Présidentielle 2022 : Au meeting de Fabien Roussel, on ne s'excuse ni d'être candidat, ni d'être communiste

INTERNATIONALE Le candidat communiste à l’élection présidentielle tenait un meeting ce dimanche place Stalingrad à Paris

Rachel Garrat-Valcarcel
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Fabien Roussel devant environ 1.000 partisans ce dimanche à Paris.
Fabien Roussel devant environ 1.000 partisans ce dimanche à Paris. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Fabien Roussel sera le premier candidat communiste à une présidentielle depuis 2007, il lançait sa campagne par un meeting en plein air ce dimanche.
  • Le candidat a détaillé et en partie chiffré ses propositions pour améliorer le pouvoir d'achat des Français et des Françaises.
  • Il a aussi largement flatté l'égo des communistes.

Il n’y a pas tant de candidats ou de candidates que ça qui peuvent rassembler peut-être un millier de partisans et partisanes pour un meeting en plein air, sous la pluie et le froid d’un dimanche de novembre. Fabien Roussel et le Parti communiste sont de ceux-là. Ce n’est pas rien : le PCF n’est plus le parti de masse qu’il a été et lui pronostiquer 5 % à la présidentielle paraît aujourd’hui bien risqué… Mais ce dimanche, place Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris, tout ça ne pèse pas bien lourd. Fabien Roussel l’a souligné, estimant que « cette démonstration de force compterait dans les semaines et les mois qui viennent ».

Qu’on se le tienne pour dit : il y aura un bulletin Roussel le 10 avril dans les bureaux de vote le jour du premier tour. Même si le PCF dit vouloir œuvrer pour une « majorité de gauche », l’union semble renvoyée aux législatives. Même Pierre Laurent, l’ancien secrétaire national du PCF, battu par Fabien Roussel en 2018 sur une ligne plus autonome le dit : « On a décidé d’avoir une candidature à la présidentielle donc on y va. Mais on ne pourra pas gagner seuls », prévient le sénateur de Paris.

Roussel sort le chéquier

Sur le fond, le député du Nord n’est pas revenu sur ce qui fait sa « petite musique différente à gauche », comme l’appelle son directeur de campagne Ian Brossat : son soutien aux policiers lors de la manifestation du 19 mai devant l’Assemblée, ou son soutien à la chasse par exemple. Ce n’était pas l’endroit : le rassemblement avait pour thème le pouvoir d’achat, et le public a été servi. Fabien Roussel veut d’abord et avant tout augmenter les salaires et a fustigé celles et ceux qui soutiennent un revenu universel « et l’octroi d’allocations qui remplaceraient les salaires. Ce n’est pas ma gauche. Ma gauche croit au travail et au salaire ».

Pour ce faire, le candidat communiste à l’Elysée promet non seulement une augmentation du Smic de 20 %, mais aussi une indexation des autres salaires sur l’inflation. Toujours à ce sujet « l’Etat devra donner l’exemple » et le point d’indice des fonctionnaires sera revalorisé. Pour celles et ceux au chômage, Fabien Roussel annonce « le travail universel » et des embauches à tour de bras : 500.000 fonctionnaires de plus. Dont 100.000 embauches dans les hôpitaux publics ; 100.000 autres dans les Ehpad publics ; 90.000 enseignants et enseignantes de plus ; 15.000 chercheurs et chercheuses ; 30.000 agents du fisc contre la fraude et l’évasion fiscale ; 25.000 magistrats et magistrates… Et 1 million d’emplois sur cinq ans grâce à la réindustrialisation du pays.

Impôts et nationalisations

Le secrétaire national du PCF ne voit bien sur pas là des coûts mais des investissements pour la France. Néanmoins, pour financer tout cela, là aussi Fabien Roussel n’y va pas de main morte. Il annonce un rétablissement et un triplement de l’ISF (15 milliards d’euros), la fin des exonérations fiscales octroyée aux multinationales « sous Sarkozy, Hollande et Macron » (123 milliards), mais aussi un impôt à la source pour les multinationales « avant que leur pognon ne parte à l’étranger ».

Ce dimanche, Fabien Roussel a voulu refaire de la valeur travail une valeur de gauche, « en redonnant du sens au travail » en le remettant « au service de l’épanouissement humain ». Il s’en est pris « à la droite et à l’extrême droite » qui veut augmenter les salaires « sans préciser qu’elles seront payées par nous-même », c’est-à-dire en baissant ou supprimant les cotisations. Quand on s’étonne d’entendre le leader communiste parler d’une « baisse des charges » pour les entreprises, comme en parle la droite, il ne parle pas des cotisations mais « du coût de l’énergie, des assurances et des banques ». C’est pour ça qu’il veut nationaliser plusieurs banques et assurances ainsi qu’EDF et Engie « pour avoir les leviers publics pour accompagner les entreprises et peser sur les choix des multinationales ».

Communistes et alors ?

« J’entends déjà les cris d’orfraies des libéraux, du Medef, des profiteurs de crise qui me diront : ''Mais ces mesures que vous annoncez, c’est le communisme !'' Je leur répondrai : ''Et alors ? Nous, ce que nous voulons c’est la République sociale, et ce n’est qu’un début ! » Il n’en fallait pas plus pour convaincre un public visiblement sevré de communisme, en tout cas de ne pas avoir eu de représentant lors des deux dernières élections présidentielles. Pour ajouter au tableau, Fabien Roussel ne s’est pas privé d’une petite référence à Georges Marchais en annonçant un impôt Covid temporaire sur les entreprises « Au-dessus de 500.000 euros de bénéfices, crac, je prends tout ! Ça vous rappelle quelque chose ? Eh bien on recommence. » Ou sur le « produire français ».

Tout était en fait là pour faire vibrer la fierté d’être communiste. Peut-être une manière d’affirmer une différence au moins partisane avec Jean-Luc Mélenchon, que cette fois le PCF ne soutient pas ? La référence aux grandes heures du PCF se niche même dès le slogan de Fabien Roussel : « Le défi des jours heureux », référence au programme du Conseil national de la Résistance de 1944, largement inspiré par les communistes de l’époque. Avant ça, le candidat communiste a tout de même réussi à rendre un dimanche pluvieux d’automne heureux pour ses militants et militantes.