Prix des carburants : « L’indemnité inflation » retoqué par le Sénat au profit de mesures « mieux ciblées »

REFUS En octobre, Jean Castex avait annoncé une « indemnité inflation » de 100 euros pour 38 millions de Français, « percevant moins de 2.000 euros par mois »

20 Minutes avec AFP
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L'hémicycle du Sénat, le 16 juillet 2020.
L'hémicycle du Sénat, le 16 juillet 2020. — Jacques Witt/SIPA

L'«indemnité inflation» de 100 euros du gouvernement, mesure phare du second projet de budget rectifié pour 2021, a été supprimée, ce mercredi, par le Sénat dominé par l’opposition de droite, pour lui substituer un renforcement « ponctuel » de dispositifs existants jugés « mieux ciblés ».

La Haute assemblée a adopté par 145 pour, 30 voix contre et 168 abstentions, en première lecture, ce projet de loi de finances rectificative (PLFR) dit « de fin de gestion » ainsi modifié. L’Assemblée nationale pourra rétablir le texte du gouvernement dans la suite de la navette.

« D’importants effets d’aubaine imputables à son défaut de ciblage »

Annoncée par le Premier ministre en octobre, en réaction à l’envolée des prix des carburants, «l'indemnité inflation» s'élève à 100 euros et sera versée à 38 millions de Français, « salariés, indépendants, retraités, chômeurs, allocataires des minima sociaux, étudiants boursiers, percevant moins de 2.000 euros par mois », selon le gouvernement. Son coût pour les finances publiques est estimé à 3,8 milliards d’euros. « Nous avons fait un choix de méthode, c’est la simplicité et la rapidité », a affirmé le ministre chargé des Comptes publics Olivier Dussopt, soulignant aussi l’attachement du gouvernement « à un périmètre large » de bénéficiaires.

Pour le rapporteur général de la commission des Finances du Sénat Jean-François Husson (LR), cette « mesure électoraliste (…) cumule les inconvénients » : outre son coût « très élevé » pour l’Etat, des « effets de seuil massifs » et « d’importants effets d’aubaine imputables à son défaut de ciblage ». En lieu et place, le Sénat a voté à main levée, avec les seules voix du groupe Les Républicains, une majoration exceptionnelle de 150 euros de la prime d’activité, une allocation exceptionnelle de 150 euros pour les bénéficiaires de minima sociaux et de prestations sociales, ainsi qu’une dotation supplémentaire destinée aux aides à la mobilité versées au cas par cas aux chômeurs et jeunes en parcours d’insertion.

Un problème de pouvoir d’achat qui s’inscrit dans la durée

Jean-François Husson a vanté un dispositif « mieux ciblé », avec un coût pour l’Etat ramené à 1,5 milliard d’euros. Le groupe centriste a choisi de s’abstenir, Vincent Capo-Canellas disant son « scepticisme » face à un dispositif qui « laisse beaucoup de trous dans la raquette », travailleurs indépendants et retraités notamment. Abstention aussi à gauche. Pour marquer, selon Rémi Féraud (PS), que les deux dispositifs, celui du gouvernement comme celui du rapporteur, « sont insatisfaisants mais qu’on peut continuer encore à chercher ensemble de meilleures solutions ».

« Tout le monde y va de son cadeau de Noël », a lancé Sophie Taillé-Polian pour le groupe écologiste. « Ces aides qui ne sont que ponctuelles ne peuvent suffire à un problème de pouvoir d’achat qui s’inscrit dans la durée », a-t-elle ajouté. Pour Pascal Savoldelli (CRCE à majorité communiste), « c’est la distribution des miettes ». Le PLFR transcrit les nouvelles prévisions économiques de sortie de crise, avec un déficit public ramené à 8,2 % du PIB et une dette publique de 115,3 % du PIB fin 2021.