Présidentielle 2022 : Temps de travail, successions, délinquance… On a vérifié trois affirmations des candidats à l’investiture de LR

FAKE OFF Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Eric Ciotti, Michel Barnier et Philippe Juvin ont notamment été interrogés lundi soir sur la sécurité, la fiscalité ou le travail

Mathilde Cousin
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Michel Barnier, Valérie Pécresse, Philippe Juvin, Eric Ciotti et Xavier Bertrand lors du premier débat qui les a opposés lundi soir.
Michel Barnier, Valérie Pécresse, Philippe Juvin, Eric Ciotti et Xavier Bertrand lors du premier débat qui les a opposés lundi soir. — BERTRAND GUAY-POOL/SIPA
  • Les cinq prétendants à l'investiture du parti Les Républicains pour l'élection présidentielle de 2022 ont débattu pour la première fois lundi soir.
  • 20 Minutes a passé en revue trois de leurs déclarations sur le temps de travail, l'imposition des successions et la délinquance.

Aucun d’entre eux ne s’est véritablement distingué. Lundi soir, les cinq candidats à l’investiture de Les Républicains (LR) pour la présidentielle 2022, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Xavier Bertrand, Eric Ciotti et Philippe Juvin, ont débattu en direct pendant trois heures. L’occasion d’avancer leurs propositions sur la fiscalité, le temps de travail ou la sécurité.

20 Minutes passe en revue trois de leurs affirmations.

Ce qu’a dit Eric Ciotti : « L’impôt sur les successions est un impôt sur la mort […]. Lorsqu’on quitte cette terre, nos enfants sont appelés à payer cet impôt qui a été supprimé dans la moitié des pays de l’OCDE ».

Est-ce juste ? L’affirmation du député des Alpes-Maritimes est démentie par l’OCDE. Dans un rapport publié en octobre, l’organisme explique que « la majorité des pays de l’OCDE imposent les successions ». Dans le détail, cela représente 24 Etats sur 36.

Dix pays ont eux choisi de supprimer l’imposition des successions, tandis que deux, l’Estonie et la Lettonie, ne les ont jamais imposées. Un choix effectué en « raison d’une absence de soutien politique à cet impôt », note l’OCDE.

Parmi les pays qui imposent ces successions, les taux varient, note encore l’organisme. En France, le taux peut bien s’élever jusqu’à 45 % si l’on choisit de transmettre à ses héritiers directs, comme l’a avancé Eric Ciotti, mais il concerne les plus gros patrimoines : pour qu’un tel taux s’applique, la part taxable doit s’élever à 1.805.677 euros. Toutefois, diverses dispositions fiscales permettent de diminuer les impôts s’appliquant à la transmission d’un patrimoine, comme le constatait un rapport rédigé en février par la député socialiste Christine Pirès-Beaune.

Ce qu’a dit Xavier Bertrand : « La France est ce pays où nous travaillons le moins de toute l’Europe. »

Est-ce juste ? Non. Si l’on se penche sur le nombre d’heures travaillées par semaine pour un emploi à temps plein, les Français ont travaillé en moyenne 40,4 heures par semaine en 2020, selon l'organisme de statistiques européen Eurostat. Au Danemark, en Italie, en Lettonie, en Lituanie, en Hongrie, en Pays-Bas, en Roumanie, en Finlande et même au Luxembourg, les salariés ont effectué moins d’heures que les Français (40,3 heures pour les Luxembourgeois, 38,4 heures pour les Danois). La moyenne de la zone euro pour 2020 s’établit à 40,6 heures.

Ce qu’a dit Valérie Pécresse : « On sait que 60 % des délits du quotidien sont commis par 5 % des multirécidivistes. »

Est-ce juste ? Valérie Pécresse semble s’inspirer ici de déclarations d’un syndicaliste policier, qui avait lancé ce chiffre en mai sur l’antenne de France Info. Cette déclaration s’inscrit dans la lignée de déclarations de Nicolas Sarkozy, qui a affirmé pendant son mandat que « 5 % des délinquants font 50 % de la délinquance ».

Cette déclaration de l’ancien chef de l’Etat était une lecture erronée d’un rapport paru en 2000, basé sur une enquête menée en 1999, comme le rappelle France Info. Sébastien Roché, le sociologue co-auteur de cette étude, avait déjà mis en garde en 2007 auprès de nos confrères du Monde contre une lecture trop rapide de cette étude : « J’ai parlé de 5 % d’une classe d’âge [des jeunes de 13 à 19 ans] et non de 5 % des délinquants qui ont déjà commis un délit. »

Qui commet les récidives ? Un rapport publié par le ministère de la Justice en juillet 2021 permet de connaître un peu plus le profil de ces délinquants. Les auteurs de cette étude se sont penchés sur le parcours des sortants majeurs de prison. Un tiers des sortants de prison en 2016 (31 %) « ont à nouveau été condamnés pour une infraction commise dans l’année de leur libération », note le ministère. Ce sont les auteurs « d’atteinte aux biens » qui « récidivent le plus souvent ». Le risque de récidive augmente si l’auteur est un homme, s’il est jeune et s’il a déjà été condamné à de multiples reprises.