes derrière le dos entre deux cops new-yorkais, marchant tête baissée, c’est un renversement de mille ans de culture royale et patriarcale française. C’est une castration de tous les hommes français », écrit-il. Ces dernières années, sur les plateaux télé, ses propos sur la sexualité, le partage des tâches ménagères ou la féminisation de certains métiers – dont la politique – suscitent également la controverse. Et lui reviennent, aujourd’hui, comme un boomerang.

« Sa vision de la femme est anachronique »

« Zemmour, c’est le candidat qui ne gagne pas à être connu. Sa vision de la femme est anachronique. Il n’a pas fini de ramer, avec toutes ses déclarations… », tacle un élu RN proche de Marine Le Pen. Après avoir longtemps hésité sur la stratégie à adopter face à ce concurrent, le Rassemblement national a trouvé là un angle d’attaque. « Il a manifestement un problème avec les femmes. Il a une vision très dégradée des femmes. […] Quand il laisse entendre que les Françaises se seraient données aux Allemands puis aux Américains [pendant la Seconde Guerre mondiale], oui, ça m’a blessée », a insisté au début du mois sur BFMTV Marine Le Pen, qui n’hésite plus à (sur) jouer son rôle de femme et de mère dans les médias.

A droite, à gauche et dans la majorité, les critiques fusent. « Zemmour est un mélange de Jean-Marie Le Pen et de Trump. Il utilise la campagne pour faire sa propre psychanalyse, sur les femmes comme sur les étrangers », balance un député, cadre de La République en marche. La politique est un jeu cruel : tous ont vu la faille du futur candidat dans les sondages et se sont engouffrés dans la brèche. Dans les enquêtes, Eric Zemmour accuse un retard de cinq à dix points dans l'électorat féminin.

« C’est très rare qu’un candidat à la présidentielle ait un tel différentiel homme-femme. Ce gender gap rappelle celui de Jean-Marie Le Pen, qui avait un électorat beaucoup plus masculin, analyse Frédéric Dabi, directeur opinion de l’Ifop. Ca pourrait devenir un vrai handicap pour accéder à l’Elysée, d’autant que les inégalités sexuelles et les violences sexistes sont des sujets brûlants dans l’opinion, notamment chez les jeunes. » Eric Zemmour est par ailleurs accusé d’agressions sexuelles, selon plusieurs témoignages de femmes recueillis par Mediapart. « Pas de plainte, des affirmations… comment voulez-vous répondre à cela ? Ça fait partie des attaques obligées : le sexisme, le racisme, l’extrémisme… Tout cela ne tient pas, dans un moment de campagne politique », balaie à Franceinfo son avocat.

La contre-offensive du camp Zemmour

Ces dernières semaines, le camp Zemmour a lancé la contre-offensive. Le collectif Les femmes avec Zemmour publie chaque jour sur les réseaux sociaux des photos de soutiens à sa candidature. « Il existe des militantes pro-Zemmour, des jeunes comme des plus âgées, venues de tout horizon », défend Marie Durand, la responsable du mouvement, élue municipale à Elbeuf (Seine-Maritime) sous l’étiquette Debout la France et RN. Le collectif revendique 2.500 partisanes et s’affiche désormais avec de larges banderoles derrière l’homme de 63 ans à ses meetings.

« Eric Zemmour défend les femmes sur des vrais sujets : quand elles ont peur de se faire agresser dans la rue ou dans les transports, quand elles ne peuvent pas s’habiller en jupe dans certains quartiers, ou quand elles sont harcelées sur Internet comme Mila. Les néoféministes se taisent sur ces sujets, préférant parler d’écriture inclusive et de budget genré », tranche cette ingénieure de 24 ans, qui dit par ailleurs ne pas être gênée par les propos de son champion, des « phrases sorties de leur contexte ».

L’intéressé s’est aussi défendu ces dernières semaines en ciblant l'immigration, qu’il estime principale responsable des violences faites aux femmes. Il a également assuré qu'il ne reviendrait pas sur le droit à l'avortement, malgré des propos parfois ambigus sur l'IVG. Eric Zemmour devra probablement faire plus s’il souhaite rattraper son retard auprès de l’électorat féminin. Selon une étude de la fondation Jean Jaurès, publiée en novembre, deux femmes sur trois se disent inquiètes pour leurs droits s’il était un jour élu à la présidence de la République.