Guadeloupe : Réunion de crise, envoi du Raid… L’exécutif contraint de répondre à la colère sociale

CRISE Face aux violences, le gouvernement a envoyé des forces de l’ordre supplémentaires sur l’île et tente de trouver une solution avec les élus locaux

T.L.G.
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Olivier Véran et Jean Castex.
Olivier Véran et Jean Castex. — PIERRE VILLARD/SIPA
  • Le Premier ministre organise ce lundi soir une réunion de crise consacrée à la situation en Guadeloupe, où la contestation contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants s’est muée en crise sociale.
  • L’exécutif n’exclut pas des « mesures différenciées » sur l’île.
  • L’opposition dénonce un « abandon » de la Guadeloupe par le gouvernement.

La contestation du pass sanitaire et de l’obligation vaccinale des soignants se mue en crise sociale en Guadeloupe. De nouvelles violences ont contraint ces dernières heures le rectorat à suspendre l’accueil des élèves dans les écoles, collèges et lycées. Face à « une situation très explosive », Emmanuel Macron a demandé ce lundi à « ne rien céder au mensonge et à la manipulation ».

En marge d’une visite à Amiens, le président de la République a ajouté qu’il y avait en Guadeloupe « une adhésion croissante à la vaccination », malgré l’opposition d’une « toute petite minorité », « très active ». Sous pression de l’opposition, l’exécutif se retrouve au pied du mur.

« La défiance contre les pouvoirs publics est instrumentalisée par des minorités »

Le gouvernement a donc tenté de réagir vite, en montrant sa fermeté : un couvre-feu, 200 renforts de policiers et gendarmes envoyés de métropole, notamment 50 membres du GIGN et du Raid. « Les violences sont inadmissibles. Une majorité de Guadeloupéens est prise en otage par ces actes malveillants. La défiance contre les pouvoirs publics est instrumentalisée par des minorités », dénonce Maud Bregeon, porte-parole de La République en Marche.

Trente personnes soupçonnées d’avoir participé aux violences urbaines devaient être jugées dès lundi en comparution immédiate à Pointe-à-Pitre, selon le procureur de la République. « Rétablir l’ordre public est une priorité, mais il faut en parallèle rétablir le dialogue », ajoute la macroniste. A ce titre, le Premier ministre, Jean Castex, tient en fin d’après-midi une réunion de crise en visioconférence en présence des plusieurs ministres, ainsi que des élus guadeloupéens. « L’objectif est de mettre tout le monde autour de la table, ministres et élus locaux, pour trouver une solution durable. Voir quelles solutions on peut apporter, sur la crise sanitaire comme sur les sujets sociaux plus profonds », assure une source gouvernementale.

« La France d’Outre-mer a été abandonnée par la République »

Car la contestation contre les obligations sanitaires se nourrit aussi de colère contre les inégalités, le chômage, la pauvreté et le sentiment d’exclusion. Des éléments repris par l’opposition politique. « Le gouvernement est responsable du blocage de la situation après plus d’un mois de manifs sans dialogue et en suspendant les soignants non vaccinés », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon sur Twitter.

« La France d’Outre-mer a été abandonnée par la République. Emmanuel Macron ne connaît déjà pas les "gilets jaunes" en métropole, comment voulez-vous qu’il connaisse ceux qui vivent à 10 000 km ? », a taclé dimanche sur BFMTV Jordan Bardella, le président du Rassemblement national.  « Il doit y avoir une réponse sécuritaire et ensuite un dialogue avec les élus sur place. Cela fait [trois mois] qu’il n’y a pas un ministre qui s’est rendu en Guadeloupe », a également regretté sur France inter Xavier Bertrand, candidat au congrès LR pour la présidentielle.

Le gouvernement lâchera-t-il du lest ?

« Il est nécessaire que l’État, au plus haut niveau, entende la souffrance et l’inquiétude des Guadeloupéens […] parce que la situation est quasiment insurrectionnelle », s'est inquiété sur France Info Olivier Serva, député LREM de Guadeloupe, qui a appelé à « échanger pour des solutions différenciées et adaptées » à la situation sur l’île. Justine Benin, sa collègue du MoDem, assurait ce dimanche à 20 Minutes avoir « demandé, dès le 19 octobre dernier, des mesures d’accompagnement, une souplesse de gestion dans l’obligation vaccinale, pour éviter le chaos ».

Le gouvernement lâchera-t-il du lest ? « La Guadeloupe n’est pas extérieure à la France, c’est la France, et donc la même loi doit s’y appliquer », a répondu sur France 2 la présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée Aurore Bergé, balayant toute idée de dérogation alors que le taux de vaccination chez les soignants approche les 90 % (contre 50 % dans la population générale). Mais une source gouvernementale assure « que l’option de mesures différenciées reste sur la table ».

Pour faire face à la crise, le ministre des Outre-mer a reporté « à une date ultérieure » son déplacement prévu à La Réunion et à Mayotte du 25 au 29 novembre. L’exécutif souhaite apaiser la situation au plus vite, et éviter l’embrasement, alors qu’un appel à la grève générale a été lancé en Martinique pour ce lundi.

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