Les socialistes cherchent à tirer les leçons de la victoire d'Obama

POLITQUE Howard Dean, président du parti démocrate américain pendant l'investiture d'Obama, expert en usage de l'Internet politique, était invité à Paris ...

Emile Josselin

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 Howard Dean, le 6 novembre 2008 à Washington, après l'élection de Barack Obama.
 Howard Dean, le 6 novembre 2008 à Washington, après l'élection de Barack Obama. — WENN/SIPA

D'un côté, un invité de luxe: Howard Dean, le président du parti démocrate américain, candidat malheureux à la primaire en 2004, fut un des premiers à utiliser Internet comme outil de mobilisation politique. De l'autre,  une question de taille: quelles leçons pratiques tirer pour la gauche de la victoire de Barack Obama? Invité par la fondation Terra nova, Howard Dean a déjeuné avec des journalistes puis tenu une réunion publique samedi à Paris, aux côtés des députés socialistes Arnaud Montebourg et Delphine Batho.

Les deux élus se sont d'ailleurs rendus aux Etats-Unis il y a quelques semaines, pour échanger avec l'équipe de campagne d'Obama. Et comprendre comment celle-ci a réussi à "projeter deux millions de militants sur le terrain", dixit le président de Terra nova, Olivier Ferrand. Selon lui, sans le travail du parti démocrate, "Barack Obama n'aurait jamais pu voir le jour. Le réseau social My Barack Obama, les micros-dons, les techniques de porte à porte: tout cela a été soit transféré soit adapté à partir du travail du parti démocrate". Ca tombe bien, Howard Dean, en était le président à l'époque, de 2005 à début 2009.

Pour mobiliser les militants sur le terrain, selon Howard Dean, l'essentiel est "d'ouvrir le processus", car "les gens dehors peuvent tout rendre possible". Les démocrates ont donc très largement décentralisé leur parti, et donné plus de pouvoir aux militants et sympathisants locaux, après les avoir formés et dotés d'outils web: "les militants ont animé de nombreuses réunions seuls, car nous leur avons donné une opportunité comme personne auparavant". Une reprise de la méthode Royal et son fameux "mon équipe de campagne, c'est vous" de 2007, comme l'ex-candidate l'avait affirmé pour plaisanter? "Nous sommes effectivement venus ici trois semaines avant le premier tour. Donc ce n'est pas entièrement faux" a-t-il répondu. L'essentiel pour quadriller le terrain étant la "discipline" et "l'organisation", des mots que l'ancien gouverneur du Vermont a répété à loisir.

Primaire

Et puis il a bien sûr la question de la primaire: les socialistes français s'y sont déchirés là où les démocrates américains en tiré parti. "Ce fut tout de même un progrès dans l'évolution de la gauche et du parti", tempère Arnaud Montebourg, qui penche pour une primaire ouverte aux sympathisants. Pour que la sélection ne génère pas de divisions trop profondes, Howard Dean préconise le "vote préférentiel": à chaque tour de la primaire, les électeurs doivent choisir le candidat qu'ils préfèrent, et le candidat arrivé en dernier est éliminé. "Du coup, vous ne pouvez plus lancer d'attaques personnelles contre vos opposants, parce que vous avez besoin du report de leurs voix."

Une large ouverture aux sympathisants est-elle possible aujourd'hui au PS, où les responsables locaux ont parfois tendance à verrouiller le débat? "Il n'y a pas le choix si on veut réussir", selon la députée royaliste Aurélie Filipetti, qui explique que "s'ils voient que ça peut marcher pour eux aussi, ce sera gagnant-gagnant".

Pour cela comme pour le reste, "il y a beaucoup de travail" estime Delphine Batho, qui pense tout de même qu'il y a "un épuisement de l'appareil, mais pas des militants".