Présidentielle 2022 : Que reste-t-il de François Fillon chez les candidats à l'investiture de LR ?

CAMPAGNE Le procès en appel de François Fillon s’ouvre lundi à Paris. Plusieurs prétendants à l’investiture de LR se réclament – plus ou moins ouvertement – du programme « rupture » du candidat de 2017

Thibaut Le Gal
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Meeting de François Fillon avec Bruno Retailleau, Xavier Bertrand, et Valerie Pecresse en avril 2017.
Meeting de François Fillon avec Bruno Retailleau, Xavier Bertrand, et Valerie Pecresse en avril 2017. — Sarah ALCALAY/SIPA
  • Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Eric Ciotti et Philippe Juvin sont en lice pour obtenir l'investiture des Républicains et être le ou la candidate de la droite à la présidentielle.
  • Alors que le procès en appel de François Fillon dans l'affaire des emplois fictifs présumés s’ouvre lundi à Paris, que reste-t-il du vainqueur de la primaire de la droite et du centre en 2016 ?
  • Plusieurs candidats se revendiquent plus ou moins ouvertement du programme de « rupture » de l’ancien candidat.

En novembre 2016, François Fillon remportait avec fracas la primaire de la droite et du centre face à Alain Juppé. Cinq ans plus tard, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est de retour devant les tribunaux pour être jugé en appel, ce lundi, dans l’affaire dite « des emplois fictifs ». Il avait écopé, en première instance, d'une peine de cinq ans de prison, dont deux ferme.

Ce nouveau procès intervient en pleine campagne de la primaire interne aux Républicains. Que reste-t-il de François Fillon et de son programme de « rupture » chez les cinq candidats au congrès de LR, qui se retrouvent ce dimanche soir pour un nouveau débat ?

Une campagne 2017 qui a laissé des traces

Pour une bonne partie des cadres LR, le nom de François Fillon renvoie avant tout au cauchemar de la campagne 2017, entachée par les affaires. « C’est le fossoyeur de la droite », résumait un parlementaire lors de son premier procès en février 2020. Les Républicains ont vite souhaité tourner la page de cette élimination historique au premier tour de la présidentielle. Première conséquence : se débarrasser de la primaire ouverte, qui avait exposé à un large public les inimitiés entre les candidats.

« Il y a cinq ans, tout le monde s’était bien écharpé, et la droite en était sortie divisée. François Fillon était allé à la présidentielle avec son équipe de la primaire, laissant tous les autres sur le quai. C’est la grande leçon qu’on ne veut pas reproduire. Le candidat qui remportera le congrès en décembre fera cette fois l’union », insiste Sébastien Huyghe, député et président de la fédération LR du Nord.

Après un vote des militants, le parti a donc opté pour un scrutin interne, inventant même une clause anti-Fillon pour pouvoir débrancher, si besoin, le futur candidat désigné par les adhérents. « Car notre malheur est venu du fait que la primaire ait été un succès, avec plus de 4 millions de participants. François Fillon s’est senti complètement légitime, malgré les affaires qui le plombaient, et nous étions incapables de changer de candidat », ajoute le député.

Un projet de « rupture » revendiqué par certains candidats

Sur le fond, François Fillon avait aussi marqué les esprits par un programme de « rupture » assumée. « Le début de l’effondrement de Fillon, ce n’est pas la justice, c’est dès janvier, sur les fonctionnaires et l’assurance maladie », grince un cador LR, alors que le candidat promettait notamment une réduction de la couverture de la Sécurité sociale et la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires. Dès le lendemain de la défaite, le parti avait donc amendé ce programme de rigueur pour la campagne des législatives, se posant ensuite davantage en « droite sociale » ces dernières années.

Mais lors du premier débat entre les cinq candidats au Congrès LR, Eric Ciotti s'est toutefois revendiqué du projet de François Fillon, proposant une baisse des dépenses publiques de 100 milliards d’euros, le retour aux 39 heures payées 38 et la suppression de 250.000 postes de fonctionnaires. Sans citer le candidat de 2017, Valérie Pécresse a de son côté défendu « un projet de franche rupture et de droite assumée », évoquant la nécessité de faire « des réformes difficiles » pour les finances publiques, avec 45 milliards d’euros d’économies, et 15 milliards de recettes de privatisation.

« La rupture de Fillon était l’aboutissement d’une réflexion car le pays allait mal. Il y avait une volonté de débureaucratiser, d’être très précis dans les propositions et leur financement. Je retrouve la même rigueur intellectuelle chez Valérie Pécresse », assure l’ex-filloniste Florence Portelli, aujourd’hui aux côtés de la candidate francilienne.

La droite Trocadéro orpheline ?

« Le succès de Fillon s’est construit par sa radicalité sur la baisse des dépenses publiques et sur l’immigration, qu’on retrouve aujourd’hui chez les candidats, parfois de manière tactique. Mais aussi sur la question sociétale, sur sa vision de la famille », rappelle un ancien conseiller, aujourd’hui soutien de Bruno Retailleau. L’ancien candidat avait séduit la droite catholique la plus conservatrice en proposant notamment une réécriture de la loi Taubira sur l'adoption plénière ou l’interdiction de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes seules et les couples de femmes.

Sur ce terrain, les candidats avancent beaucoup plus prudemment. Xavier Bertrand s’est contenté de défendre « un moratoire sur les lois sociétales » pendant cinq ans, tandis que Valérie Pécresse a avancé quelques pistes sur la politique familiale. « La droite conservatrice est en réalité orpheline car ces questions de société ont été abandonnées par LR. Je ne suis donc pas surpris de voir une partie des gens ayant soutenu Fillon aller désormais chez Eric Zemmour », reprend le soutien de Retailleau. Fin septembre, des cinq candidats, seuls Eric Ciotti et Philippe Juvin étaient d’ailleurs présents à la « journée du conservatisme » organisée par le Mouvement conservateur (ex-Sens commun, issu de la Manif pour tous). Ce jour-là, c’est d’ailleurs Eric Zemmour qui avait créé l’événement.